# 10 – Focus : RAP US 1973 – 1983 : de la Old School à la New School – Les DJ’s piliers

Période méconnue du grand public bien que récemment remise à l’honneur par la série The Get Down – à regarder de toute urgence – les années 70 sont de toute évidence celles qui ont marqué l’avènement du rap tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Tout part des quartiers du Bronx et d’Harlem, dans un New York terriblement marqué par la crise de 1973, en proie à la violence urbaine. Et comme souvent, c’est dans les moments difficiles que l’émulation artistique se fait la plus intense. Les jeunes du ghetto, en guise d’échappatoire, inventent un nouveau style porteur de valeurs largement humanistes : c’est la naissance du Hip-hop. Comme le dira plus tard Kool Herc, dans le Hip-Hop, « ce qui compte, c’est toi et moi, établissant un rapport d’homme à homme. C’est pour ça que l’attrait du Hip-Hop est universel. Il a fourni aux jeunes une grille de lecture sur leur monde, qu’ils soient des banlieues, des centres-villes, ou d’ailleurs ».

Si on a souhaité revenir sur cette période, c’est grâce à un événement auquel on a assisté : Xbar Connexion, organisé par l’association Maison du Hip-hop le 15 octobre dernier à la salle Olympe de Gouges dans le XIe (X – barre, d’où le nom de l’évent),  et qui a été l’occasion de projections, de conférences sur le rap au féminin (initiative qu’on salue largement), de concerts, de battle de breakdance, et surtout d’une exposition sur le rap US de 1973 à 1983 réalisée par King Somy, véritable encyclopédie vivante qui nous a appris plein de choses qu’on a souhaité partager avec vous dans une série d’articles. Ce premier volet est consacré aux DJ’s piliers : Kool Herc, Afrika Bambaata et Grandmaster Flash.

La place du DJ

Avant 1979, les gens se déplacent pour voir les DJ’s qui sont de véritables super stars du ghetto. Sa place est d’une telle importance que les premiers MC’s se positionnent sur le côté ou derrière le DJ sur scène. Avec l’avénement des enregistrements rap sur disque vinyle, le DJ, qui était l’élément central, va perdre son rôle de leader pour se retrouver en arrière plan et servir de faire valoir, uniquement dans un but promotionnel ou pour les performances live. Le DJ sera ensuite remplacé par le groupe de musiciens studio des labels qui se chargeront de rejouer les versions instrumentales sur lesquelles les MC’s avaient l’habitude de déclamer leurs textes.

Kool Herc

Le 11 août 1973, Cindy Campbell, une étudiante du West Bronx, décide de faire une party dans le local au pied de son immeuble (1520 Sedgwick Avenue, Bronx). Pour faire le DJ, elle fait appel à son grand frère de 18 ans que les potes du quartier surnomment Hercules. Dj Kool Herc, ainsi dénommé, va désormais se faire une réputation dans tout le Bronx, grâce à sa sélection de disques Soul, Funk, et Disco-Funk, à la puissance de son sound system, mais aussi du fait que ses parties se déroulent sans violence. Sur ses premiers flyers figure une mini-playlist des morceaux qui vont être joués : Get on the good foot de James Brown (1972), Fencewolk de Mandrill (1973) et Bongo rock d’Incredible Bongo  Band (1973)

La spécificité de Herc est de mettre en valeur le break des morceaux, courte interruption du jeu ou passage qui provoque une rupture rythmique. Pour faire durer le break, il met au point une technique qu’il nomme le Merry go round. Les morceaux de James Brown vont offrir de nombreux breakbeats, un des plus important est celui tiré du morceau Funky Drummer avec le jeu de batterie de Clyde Stubblefield. Les jeunes qui fréquentent ces soirées, Herc les appelle les B.boys et B.girls, B pour Breakbeat. Il est le premier DJ à mixer en club en 1973. Il mixe également pour Psychedelic Shack dans le Bronx.

Afrika Bambaata

En 1973, un ex-membre de gang du sud du Bronx appelé master of records en raison de son importante collection de disques, va succomber à l’obsession du breakbeat. Dans ses parties, Bam va passer toutes sortes de styles de musique : du Disco au rock en passant par le Reggae ou le Calypso, les jingles de pub… Bambaata et ses potes vont créer la Zulu Nation, groupe qui sera constitué essentiellement de B.boys (danseurs), puis viendront des graffeurs, des DJ’s et des MC’s. Il met au point une charte de conduite, ses mots de ralliement sont Peace, Love and Unity. En 1981, lors d’une interview, il reprend le terme Hip-Hop pour définir l’ensemble des disciplines que les jeunes du ghetto pratiquent.

Grand Master Flash

En 1975, Flash va faire évoluer le Merry go round de Kool Herc, qui ne se souciait pas de garder le rythme ou de faire des mixes de qualité. En combinant la manière de mixer enseignée par le DJ disco Pete Jones et la découverte de Kool Herc, Flash va être capable de faire durer indéfiniment les breakbeats sans jamais perdre le rythme. Avec sa nouvelle technique qu’il nomme le Quickmix theory, il peut isoler des sons, des voix, des phrases tirés d’un disque et recréer une musique en direct, il invente le sampling manuel. Ses platines et sa table de mixage deviennent de véritables instruments de musique qui vont lui permettre de façonner le son Hip-Hop. Avec son invention, il jette les bases du sampling et par extension les bases des différents styles musicaux comme le Jungle, le Trip Hop, la Drum N’Bass… qui ont comme structure principale le breakbeat. En 1977, il devient le DJ préféré des B.Boys et des MC’s qui affluent de toutes parts pour poser leurs lyrics sur ses compositions musicales. A savoir : Flash va agrémenter ses mixes de scratches, technique inventée accidentellement par son pote Grand Wizard Theodore, âgé de 13 ans à l’époque. En plus de ses platines, Grand Master Flash fait des compositions musicales pendant ses soirées grâce à une boîte à rythme.

On vous retrouve très vite pour notre prochain volet sur les premiers MC’s

Prochain chapitre jeudi