J’ai mangé pendant une semaine au Cezam

Réflexion préalable

Dimanche, 23h46. Dans ma chambre, accoudé à ma fenêtre, les mains glacées par les -12 degrés ambiants, je raoute (faire un cul sec, ndlr) la 3ème bière de mon calendrier de l’Avent-bière. J’appréhende cette semaine, l’une des plus intenses de ma vie.

Pause. Flash-back. Film en noir et blanc.

Samedi. 16h23. Chill dans le Bocal E&B avec Quentin, Ludo et Bégère. Ce premier phase encore du space cake du WEEB 1 qui s’est déroulé il y a maintenant 3 semaines. Ce deuxième zieute les tags sur le mur du bocal et laisse son autre œil se perdre dans le paysage cergyssois visible depuis la fenêtre. Ce troisième, enfin, me lance un pour combien. Encore et toujours. « Pour combien tu grailles au Cézam pendant une semaine lol ? ».

Pause. Fast-forward. Film en couleur.

JOUR 1

Lundi, 12:14. Moi, de dos devant Cézam. 2 Putain. Je rentre. Je commande. Je prends le bip et je m’assois sur la banquette en sky. Je tourne ma tête à gauche. La télé m’offre un énième match du FC Valence, comme à chaque fois que je viens ici. Je tourne ma tête à droite. Un couple s’embrasse grassement après avoir fini leur menu tacos sauce blanche supplément bacon.

cezam 1

La sonnerie du bip m’arrache à cette vision onirique.

Lundi, 21:02. Même scène, même lieu, même procédé. Juste, il fait nuit. Le match de Valence, interminable, scintille au fond de la pièce. Bonsoir. Qu’est-ce qu’il vous faut. D’accord chef. Merci.

JOUR 2

Mardi, 11:51. Une nouvelle journée commence et avec elle un nouveau sandwich (prononcez sandouiche). Indeed, j’essaye de me fixer des mini-défis au cours de cette semaine pour ne pas perdre toute motivation, comme goûter tous les sandwichs (j’insiste vraiment, prononcez sandouiche). Je finis de manger et retourne en cours d’optimisation et d’aide à la décision, comprenez chat sur FB avek mes bestha :$.

Mardi, 20:36. Un peu plus tard donc. Je suis seul dans l’établissement de restauration rapide intitulé Cézam. Le caissier est dans l’arrière-boutique, pardonnez : l’arrière-restaurant. 15 minutes plus tard, à force de soupirs de frustration typiques du client-connard, le caissier arrive. Bonjour. Vous voulez quoi. Ok. Prenez pas de bip je vous appellerai. Cool.

Je m’assois et me fait hypnotiser par le match de Valence. Un traditionnel « chef ! » me sort de ma torpeur. Le cuisinier Le chef-kebabier m’appelle depuis 5 minutes. Je prends mon plateau en m’excusant comme une merde. « Comment tu t’appelles pour la prochaine fois ? » me demande-t-il. Je bégaye un Robin et repars.

La journée se termine… Enfin… Pas vraiment. Mes boyaux me font souffrir toute la nuit. Pendant des heures je me tords de douleur dans mon lit. La sauce fromagère commence à avoir raison de moi. Alors que je pense rendre mon dernier souffle, le matin se lève.

JOUR 3

Mercredi, 12:47. J’arrive au Club C. Une queue anormale est présente.

cezam 2

Je comprends en écoutant une conversation en scred que le PDP (acronyme ravon pour désigner le Pomme de Pain) est fermé. Une aubaine. J’entends alors un « Romain ! ». Puis un deuxième. Puis un troisième. Je regarde au loin le chef-kebabier qui me fait des grands signes derrière le comptoir. Il m’a reconnu. Surprenant.

Mercredi, 12:58. Après quelques minutes d’attente, je commande. Salut. Encore toi. Tu vas bien. Tu veux quoi cette fois. Ok ça marche. Prend pas le bippeur je t’appellerai. Echanges assez atypiques mais sympathiques. Je me lie apparemment d’amitié avec un chef kebabier. Intéressant. 10 minutes plus tard, on m’appelle.

Mercredi. 19h12. J’ai faim. J’arrive en avance. J’ai encore droit à mon « Romain ! ». Mais cette fois, un signe de main l’accompagne. Je m’approche donc du comptoir. Le chef me murmure alors : « Passe devant ». Je me retourne. 5 personnes me fusillent du regard. Je leur tire la langue et je commande. Je mange. Fini. M’en vais.

JOUR 4

Jeudi, 12:22. Pas de perturbations cette nuit. Mon ventre semble s’être habitué à la sauce fromagère.

cezam 3

J’arrive devant la même scène que la veille. Une queue immense. Le Pomme de pain est encore fermé. Une nouvelle fois le « Romain ! » + geste de la main me valent de passer devant tout le monde. Je mange et repars. Repu.

Jeudi, 17:06. Une petite faim se fait sentir. Je me motive alors pour un panini. Mais au lieu du traditionnel en-cas mauricien, je préfère prendre un panini de type cézamien. Seul dans le restaurant, je commande. A ma grande surprise le chef me l’apporte à ma table. Encore plus surprenant, il s’assoit. Une conversation s’amorce. «Je m’appelle Michel » me confie-t-il. Je regarde son badge épinglé à son t-shirt recouvert de tâches de sauce avec écrit «Kelebek». Oh ça c’est juste pour le marketing. Tu connais ça toi t’es en école de commerce. Je souris, gêné. Je m’en vais, encore tout rouge après cet échange. En partant, je me rends compte que j’ai oublié de payer. Tant mieux.

Jeudi, 20:19. Je m’assois après avoir commandé. Michel m’apporte mon kebab, cela va devenir une habitude. Il m’apporte en même temps la télécommande de la télévision. Le Graal. Je zappe sur BFM Business. Tout sauf un autre match du FC Valence. Je me rends compte que petit à petit, je gagne de plus de faveurs de la part des chefs-kebabier. Surtout Michel.

JOUR 5

Vendredi, 12:53. Je suis en retard. Je commande en vitesse mon tacos. Bonjour. Toujours la même chose. A emporter s’il te plait. Puis silence. Je relève les yeux. Je vois alors une larme couler le long de la joue de Michel. « Tu restes pas Romain ? ». Non désolé je euh… Je suis gêné. Je m’en vais, touché par cet élan d’affection.

Vendredi, 20:59. Michel m’attend devant la porte. Ah tu es là ! Il me prend par l’épaule et me guide dans l’arrière restaurant. Avant d’avoir eu le temps de prononcer un mot, je me retrouve assis au côté de la famille de Michel avec ses 4 femmes et 17 enfants. « Nous t’attendions ». Je m’assois. Silencieux. Je rencontre enfin la famille de Michel. Mais sommes-nous proches à ce point ? Non ! Tout va trop vite. Je panique. En repensant au panini, je lâche, plein de remords : « J’ai pas payé le panini l’autre jour, je suis désolé! » Je jete des pièces de monnaies sur la table en espérant faire diversion, et déguerpi. Je franchis la porte de sortie en courant et ma vision se brouille. Je m’agenouille derrière les poubelles du C-Tok et je fonds en larmes.

Réflexion personnelle

J’ai préféré écourter l’expérience. Je suis dans le train pour Lyon. Je rentre chez moi. J’ai besoin de me recentrer sur moi-même. La rencontre avec Michel, notre relation, je ne me rendais pas compte de l’ampleur qu’elle prenait. Sans aucun doute, je l’ai blessé. Et même moi, parfois lorsque je pense à lui, un sanglot m’échappe.