# 15 – On aime : The Pharcyde

La West Coast a connu des moments difficiles dans les années 1990, dont le hip-hop s’est fait le miroir. Le passage à tabac filmé de Rodney King par quatre policiers blancs en mars 1991, largement perçu comme un acte raciste, et les émeutes de Los Angeles qui suivirent, les pires depuis les années 1960, n’étaient que la partie immergée de l’iceberg…

Période trouble pour l’histoire américaine mais faste pour le mouvement hip-hop. C’est à ce moment-là que des figures du rap comme Dr.Dre, Ice Cube et bien d’autres commencent à percer sur la West Coast, grâce à des instrus léchées et à des histoires tout droit sorties de leur quotidien.

D’autres groupes, moins médiatisés, tirent aussi leur épingle du jeu. C’est le cas du Pharcyde. Un groupe hip-hop atypique formé de deux rappeurs (Imani et Slimkid3) et de deux anciens danseurs (Bootie Brown et Fatlip).

Lorsque le Pharcyde sort son premier album « Bizarre Ride II the Pharcyde », ses sons jazzy et frais contrastent avec le hip-hop beaucoup plus dur, le gangsta rap des autres rappeurs de LA, à l’image de 2pac et son premier album sorti en 1991 2pacalypse now . Surprenant sachant que le groupe est issu de South Central, au cœur des troubles qui secouent alors la West Coast.

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Les sons du Pharcyde sont rafraîchissants et cherchent à parler au plus grand monde. « Passin me by », un des grands succès de leur premier album, raconte la difficulté qu’on trouve à approcher une personne qui nous attire. Des histoires simples, presque naïves, éloignées du récit des journées à dealer de Ice Cube. Une des chansons qui sort du lot dans ce premier album est « Ya Mama », une chanson sur les propos injurieux visant les mères. En bref, à une époque où LA se déchirait, le Pharcyde faisait rire.

Les samples très jazzy couplés à des grosses basses contrastent également avec ce qui se fait alors sur la West Coast. Le Pharcyde refuse de nous parler du deal, de la prostitution, de la violence, des gangs. Si le groupe évoque parfois ces thèmes, il les aborde toujours sous un angle différent de celui qu’adoptent leurs collègues de South Central.

Si les albums qui suivront seront de moins bonne qualité, ce premier album aura fait entrer le Pharcyde dans le paysage hip-hop de la West Coast. Tout bon amateur de rap doit connaître ce groupe si singulier. D’une part parce qu’il raconte une autre version du LA des années 1990, d’autre part parce qu’on y retrouve des sons et des effets qui n’existent plus dans le rap actuel, comme les skits (sur un album, un intermède entre deux morceaux constitué de dialogues, souvent réalisés par les artistes eux-mêmes).

Si vous avez envie de rap à l’ancienne sans vous prendre la tête, de sons chaloupés et doux, foncez, c’est votre came.