Les polémiques dans le rap français

[Dans cette article je ne traite que les principaux cas de ces 10 dernières années. Je ne cherche pas non plus à ressortir les polémiques/buzz qui étaient volontaires comme peuvent l’être l’agression d’un vendeur Unküt par Rohff ou alors le tournage du clip Toka de Fianso.]

Les faits

Orelsan et les chiennes de gardes

En 2009, Marie-George Buffet demande au directeur du Printemps de Bourges de déprogrammer ce méchant Orelsan à cause des propos violents qu’il a eu à l’encontre des femmes dans sa chanson Sale Pute, et bien sûr de retirer le clip des réseaux. Ce dernier remonte à 2007. On y voit Orel en costard, une bouteille de Jack à la main, qui découvre que sa copine le trompe et décide de lui chanter sa haine.

Résultat de recherche d'images pour "orelsan sale pute" Il lui tint à peu près ce langage : « On verra comment tu suces quand j’te déboîterai la mâchoire. T’es juste une truie tu mérites ta place à l’abattoir. »

Face à ces paroles crues, les associations féministes se mobilisent alors en masse et lui collent un procès à l’arrière-train. Bilan pour Orel : plusieurs dates de sa tournée annulées.

Black M à Verdun

Le 29 mai 2016, c’est le centenaire de la bataille de Verdun. Qui est le mieux placé pour faire le show à cette évènement ? Black M évidemment. Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde, à commencer par l’extrême droite. Marion Maréchal tire en première, suivie ensuite par les associations d’enfants de poilus. Bilan : Déprogrammation de Blackie et un petit procès.

Jo le Phéno et son clip « Bavure »

Il fait l’objet d’une plainte du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve pour son morceau Bavure, accusé d’inciter à la haine « anti-flic ».

 

 En réponse aux accusations et à son clip Bavure retiré, Jo sort Bavure 2.0

Damso et les diables rouges

Alors qu’il est chargé de créer l’hymne officiel des Diables Rouges (ndlr : équipe nationale de football de la Belgique) pour la CDM 2018, Damso est retiré du projet. Le rappeur subissait les pressions d’association féministes belges et était en plus accusé de faire l’apologie de la drogue, de la violence et du harcèlement. Damso avait pourtant commencé à travailler sur le morceau puisqu’il dévoile un extrait du lythopédion (ndlr : allez voir un dico, c’est un super clin d’œil que je viens de faire) quelques jours plus tard sur Instagram.

Qu’en dire ?

Un genre qui souffre de ses propres codes

Dans ces trois cas, la mauvaise image qui colle au rap fait défaut à ces artistes. Les codes du genre avec les thèmes récurrents de la violence, de l’argent, de la drogue ou des femmes sont mal perçus, en particulier et surtout par les personnes extérieures au rap.

Ce n’est pourtant qu’une question de forme, d’esthétisme (oui oui). Les chansons comme Sale Pute d’Orelsan ou Une âme pour deux de Damso, utilisent le thème de la violence comme prétexte pour démontrer certains skills comme le flow ou leur capacité à manier les mots à leur guise.

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Aux States, même les rappeuses s’approprient le shit-talking, Cardi B ici

Of course donc, le second degré est nécessaire et les rappeurs en jouent. Prenez le thème de l’argent : le bling bling est poussé à l’excès et les rappeurs en ont conscience : « J’veux de l’or sur ma montre, fuck le mécanisme » dans E.Signaler de Damso  ou encore « Tellement de diamants sur ma montre, je ne sais plus quelle heure il est » dans Game Over de Booba.

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Une autre de Booba, c’est gratos 

Une triste incompréhension

Pas étonnant donc, que des personnes sans le recul nécessaire, portent des accusations souvent en décalage complet avec l’intention de l’artiste. Orelsan essaye pourtant de se s’en défendre en en faisant son argument de défense principal à propos du clip de Sale Pute : « J’ai tourné un clip où je porte un costume cravate et bois de l’alcool, pour montrer qu’il s’agit d’une fiction. En aucun cas, je ne fais l’apologie de la violence conjugale. L’attitude de ce personnage me dégoûte ». Simple. Basique. Peut-être un peu trop.

Aussi, avec des citations sorties de leur contexte, prononcées comme si elles étaient destinées à quelqu’un, bien sûr qu’elles paraissent différentes, gratuites, puisqu’elles sont en-dehors de leur intention musicale.

Même les clips peuvent être mal interprétés. Prenez le clip de Vitrine avec Vald et Damso (pour ceux qui ne l’ont pas vu le clip en question ici ). Accusé de sexisme, c’est un comble sapristi ! C’est tout l’inverse du message véhiculé. On y voit des femmes en train de se faire plaisir en regardant Vald & Damso faire leur show, ce qui rappelle les shows que l’on peut voir dans les rues d’Amsterdam ou de Bruxelles. Mais les rôles sont ici inversés. Le clip choque, oui, mais il dénonce surtout la condition de ces femmes dans la vraie vie, emprisonnées derrière ces vitrines.

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Triste vie, derrière vitrine

Sentir venir la polémique et la désamorcer

Venons-en à Black M. Même avec son tournant très pop-commercial-toutpublic, son passé avec la Sexion D’assaut, son ancien groupe, n’est pas si loin. Prenez le fait qu’il insulte la France de « Pays de kouffars » dans la chanson Désolé. Ajoutez-y un contexte d’état d’urgence en 2016. Saupoudrez le tout d’une interview où il prévient que « l’on va s’amuser [comme des petits fous] à Verdun » et vous avez une belle polémique toute prête.

La même chose aurait pu se produire avec son collègue Maitre Gims. En 2014, ce dernier doit  rejoindre la troupe des Enfoirés. Mais le rappeur, conscient de son passé, sait qu’il fait tâche au sein des Resto du cœurs. Même s’il trouve la cause noble, il a la sagesse d’esprit de décliner l’offre. Peut-être Black M aurait-il du adopter le même comportement ? Bah ouais.

Enfin bon, tout est bien qui fini bien puisque le rappeur est invité à l’Elysée par François Hollande, son seul soutien à l’époque de la polémique, pour célébrer aux côtés de MHD l’amitié franco-guinéenne.

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Croire en soi et aller au bout de ses rêves

Pour Orelsan, dur de se défaire de son image de sexiste, même après avoir gagné son procès. Alors qu’il gagne 3 récompenses aux Victoires de la musique 2018, une pétition « Rend les trophées ! » est lancée contre lui avec plus de 85.000 signatures et toujours le même reproche : sa chanson Sale Pute, aujourd’hui vielle de 11 ans.

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Artiste masculin de l’année + Meilleur album de musique urbaine + Meilleur clip pour son album La fête est finie

Les gagnants des Victoires ne sont pas les seuls à avoir droit à une pétition, les absents de la cérémonie aussi y ont droit. Pourquoi ? Parce que le rap est le grand absent de ce type d’évènement. D’aucuns déplorent l’absence de Damso, Niska ou même de Vald dans les éditions précédentes. A Orelsan de dire « Par rapport à ce que les rappeurs représentent dans l’industrie, en vrai, il ne devrait y avoir presque que du rap aux Victoires ». Il a pas tort. Aujourd’hui, la majorité des ventes de disques et streams sont réalisés par des rappeurs. La moitié des triples disques de platines en France en 2017 ont été ceux de rappeurs (Damso, Orelsan, Niska).

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« Et pendant ce temps-là… [Damso] reçoit le prix de l’artiste le plus écouté en Belgique [en 2017] »

Je t’aime moi non plus

Aujourd’hui plus que never, le rap connait son âge d’or. Mais il est mal représenté sur les grands médias classiques. Est-ce si grave ? Non. Number 1 sur les plateforme de streaming et sur Youtube, les rappeurs savent faire le bon choix entre faire une télé chez Ardisson (cc Vald ) ou se concentrer sur l’internet, les réseaux sociaux, Youtube, toussa. Le rap s’est créé son univers et évolue dans son propre environnement, à l’aise, pépouze.

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