Être un auditeur de rap en 2018 – Part.1

Analyse de l’offre et des choix à faire

Pourquoi cet article ?

En août dernier, Eminem faisait son retour surprise avec « Kamikaze ». Album n°1 dans de nombreux pays, tout le monde en parle pour la qualité d’écriture et de la technique du rappeur de Detroit, qu’on n’avait pas entendu comme ça depuis pas mal d’années. Intrigué, je me mets à écouter cet album assez court et dense et tout de suite, quelque chose frappe : Eminem tape sur tout ce qui bouge, aussi bien des rappeurs, que des journalistes qui l’ont critiqué à la suite de son précédent (et moyen) album « Revival ». Dès lors, je suis fasciné de voir que cet album fonctionne si bien alors que son thème central (10 morceaux sur 13) est « Je suis toujours aussi fort, vous auriez pas dû me critiquer, je vais vous montrer ce que je vaux ».

Pour un mec aussi ancien dans le milieu, je suis curieux de voir qu’il est autant affecté par les critiques de gens du milieu (on pense à Joe Budden, ancien rappeur qui animait « Everyday Struggle », un podcast très écouté aux US) que par celles du public. Evidemment qu’auparavant le public avait déjà un rôle essentiel pour déterminer si un album marchait ou non, mais aujourd’hui, ce rôle semble avoir pris une ampleur inédite : aujourd’hui, les auditeurs ont vraiment le pouvoir ! Alors plutôt que de faire un énième article sur l’importance du streaming dans l’industrie musicale et notamment le rap (genre musical qui est de loin le plus streamé), je voulais écrire sur nous, vous, moi, tous ces auditeurs qui font la musique.

On peut avoir l’impression de se perdre face à l’étendue de l’offre actuelle. Je ne parle pas simplement de la musique en elle-même mais de tout ce qui l’entoure : clips, émissions, podcasts, interviews. Voici donc mon petit guide de l’auditeur de rap en 2018.

Faire face à l’offre

Si vous suivez un peu l’actualité rap comme on le fait à la rédaction du Y-Grec, vous remarquez qu’il ne passe pas une semaine sans que des nouveaux albums ou singles sortent. On ne parle pas ici d’artistes moins connus, mais même des gros vendeurs rap de l’industrie. Les rappeurs doivent occuper le terrain car ils craignent d’être oubliés du public s’ils ne le font pas. Alors évidemment il existe des contre-exemples et on y viendra, mais ce constat est valable pour la majorité des artistes aujourd’hui. En tant qu’auditeur, si on est curieux, on a souvent envie de tout écouter, que ce soit pour découvrir de nouveaux artistes ou simplement pour suivre l’actualité.

Néanmoins, face à cette multiplicité des sorties, il est bien souvent compliqué de s’y retrouver et il faut être capable de prendre du temps, surtout lors de découvertes d’artistes nouveaux. Pour s’y retrouver, un de mes conseils serait de suivre des médias ou des journalistes/influenceurs sur Twitter, ou évidemment de lire les articles de notre splendide site. Je parle évidemment des Vendredi Sorties, préparés soigneusement chaque semaine par notre rédaction. Ces articles illustrent d’ailleurs assez bien mon propos car ils nous demandent d’être au courant d’un maximum de sorties et de nouveautés chaque semaine.

Comme je le disais, pour faire face à cette offre, il faut être capable de prendre du temps. Ce constat est d’autant plus valable quand on regarde la longueur des albums aujourd’hui. Ce n’est un secret pour personne, les albums des gros vendeurs sont de plus en plus longs afin de booster leurs revenus liés au streaming. On peut penser à « Culture II » de Migos (24 morceaux et 1h45), « Scorpion » de Drake (un double album de 25 morceaux et 1h30) ou « SR3MM » de Rae Sremmurd (carrément un triple album ! – 27 morceaux et 1h41).

En tant qu’auditeur, ce n’est pas forcément un problème, beaucoup d’albums mythiques de l’histoire du rap sont particulièrement longs (« All Eyez on Me » de Tupac est un double album, tout comme les deux albums de Notorious B.I.G.). Le souci vient davantage de la cohérence de tels projets qui donnent parfois l’impression qu’ils ont été conçus comme des playlists. Drake ne s’en est d’ailleurs pas caché, qualifiant « More Life » de playlist, et non d’album ou de mixtape. Une question s’impose alors : comment être sûr que le temps alloué à chaque projet n’est pas du temps perdu et qu’on pourrait juste écouter quelques titres ici et là ?

Les plateformes de streaming permettent justement cette flexibilité. Plus besoin d’acheter un CD ou même de télécharger (on l’a tous fait, ne faites pas les effarouchés), tout est accessible instantanément. On pourrait croire que j’enfonce ici une porte ouverte, mais il faut se rendre compte de la véritable révolution permise grâce à ces plateformes. En tant qu’auditeur, la liberté est absolument totale : on peut passer d’un artiste à l’autre à l’envie, ne sauvegarder que les meilleurs morceaux d’un projet ou encore créer de toutes pièces des playlists.

De plus, les algorithmes de découverte sont devenus réellement performants et permettent de découvrir de nombreux artistes peu connus en concordance avec vos goûts et vos écoutes précédentes. Pour un auditeur assidu, ces plateformes sont réellement un luxe indéniable et ont même renversé le jeu de pouvoir qui pouvait exister dans l’industrie musicale. Les auditeurs font complètement leur choix et peuvent choisir de plébisciter un morceau que n’avait pas forcément prévu l’artiste. Le meilleur exemple étant « Mask Off » de Future qui n’était pas prévu comme le principale single de l’album « FUTURE » mais qui s’est retrouvé être le titre le plus écouté, et de loin.

Faire des choix

Toute la présentation précédente n’est pas anodine. Cet état des lieux permet d’arriver au cœur du problème actuel qui se pose aux auditeurs de rap (et de musique en général, mais ici on est sur le Y-Grec donc bon) : comment faire des choix ? Certes, cette question n’est pas nouvelle, loin de là. Mais comme tous les accès à la musique sont facilités aujourd’hui, elle devient encore plus cruciale. De la même façon, on pourrait se demander s’il faut tout écouter de ce qui sort aujourd’hui, et on y viendra.

Parallèlement à cette multiplication des sorties et à l’avènement du rap comme genre musical le plus populaire en France (à titre d’exemple, 6 des 10 titres les plus streamés en France en 2017 sont du rap) , on ne compte plus les médias qui couvrent l’actualité du rap ou qui proposent des analyses. Pour en citer quelques uns, je vous recommande « La Sauce » sur OKLM Radio, « No Fun » un podcast d’analyse poussée proposé par Binge Audio, les chaînes « Le Règlement », « LUMEUR » ou « Vox » (la série « Earworm ») sur YouTube, l’Abcdr du Son, Hip Hop Reverse, Booska-P, SwampDiggers ou encore YARD. Et encore, il ne s’agit que de quelques médias francophones (sauf « Vox ») parmi de nombreux autres ! Ils peuvent être d’une grande aide pour un auditeur peu aguerri pour faire face à la jungle des sorties actuelles.

Je ne dis pas qu’il faut suivre aveuglément l’avis de ces médias, mais ces vidéos, émissions et autres articles sont un excellent moyen de faire le tri, et même de découvrir des artistes peu connus. On pourrait alors se demander si le bouche à oreilles existe encore, et ma réponse serait : oui, évidemment. L’avis et les conseils de vos amis auditeurs sont encore et toujours une façon déterminante pour vous décider quant à votre écoute du jour ou de la semaine. Dans le prolongement de ce bouche à oreilles, je vous suggère de suivre certains journalistes rap sur Twitter : très souvent de bons conseils, si  vous êtes curieux.

C’est tout pour cette semaine, et c’est déjà pas mal. On se retrouve dans quelques semaines avec la seconde partie de ce guide, où je vous présenterai ma vision personnelle avec notamment mon parcours d’auditeur, en espérant que ça vous inspire !

 

Des liens utiles pour les plus curieux :

Médias :

YouTube :

Podcasts :

  • “La Sauce” de OKLM Radio – Disponible exclusivement sur Deezer (émission quotidienne avec chroniques et interviews)
  • “Roule avec Driver” de OKLM Radio – Disponible exclusivement sur Deezer (émission hebdomadaire avec anecdotes et présentation d’un thème/label/rappeur)
  • “The Undersiders” de Engle – Disponible sur toutes les plateformes (série en 8 épisodes sur les barons de la drogue ayant eu une influence sur le rap)
  • “No Fun” de Binge Audio – Disponible sur toutes les plateformes (émission hebdomadaire d’analyse sur une sortie ou un/plusieurs artistes, le plus souvent rap ou r&b)
  • “Grünt” de Radio Nova – Disponible sur toutes les plateformes (émission hebdomadaire d’interview et d’analyse sur un rappeur)
  • “Abcdr du Son” – Disponible sur toutes les plateformes (émission trimestrielle faisant le bilan du dernier trimestre rap US et français)
  • “SwampDiggers” – Disponible sur MixCloud (mix musicaux)
  • “Keep it Sample” – Disponible sur toutes les plateformes (émission mensuelle sur le sampling)