# 14 – On aime : Angel Haze

Rencontre avec Angel Haze, la rappeuse tout droit venue de Détroit qui fait vibrer la scène rap avec son rythme agressif, ses paroles saisissantes et son style sombre.

Que ce soit pour sa musique, pour son look androgyne, ses clashs avec Azealia Banks ou encore sa relation avec la mannequin Ireland Baldwin, vous avez déjà du entendre parler d’Angel Haze.

Si ce n’est pas le cas, vous êtes passés à côté d’une grande artiste.

Cette rappeuse de 25 ans, membre du label Universal Republic, et qui s’impose progressivement sur la scène New yorkaise depuis quelques années, est un réel OVNI musical de l’East Coast. Ses morceaux sont saisissants, tant par la profondeur des textes que par la puissance de leur beats. Mais revenons au commencement, car derrière une musique si violente se cache, comme souvent, une histoire.

Angel Haze est née et a grandi dans un cadre qui ne la destinait pas du tout au rap. Celle-ci a en effet été élevée au sein d’une église pentecôtiste ultra conservatrice et sectaire où la musique et le contact avec l’extérieur étaient formellement interdits.  Elle mène une vie presqu’austère jusqu’à ses 16 ans. À cet isolement forcé s’ajoute une série de viols subis depuis l’âge de 7 ans.

C’est par la musique que la jeune artiste décide alors d’exorciser ses cicatrices. Entre spleen et rage, ces traumatismes ont révélé chez A.H une plume et un flow inégalables.

Elle commence sa carrière en tant que parolière et écrit des textes qu’elle pose sur les instrus d’autres rappeurs. Dans ce style, « Cleaning out my closet » est de loin son morceau le plus poignant. C’est sur une reprise d’un morceau d’Eminem qu’elle décide de raconter son viol avec des paroles très crues mais un résultat plus que saisissant.

Certains parleront d’une volonté de faire le buzz, d’autres d’un réel besoin cathartique.

« So I’m a take you fuckers back into the vortex of time
When I was 7 invision me at the bottom of stairs
And I silently swear that this is the truth no falacy here
See I was young man… I was just a toddler a kid
And he wasn’t the first to successfully try what he did
He took me to the basement and after the lights would be cut

[….]

There was a point in my life where I didn’t like who I was
So I create the other people I would try to become
Sexuality came into play and with as scarred as I was
I was extremely scared of men so I start liking girls
I started starving myself fucked up my bodily health
I didn’t want to be attractive to nobody else
I didn’t want the appeal wanted to stop my own growth »

Des paroles violentes encore, mais dans un autre registre : le morceau « On the edge », 4 minutes durant lesquelles Angel Haze remet délicieusement, et qui plus est en rythme, Azealia Banks à sa place. Elle l’avertit « If rap is crucified, bitch I’m the resurrection », se moque de son dernier album attendu depuis des mois et des effets visuels de ses clips qui laissent à désirer « Bitch put an album out I think my album’s more done than yours And I just started a week ago

You out here sleeping on studio floors Wasting money on Digi-videos and Photoshop »

Cette artiste ne se démarque pas seulement par la virulence, appréciée ou non, de ses textes, mais également par sa technique et ses beats à faire pâlir de nombreux rappeurs. Dans « A tribe Called Red » par exemple, titre sorti en 2014, elle délivre une performance de haut vol. Son rap épouse parfaitement le rythme du morceau et on finit même par se demander à quel moment elle va reprendre son souffle.

Plus tard, Angel Haze décide de se lancer dans la composition de ses propres instrus, le résultat est plus que surprenant.  Dans son dernier album sorti en 2015 par exemple, on découvre une ambiance plus sombre, des instrus moins agressives mais tout aussi prenantes, tandis que ses raps viennent se mêler à des couplets de chant. Sur cet album, chaque titre se présente comme un autoportrait de la rappeuse et décrit le chaos qui règne dans sa tête. 50 minutes de spleen où elle file la métaphore du loup : cet être qui vit en meute et pourtant si solitaire.

Les 3 titres conseillés sur cet album : « The Wolves » pour son orginalité, « D-day » et « Impossible » pour le beats.

En concert à la Bellevilloise en Février dernier, dans le cadre de son « Back to the woods Tour »  elle n’a pour l’instant prévu aucune nouvelle date à Paris. En attendant voilà son EP tout frais, sortie le 22 Novembre 2016: Resurrection