# 16 – On aime : Vald – NQNT/NQNT 2

Ni queue ni tête mais qui met quand même bien. On attendait la suite avec impatience, Cours de rattrapage nous ayant déjà mis l’eau à la bouche. On a été servis avec les deux EP suivants, NQNT et NQNT2.

Découvert en majeure partie par le fameux Bonjour ou Selfie plus tard pour les coquins, VALD se distingue des autres rappeurs principalement par la qualité de ses textes mélangée à un « bat-les-couillisme » certain. NQNTMQMQMB avait en effet déjà annoncé la couleur : VALD s’amuse. Et ça se sent. En témoigne son interlude ou sa fameuse lettre à Elise. Mais les morceaux les plus marquants étaient probablement Branleur et Elyxir (ft. le poto Georgio), Branleur pour son côté somptueusement auto-dérisoire, et Elyxir pour sa putain d’énergie et ses multi-syllabiques à faire bander le Nek.

Valentin prend de l’ampleur, et va bientôt faire part au monde entier de sa personne, à mi-chemin entre génie (mais « ça [le] saoule ») et connerie. L’homme qui assume de ne pas avoir de grande culture rap nous lâche quelques vidéos facebook pour nous faire attendre, dont certaines deviendront des sons (« J’GALERE AU STUDIO » nous répétait-il).

Mais bon, parlons de la suite. Dans l’attente de NQNT et NQNT2, sortis respectivement en automne 2014 et 2015, on a eu peur qu’il perde cette insouciance à cause de l’ampleur qu’il commençait à prendre (il paraît que plus on est médiatisé, plus on doit donner l’exemple, mouais). Que nenni. Invité par Georgio au Nouveau Casino en septembre 2013, il dévoila déjà Shoote un Ministre, qu’il rechantera sur scène (après la sortie de NQNT) lors de la Block Party à l’Institut du Monde Arabe en juillet 2015. Et bien sûr, qui y pointera le bout de son nez ? Le président de l’IMA pardi, Jack Lang. Mais VALD n’en a rien à foutre, et la foule saute et pogote comme jaja sur Shoote un Ministre en faisant un flingue avec la main, sous les yeux ébahis de notre ancien ministre de l’éducation. On le retrouvera plus tard dans la soirée à insulter les flics dans le quartier. Tel est donc son état d’esprit.

L’énergie débordante qu’on aimait tant est évidemment au rendez-vous dans ces deux EP. Malgré la polémique suscitée par Autiste (dans lequel il se mettait en scène en meurtrier sadique), à laquelle il répond avec fermeté (« Ce PERSONNAGE de fiction a AUSSI des délires psychotiques certes, mais cela reste une fiction, un clip, pas un documentaire qui se réclame d’une quelconque véracité. Si vous n’avez pas de second degré c’est votre problème, pas le mien. Et pour toutes ses raisons évoquées, je vous baise »), le morceau (accompagné d’un clip brillant) est d’une lourdeur assez lourde.
Et d’un autre côté, on peut fermer les yeux et se laisser transporter par la douce instru de Elle me regarde, même si l’on retrouve (très) vite l’univers du rappeur dans les paroles : « J’ai souvent pensé à toi avec ma vésicule biliaire, surtout à t’provoquer des fissures diverses ».
Enfin, comment ne pas parler d’Aulnay-sous-Bois, ode désenchantée à son quartier et sa ville, qu’il dépeint avec un réalisme froid, pour se démarquer des discours habituels… Le tout avec une habileté technique unique qui donne au morceau une force poignante.

Ce qui me « dérange », c’est le fait de revendiquer d’habiter dans le quartier, d’être une crapule. Tu peux revendiquer de venir des quartiers et d’avoir réussi, ça c’est franchement bien, au final t’avais rien et t’es arrivé à quelque chose, mais juste revendiquer d’être une crapule, qui vend du shit, qui agresse des gens … Par exemple je trouve indécent les morceaux qui vantent l’arrachage. Incroyable. C’est totalement irrespectueux. » VALD dans Interview Cultiz

Puis vint NQNT2. VALD monte encore d’un cran. Ses trois versions de Selfie (oh oui tu connais) placent la barre très haut et ce fameux « bat-les-couillisme » n’est même plus questionnable, qui plus est son morceau caché Poisson n’est pas plus que 2min10 de pure connerie (ou génie, on ne sait plus). Mais n’oublions pas que tout son art s’exprime également à travers des textes riches et des clips magnifiquement réalisés tel Urbanisme pour ne citer que lui, – qui d’ailleurs fait un peu écho à Branleur – qui oppose brillamment deux visions caricaturales antagonistes de générations différentes. Un vieux qui critique un jeune et inversement, grosso modo.

VALD lâche quelques morceaux par-ci par-là, et semble se rapprocher de plus en plus du grand Alk et Biffty. Ses nouveaux délires dont il est de plus en plus difficile de percevoir le sens nous laissent bouche-bée : Quel est donc le message subliminal caché derrière ce qui s’apparente à des cris de rassemblement de baleine dans Le grand Aigle (ft. Alk & Biffty) à 1’27 ? Sous grande sobriété, le groupe d’amis semble dans le turfu, et nous fait rêver en disant de la merde mais d’une manière si somptueuse : « Viens t’empiffrer cousine, J’mets grande bite dans-dans l’piff des poufs ».

Par son génie incompris ou sa connerie universelle, VALD a donc su, malgré toute l’ampleur qu’il a prise, rester dans son délire et nous faire délirer. Mais là où il est fort, c’est qu’il nous bluffe toujours autant par la qualité de sa plume, et par le plaisir qu’il réussit à faire partager dans ses morceaux, et ce peu importe le sujet traité.

Et maintenant, place à Agartha, son premier album, dont le premier extrait Eurotrap a rencontré un franc succès et démontré une nouvelle fois le talent et l’inventivité du bonhomme.

Autres morceaux lourdingues : Journal Perso (NQNTMQMQMB), Donkey Punch (Cours de Rattrapage), Sullyvan (NQNT), Cartes Sous l’Coude (NQNT2), Promesse (NQNT2).

La bise babouine,