Mac Miller – Le connaître c’est l’aimer

Génèse

          J’avais déjà entendu parlé de Mac Miller il y a longtemps, mais j’avais pas accroché. L’image de frat boy qu’il renvoyait avec son backpack dans Nikes On My Feet et ses clips dans des pseudo-soirées étudiantes dans Donald Trump a joué en sa défaveur avec moi. Je l’ai donc rangé dans la case « rappeur sans intérêt », d’autant plus que j’écoutais pas vraiment de rap US.

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C’est pourtant à cette époque (2010-2013) qu’il connait son plus large succès avec les titres précédemment cités, auxquels on peut ajouter Best Day Ever (respectivement 76M, 148M et 72M de vues sur Youtube). Il fait partie des premiers rappeurs à utiliser les réseaux sociaux pour créer une vraie proximité avec son public et consolide ainsi une large fanbase. La célébrité le frappe donc très jeune, il a 18 ans à la sortie de Nikes On My Feet, et naissent alors ses premières addictions qui lui servent de refuge à cette surexposition médiatique.

          Ce n’est qu’en 2016 que je tombe de nouveau sur lui dans Rythm Roulette w/ Larry Fisherman, son nom de producteur. Le concept est simple : il choisit 3 vinyles à l’aveugle dans un magasin, les sample, puis en fait un beat. Il écoute alors attentivement ses vinyles avant de composer et de se mettre à jouer du piano, de la basse, de la guitare – j’apprends plus tard qu’il joue aussi de la batterie –  dans ce garage aménagé en studio de musique. Son père fait irruption en plein milieu de la vidéo et on comprend qu’il est chez ses parents, tout simplement. En l’espace d’une vidéo, l’image que j’ai de lui change complètement et laisse place à celle d’un artiste doué, talentueux, à l’aise musicalement dans n’importe quel style et surtout quelqu’un de touchant, simple.

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Arrive donc le premier extrait de son pénultième album. On est en été 2016 et j’écoute en boucle Dang! en feat avec Anderson .Paak, une balade amoureuse jazzy-groovy où les deux artistes, aussi, se baladent sur l’instru. Avec ce clip aux décors et couleurs pétillantes, il confirme pour moi ce changement de style et de mentalité avant de sortir, un mois plus tard, The Divine Feminine.

 

The Divine Feminine

               L’amour, et plus particulièrement les relations amoureuses sont des sujets vastes, inépuisables et pourtant, au cours des 10 titres de l’album, il parvient à en faire le tour sous un nouvel angle. D’abord tumultueuses, passionnelles, intimes et fusionnelles, puis, lorsque la distance s’installe, froides, empreintes de la nostalgie et du manque qui poussent à la reconquête; les relations amoureuses sont décrites et exprimées sous nos yeux par l’artiste. Les sons défilent, et avec eux les nombreux artistes avec lesquels Mac a collaboré – Snoop Dogg, Ty Dolla Sign, CeeLo Green, Kendrick Lamar, ThunderCat – qu’il parvient à faire jouer ensemble sur ce projet comme s’ils ne formaient qu’un seul et unique groupe. Tous s’inscrivent parfaitement dans l’intention de l’album.

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En couple avec Ariana Grande à l’époque, qu’on retrouve sur My Favorite Part, on devine assez facilement que cet album n’est que le reflet de ce qu’il vit actuellement. Elle joue un grand rôle au niveau artistique mais aussi en tant que muse. L’homme est heureux, amoureux; l’artiste est sensible, touchant. Il incarne cet album qui nous touche et nous le fait ressentir comme jaja lors du live de My Favorite Part.

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The Divine Feminine fait partie des albums que j’ai écouté un nombre incalculable de fois. Le thème, pourtant récurrent, est comme revivifié par une approche inédite. C’est ce que je pense être son meilleur album, le plus complet, le plus cohérent où chaque morceau joue son rôle et contribue à la construction de l’harmonie qu’il dégage et à sa densité.

 

Deux ans

          Et puis plus rien. Silence radio. La pause la plus longue de sa carrière. Début 2018, Ariana Grande se sépare du chanteur, ses addictions ont rendu leur relation toxique. Après un accident de voiture sans gravité, il est arrêté peu après pour conduite en état d’ébriété. Les fans de toujours et les nouveaux que son dernier album a conquis s’inquiètent. Toujours aucune nouvelle du côté des réseaux sociaux qui étaient pourtant la clé de voute de sa relation avec sa fanbase.

Arrive enfin le 30 Mai 2018 où trois morceaux sont postés sur son Youtube. Sortent ensuite un teaser annonçant son prochain album SWIMMING, et le clip de Self Care, le premier extrait de cet album. A la manière de Dang! le son m’accompagne jusqu’à la sortie de l’album. Son retour fait du bien et on observe déjà un nouvel homme, désormais serein dans cette prison d’addictions, dans ses problèmes, dans ce cercueil dont il se libère à coups de poing.

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Si vous vous aventurez dans la section commentaire de ce clip, vous vous rendez vite compte, en voyant l’inquiétude des fans sur son état, de la relation particulière qu’il a créé avec eux. Connu comme assez fragile mentalement, se servant de ses addictions comme protection à sa surexposition médiatique en tant que célébrité ; on retrouve enfin cet artiste qui a beaucoup grandi en 8 ans tout comme les fans qui l’ont accompagné. On est passé des soirées étudiantes aux complexités et problèmes de la vie d’adulte.

          C’est au cours de son interview avec Zane Lowe qu’on se rend compte de l’évolution du type : il parle de manière détendue, apaisée après cette longue pause. Il a tellement pris de recul sur les derniers événements, sa rupture, ses addictions et sa célébrité ! On a l’impression d’avoir affaire à une nouvelle personne, grandie. Je retrouve ce qui m’a plus chez lui : il sort Inertia, une vidéo de 5 minutes où on le retrouve entouré d’instruments et d’un micro. Il tâtonne, se règle, avant de se lancer, toujours avec la même aisance et flegme, il se balade sur l’instru. Une semaine plus tard sort SWIMMING.

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SWIMMING  

          C’est l’album de la rédemption, de la renaissance, du renouveau. C’est sa catharsis. L’homme nouveau est né en combattant les démons de son passé. On est plongé dès le début dans une descente dans les profondeurs de ses pensées, un coup dans la noirceur des abysses, un coup ballotant à la surface, à la lumière du jour. Mac se laisse porter – et nous avec – dans ce voyage introspectif. Il s’approprie son environnement, ses angoisses et ses problèmes, avant d’être à l’aise avec eux.

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Je ne pense pas que ce soit son meilleur album. Je n’en retiens que quelques – très bon – morceaux. Self Care bien sûr, mais aussi Ladders, 2009 et surtout Come Back To Earth, le premier de l’album. Ce dernier morceau est le plus représentatif de ce qu’il cherche à exprimer, c’est peut-être même le seul à écouter s’il n’en fallait qu’un. Et s’il n’y avait qu’une phrase à retenir de l’album, résumant le tout, c’est surement celle-ci :

“And I was drowning but now I’m swimming” – Come Back To Earth.

Tout comme avec The Divine Feminine qui portait sur l’amour, on s’identifie à lui au travers de phrases vraies, touchantes qui nous rapprochent de cet artiste qui encore une fois vit son album et l’incarne. Les autres artistes présents sont cette fois-ci beaucoup plus discrets, laissant Mac à l’avant de la scène affronter lui-même ses problèmes. On peut en effet retrouver Pharrel Williams et J.Cole à l’écriture, mais aussi les voix de Snoop Dogg ou Syd. Sur scène, on le retrouve au top pendant le live de Ladders, ou encore pendant celui de Hurt Feelings. L’homme est apaisé, l’homme est serein. L’artiste est rassurant, touchant. Il est prêt à entamer sa tournée d’octobre.

33

Pour moi, c’était l’album du creux de la vague. Le prochain aurait dû être celui de sa carrière, son meilleur. Mac Miller, de son vrai nom Malcom McCormick est décédé le vendredi 8 septembre 2018 à l’âge de 26 ans. Lorsque je l’apprends je suis triste, déçu comme si la promesse que l’on m’avait faite était brisée : cette promesse d’aller mieux, cette remontée à la surface n’a plus lieu d’être. Je reste là, triste, frustré de perdre cette personne qui m’avait fait l’accepter, qui avait gagné mon admiration et qui m’avait fait l’admirer. « Le connaître, c’est l’aimer » ce sont les mots touchants de sa mère peu après sa mort.

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