Review FR de Septembre : Crâne, clochard et dollars…

A lire en écoutant notre playlist.

Les feuilles rougissent, le mercure retombe et l’OL renoue avec le goût de la défaite. Pas de doute les premiers jours d’automne marquent la fin de l’été, et avec, le crépuscule d’un mois de Septembre prolifique en termes de sorties. J’ai donc décidé de revenir sur trois albums de rap français qui m’ont marqué sur le dernier mois qui vient de s’écouler.

 

Polaroïd Expérience – Youssoupha

Le front le plus connu du rap français était de retour après 3 ans d’absence avec son 5e album : Polaroïd Expérience.

J’entends souvent les gens cracher sur Youssoupha. Faut dire que ce fils de crâne divise pas mal les amateurs de rap. Moi personnellement, c’est mon petit chouchou. Après m’avoir bercé au collège avec du Menace de mort ou du Espérance de vie, le lyriciste de bantou m’avait laissé avec un très bon album en 2015 : NGRTD (Or). Je l’attendais donc au tournant. Et finalement, ma conclusion après ma première écoute de Polaroïd Expérience était simple : album de merde.

Je suis donc d’abord très déçu par cet album. Je trouve que Youssoupha innove très peu et ne prend pas de risque avec ce projet. Il reste dans sa zone de confort et nous fait un remix de ce qu’on a déjà vu chez lui et de sujets qu’il a déjà traité par le passé (sa relation avec sa descendance, sa peur de la mort et de la vieillesse, le tout saupoudré de quelques critiques sociales…).

De manière générale, je ne suis vraiment pas fan des albums longs mais c’est vrai que faire des albums à rallonge laisse le droit à l’erreur. Là, je trouve que projet s’essouffle très vite (une première partie bien mieux que la seconde) et fatalement nous laisse sur notre faim lorsque les dernières notes résonnent.

Mais bien évidemment comme avec à peu près 99,99% des albums que j’écoute, mon avis a changé au fil du temps. En fait si je n’aime pas cet album, ce n’est pas parce Youssoupha nous a produit un album moins bon qu’avant, ou qu’il s’est enfermé dans une zone de confort. Non, c’est juste que moi qui ai changé depuis l’époque de NGRTD. Et je pense que de nombreuses personnes partagent mon sentiment.

J’ai tort de dire que Youssoupha n’a pas ou peu osé sur ce nouvel album. Je n’aime plus les mêmes choses qu’avant et ce n’est pas à lui de s’adapter à mes goûts. Il est normal pour lui de ne pas faire ce qu’il ne sait pas faire. Cet album finalement pour moi se résume en une seule phase :

« J’peux pas rapper comme Niska ou me saper comme S.Pri Noir, poto »

Devenir Vieux

Et ce vieux con a bien raison. Finalement en assumant son décalage avec la nouvelle époque Youssoupha fait un pari sacrément couillu en réalité. Mais surtout un pari très cohérent avec le personnage et les thèmes de son album : nostalgie et incertitudes face à l’avenir.

Le Kou de Keur : Polaroïd Expérience

Le premier morceau de l’album au titre est une vraie réussite. Un délicieux rythme de batterie jazz accompagne un texte mené par une belle plume.

 

Une main lave l’autre – Alpha Wann

Je crois quand même avoir passé une bonne dizaines de minutes à me demander ce que ce proverbe voulait dire avant d’avouer ma défaite à Google. De toute manière, j’ai toujours eu des soucis avec les proverbes imagés depuis que mon père m’a dit que “Celui qui avale une noix de coco fait confiance à son anus”. Mais je perds…

Tout l’monde, dès qu’il a un peu d’argent, il la place. […] Alors que si la vie s’rait facile ? Mais les gens dépenseraient, les gens s’amuseraient, au quotidien, mon frère. Et l’argent circulerait. Puisque une main lave l’autre, mon frère. Et oui, moi, on me donne, je donne, tu comprends c’que j’veux dire ? Effectivement, si on me donne rien, je vais rien donner hein

Ainsi débute STUPÉFIANT ET NOIR, extrait de l’album sorti quelques mois plus tôt. Je ne sais toujours pas quel visage mettre sur cette de voix appelant à mon esprit si ce n’est le masque d’un semblant de JoeyStarr sdf. Mais ce narrateur improvisé explique bien le titre de l’album : un service en rend un autre.

Mais l’album dans tout ça ? Et bien justement, c’est un album qui va te faire cogiter. Pas en t’envoyant de la philosophie à deux balles au visage mais par la façon dont Alpha Wann joue avec les mots. Tout au long de l’album le rappeur parisien jonglera entre nombreuses figures de styles : métaphores filées, assonances et allitérations (tout au long de l’album), anaphores (CA VA ENSEMBLE) et espèce de chiasme (excellente dernière phase du morceau LE PIEGE).

Bref l’album est est très bon. Alpha Wann allie fond et forme. Tandis que ce con te caresse l’oreille avec une excellente plume épousant une belle maîtrise de notre langue, Alpha Wann traite un éventail impressionnant de sujets pour un seul album et n’hésite pas à nous raconter sa vie au milieu de son album.

Le Kou de Keur : LUMIÈRE DANS LE NOIR ft. Doums

« Écoute celle-là, tu vas voir, tu vas tomber, celle-là, elle est superbe. Si c’est toi mon frère. Tu vas voir, après tu vas, tu vas kiffer la musique »

Que dire de plus ?

 

J.O.$. – Josman

Sans doute mon album préféré depuis Imany en termes de rap français. Et il est très fort probable que je vous ai déjà cassé les couilles avec.

Honnêtement, en valeur absolue, je pense que J.O.$. est sûrement moins bon que plusieurs albums sortis sur la même période (à commencer par UMLA traité ci-dessus ou même le très bon VII de monsieur Koba LaDéroute de Lyon au parc). Pourtant ce con de Josman a bien su me faire kiffer. Tu comprends plus ? Top.

La plume légère et des mots lourds, des instrus travaillées et qui épousent parfaitement un flow sans pareil… J’ai pris ma pillule, Josman est venu faire l’amour à mes oreilles.

En fait y’a pas à chercher mehdi à quatorze heures Josman et son acolyte Easy Dew ont une recette qui marche : des prods originales pleines de breaks qui sont parfaitement exploitées par la technique du rappeur originaire de Vierzon. Petit focus sur le début de Loto (morceau qui m’a fait découvrir Josman) qui, je trouve, peint parfaitement ce que j’essaie de décrire.

Focus : Loto

  • Le morceau commence par une seule petite note (un do# si tu veux tout savoir) que tu entendras tout au long du morceau (00:13). Une espèce d’alarme qui donne un caractère angoissant au son.
  • Une basse se superpose à cette note qui par sa mélodie dénote du caractère monotone procuré par le do# et donne du relief à l’introduction (00:13). Pourtant, le fait que cette mélodie soit celle d’une basse laisse la première note au premier plan : la basse vient plutôt porter la note. Cette basse se tait ensuite sur le dernier temps de la mesure pour laisser entrer Josman. Ce jeu entre le silence et la voix de Josman reviendra tout au long du morceau et je crois que c’est ça qui me fait vraiment kiffer.
  • Au bout de quelques secondes (00:25), Josman ajoute donc sa voix avec un effet assez matrixant. Une espèce de reverb. Et je ne sais pas si c’est dans ma tête ou pas, mais petit à petit j’ai l’impression que l’effet de la reverb augmente petit à petit jusqu’au moment où les drums montrent leur sale gueule. Le morceau part (00:38).
  • Et là tout au long du morceau, c’est ce dont je parlais plus haut : des breaks qui arrivent au bon moment pour marquer la technique de Josman. Plein de phases rythmées par des consonnes qui tombent sur des silences (écoute la phase à 00:53 pour voir ce dont je parle).

Le flow épouse parfaitement l’instru ou l’inverse. Bref, Loto un excellent morceau.

Toutefois, bien sûr l’album de Josman est loin d’être parfait. On fait très vite le tour de thèmes trop répétitifs et déjà (mieux) traités par d’autres rappeurs. En outre, même s’il n’est pas lassant, l’album souffre surtout de sa longueur je pense : certains morceaux auraient pu ne pas figurer sur l’album.

Bref, top sur la forme et une belle marge de progression sur le fond : je suis pressé de voir la suite.

Le Kou de Keur : La Plaie

Un super morceau pour finir un super album.

 

Bises et doigts.