# 5 – On y était, on note : RBMA Festival

Le 21 septembre se tenait à la Cigale le festival rap, sponsorisé Red Bull, RBMA Festival – Red Bull Music Academy – Rap, Beats and Rhymes… Beaucoup de mots pour beaucoup de rappeurs, et un événement qui s’annonçait électrique étant donnés les grands noms annoncés.

Ce fut un grand repas, sain, complet, équilibré, dont le grand maître de la poésie hip-hop Oxmo Puccino annonçait le menu au fil de la soirée, à coups d’interludes musicaux bien sentis. Un Maître de Cérémonie (MC) taille patron pour une ambiance bon enfant et énergique qui s’est même fendu de quelques délicieux couplets en conclusion de ce beau dîner, histoire de laisser en bouche un dernier goût authentique et fort : un vrai Ca-Puccino.

Mais mettons de côté les bons sentiments et permettons-nous de noter les acteurs de la soirée.

Take-A-Mic (4) : On a tous connu, petits à la cantine, l’entrée dégueulasse qu’était le céleri rémoulade. On en prend parce qu’on a faim et on se bouche le nez pour éviter le goût. Take A Mic c’est pareil, sauf que se boucher les oreilles à un concert ça le fait pas. Donc on écoute. Et on regrette. En même temps, un Noir aux cheveux bleus, ça annonçait la mistake au mic.

Panama Bende (5) : Ils avaient tout pour bien faire : un public acquis à leur cause, des bangers genre “Ave” qui turn up cette pute en live (mais qu’ils n’ont pas fait…), une énergie indéniable sur scène… On restera finalement sur notre faim après seulement 2 sons, un mauvais réglage du volume des voix par rapport aux instrus et de nombreux chokes sur des couplets pourtant loins d’être inédits. Seule touche positive, le refrain de Bende Mafia, premier moment vraiment ambiancé du concert.

Dinos Punchlinovic (7) : Peut-être le moins connu des rappeurs de la programmation (après Take-A-Mic ?) mais certainement pas le moins talentueux. Il a réussi à nous emmener sur Namek avec son titre éponyme, ses instrus planantes et sa voix de crooner. C’est à partir de son passage que le concert décolle véritablement.

A2H (8) : Tonton fait partie de ces nombreux rappeurs dans le game depuis 15 piges sans jamais percer malgré une indéniable qualité musicale, faute de suivre la tendance. L’anti-Gradur quoi. Il débarque sur scène, nous gratifie de quelques accords de gratte avant d’enchaîner trois de ses sons – dont, forcément, un hymne à la weed – et de terminer par un solo de guitare électrique qui justifie son surnom de Robert A2 Johnson. Un des rares vrais musiciens de ce rap jeu.

Nodey (6) : Convaincant aux platines, Nodey s’est présenté à ceux qui ne le connaissaient pas – et ils étaient nombreux – en réussissant à faire secouer quelques têtes, ce qui n’est pas négligeable quand on est seul sur scène et méconnu. On aura tout de même eu du mal à apprécier son charisme, si tant est qu’il en eut. Les Djs ne prennent généralement pas le mic et c’est très bien comme ça.

Bon Gamin (6) : Après l’interlude Nodey, rechauffer la salle n’était pas une mince affaire et c’est le duo Loveni et Yann Ichon – normalement trio complété par le beatmaker Myth Syzer – qui s’y colle. Si Yann Ichon est plutôt bon, Loveni (qui, pour l’anecdote, a failli faire partie d’1995) est plus en peine. Ils ont beau répéter “Ils faut qu’ils se souviennent de nous”, leur prestation n’a pas grand chose de mémorable.

S.Pri Noir (6) : Une prestation en demi-teinte pour zéro-zéro-S. Malgré un éclectisme certain dans sa discographie, il nous a d’abord interprété deux de ses sons les plus chiants sur une vibe chantonnante pas vraiment dans l’esprit du concert ni du public. Mais si on lui met 6, c’est bien parce que son dernier morceau a pas mal retourné la salle. Il nous quitte en lâchant le refrain de “Ma dope”, son feat avec Nekfeu, probablement dans le but de passer la fin de la soirée en bonne compagnie.

Espiiem (8) : Réussir à ambiancer autant une salle qui connaît aussi peu ses textes – certes complexes – relève du tour de force. Jamais hors temps, jamais à court de souffle, il impressionne plusieurs fois par des démonstrations de technique et de flow qui font chavirer la Cigale. Puis il finit en beauté par Suprématie, en feat avec Deen Burbigo, peut-être le moment le plus turn up de ce concert.

Deen Burbigo (7) : “BIGO!” a déjà le public acquis à sa cause en arrivant, c’est donc tout de suite plus facile, même si ça n’empêche pas de faire un petit hors-temps au détour d’un couplet – bien rattrapé cela dit. En même temps, à coups de gros sons et de feat avec Espiiem, on ambiance tellement le public qu’on finit par ne plus entendre l’instru. Toute une suprématie naissante à gérer (on attend toujours l’album par contre).

Jazzy Bazz (6) : Il débarque avec son backer et soss de toujours Esso, enchaîne 3 sons de son album P-Town (Joker, 3h33 et Les chemins), c’est propre, c’est net, c’est travaillé… Mais on s’emmerde un peu. A l’image de ses projets, la qualité est clairement au rendez-vous mais on ressort avec le sentiment de pas trop savoir quoi en retenir.

Lino/Ärsenik (9) : Loin, très loin au dessus du rap jeu. Il rappelle sans trop d’effort et avec une simplicité désarçonnante qu’Ärsenik fait partie des étoiles du rap français. Si la majorité des rappeurs versent sang et eau pour atteindre le haut niveau, pour Lino, quelques gouttes suffisent.

Oxmo Puccino (10) : Le Black Mafioso aura orchestré toute la soirée sans effort, en prosant simplement sur fond instrumental. On a même cru un instant, naïfs, qu’il s’en tiendrait là. Alors, quand il se laisse tenter par ses classiques, que vous soyez enfant seul ayant mal au mic ou hitman sans peur noire, il vous met comme sous sortilège. Quand le patron parle, on l’écoute ; surtout lorsqu’il ordonne : “Lève ton flingue, charge-le sois dingue !”.

Mention spéciale : The Hop

Jeune groupe de musiciens en pleine ascension, The Hop s’est chargé de la quasi-totalité des instrus de la soirée, aussi variées soient-elles, donnant ainsi une touche acoustique presque soul et jazz. Tel le joueur de piano-bar discret, qui ne demande pas grand chose mais qui rend plus belle ta soirée au restaurant. Quelle romance.

Ils méritent bien un peu de pub : https://thehopband.bandcamp.com/

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