#3 – On a aimé : Alph Lauren II (EP) – Alpha Wann

2 ans après la sortie d’Alph Lauren, premier EP d’Alpha Wann et salué par la critique, le rappeur parisien revient début janvier 2016 avec un deuxième opus réussi, fruit de multiples influences et d’un perfectionnisme assumé.

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Comme le laissaient penser les premiers extraits, « 1,2,3 » et « Lunettes Noires », à la première écoute on sent que l’univers a évolué, les sonorités trap ont envahi la plupart des morceaux, le mastering semble encore plus travaillé…Quant à l’écriture, le Phaal affirme lui-même avoir « simplifié ses schémas de rimes » mais la qualité est toujours au rendez-vous.

« On roule dans une Chrysler, grise, neuve, ça parle rap, biz’, entreprise, crise, meurtre » (A deux pas)


L’entrée en matière se fait en douceur avec Protocole, sorte de ballade d’introduction tranquille et discrète, comme l’est Alpha quand il entre dans une pièce. Il y explique les 2 ans d’attente entre ses deux EP par la précision de son travail et la difficulté croissante à surpasser la concurrence.
A écouter ici.

On arrive dans le vif du sujet avec 1,2,3, premier extrait dont le clip est sorti le 7 Janvier. Sur la prod de Richie Beats, le flow est cinglant et marque une différence nette avec la tranquillité d’Alph Lauren I. Les attaques à la concurrence sont nombreuses, dans une ode à l’argent et à l’acharnement nécessaire pour l’obtenir. On retiendra le clip réussi qui met en valeur le goût du Phaal pour la sape.
Le clip ici.

« 1,2,1,2 cro-mi test, les rappeurs, j’leur apprends la politesse comme la police napolitaine »

On retrouve la même détermination dans Sous-Marin, qui s’impose comme l’un des meilleurs morceaux de l’album. La prod de Hologram Lo’ est un bijou, et Alpha Wann y appose un egotrip puissant et maîtrisé, en témoigne le refrain où les deux s’allient dans une jouissive harmonie.
Ça se passe par ici.

« La vie c’est quoi ? Sortir d’une femme, pour essayer d’entrer dans les autres ! »

Alors qu’on arrive au cœur de l’EP, on tombe sur A deux pas, titre beaucoup plus sombre en featuring avec Nekfeu. Comme dans « Points d’Interrogation », leur collaboration sur l’album Feu, la complicité est totale et le flow lancinant du Fennek vient compléter à merveille la clarté de la voix de Phaal. A noter, une fois de plus, la qualité du refrain, ce qui n’est pas toujours le fort des rappeurs très techniques comme Alpha Wann.
A écouter ici.

« Ah, quand est-ce qu’on assume, hein ? J’ai vu autant d’humanité chez les animaux que d’animosité chez les humains ! »

Et c’est la douce voix de Caballero qui nous sort de notre torpeur, en espagnol s’il vous plaît, pour introduire Barcelone, morceau plus calme que les précédents, dans lequel se glisse une longue métaphore filée entre la technique du rappeur et celle du footballeur. En somme, ça se compare au Barça, un peu plus subtilement que ne le fit un certain K.James il y a quelques années.
Le clip ici.

« Technique tout l’temps, nous quand on joue, c’est le Nou Camp »

A l’heure du sixième track, on commence à voir se profiler la fin mais les claques continuent d’arriver. Celle-ci, c’est Lunettes Noires, où apparaît S.Pri Noir, décidément très apprécié par les membres de l’Entourage. Et si sur le fond, on reste sur du grand classique (la maille, les meufs, l’hydroponie, encore la maille), la forme se présente comme une nouveauté. Le refrain est doux, les ponts de S.Pri Noir passent bien, et les couplets sont de grandes baffes sonores. Pas trop mal…
Le clip ici.

« On bosse pour l’billet, ça complote pour briller, j’ai même surpris mon ombre »

Et voilà qu’à l’arrivée de Vortex, la 7ème merveille, l’univers change du tout au tout. Un bon Boom-Bap concocté par Ill Heaven, sur lequel le Don s’attaque à un sujet bien plus complexe que les précédents : la gente féminine. Il le dira lui-même, ce son est son préféré, celui qu’il a le plus travaillé lyricalement. Le morceau va crescendo : il clame qu’il veut trouver une femme, une vraie, ça part en métaphores mythologiques…avant de finir par avouer que l’amour, ça fait surtout mal.
En plus, à la fin, il scratche Hifi et le Jazzy Bazz, et ça, on dit oui.
A écouter ici.

« Depuis qu’on est pubères on est plus bêtes ; on veut ramener la plus belle dans le Uber »

En guise de clôture, on a droit à un morceau particulier, appelé Alph Lauren et composé de trois couplets posés sur des prods différentes.
Dans le premier, il y déblatère de divers sujets, sur de la grosse trap, dans un style qu’on lui découvre avec un agréable étonnement.

« J’aimerais sourire plus souvent, mais ça n’serait pas sincère,
Quand j’fais semblant j’ai très vite mal au visage
»

Le second rappelle l’ambiance d’Alph Lauren I, avec une prod légère de VM the Don, pour un couplet court, qui fait l’état de son incompréhension devant les paradoxes et les souffrances qu’il voit.
Le troisième parle davantage de lui, en reprenant les thèmes qu’il a déjà évoqués : son parcours, sa supériorité sur les autres rappeurs…on aurait dit qu’il ne savait pas quoi faire de ce couplet, mais il nous en fait cadeau, bien heureusement.
A écouter par ici.

« Le navire coule, quitte-le, si ton job à Subway est ta seule bouée »

Nous voilà donc à la fin de l’aventure…Ou presque, puisqu’une dernière piste se cache, pour les intimes, ceux qui auront précommandé sur iTunes…mais je ne vous gâcherai pas ce dernier plaisir en vous en parlant !

Globalement, Alph Lauren II est une réussite. La critique est unanime, et le rappeur semble avoir réussi à toucher un public plus large que sur son précédent EP.
Maintenant, il se dit prêt pour l’album, et nous, on a sacrément hâte…dans pas trop longtemps, si possible !

A noter : le concert à la Gaïté Lyrique le 20 avril. Le seul concert parisien de la tournée, à ne manquer sous aucun prétexte. C’est par ici

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