Top album rap français 2018 de la rédac

Comme le Y-Grec est un média à la pointe de l’actualité, on fait comme tous les médias rap et on vous propose notre top album de rap français de 2018. Mais tu connais la recette, on fait pas les choses n’importe comment ici. Du coup on a demandé à tous ceux de notre magnifique association E&B de nous livrer son top 10 des projets sortis cette année et 17 d’entre eux se sont pliés à l’exercice.

Le résultat ? 34 albums/EP/mixtapes (vous faites chier avec tous les formats flous) de rap français sortis en 2018 classés scientifiquement selon un décompte encadré par Maître Folasse. En gros, le numéro 1 du top de chaque participant recevait 10 points, le numéro 2 en récoltait 9 et ainsi de suite, t’as capté le délire chef.

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Avant tout chose, quelques absents notables à signaler : la compilation 93 Empire concoctée par Fianso aka le rappeur tout-terrain de 2018, La zone en personne de saint Jul de la Puenta (40 sons tout de même), Mutant de Rim’K (le tonton du rap français encore en forme comme en témoigne l’excellent single “Air Max”) ou encore Inferno d’Alkpote (sujet sensible), Focus vol.2 de Di-meh, No Bad vol.2 de Slimka (ouais désolé on aime pas trop les suisses), Carbone 14 de Joe Lucazz et bien d’autres.

Sans plus attendre, voici le classement !

De la 31e à la 21e place 

Les mentions

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  • Udigg, Ritchy 31 – 1 point
  • Confidences, YL – 1 point
  • #EnAttendantMachakil, TripleGo – 1 point
  • Hostile, 404 Billy – 1 point
  • Epicerie coréenne, Big Budha Cheez – 2 points
  • .Raw-Z, Laylow – 2 points
  • Jok’Rambo, Jok’Air – 3 points
  • Pleine Lune, Scylla – 3 points
  • Insolent, RK – 5 points
  • Nakamura, Aya Nakamura – 5 points
  • Polak, PLK – 5 points
  • Pure, Maes – 5 points
  • TRAP$TAR, Leto – 6 points

Un bon pêle-mêle de projets ayant eu peu d’exposition (pour la plupart). L’occasion de découvrir des rookies prometteurs comme Ritchy 31 et 404 Billy (ça arrive fort, vous êtes pas prêts) ou des excellents albums/EP passés sous le radar dans des styles variés, que ce soit Scylla, Leto ou Laylow. Et si vous préférez les groupes, Montreuil saura vous ravir avec Big Budha Cheez (et l’excellent Prince Waly) et TripleGo. Bref, vous avez ici des mentions intéressantes et utiles pour briller en société en citant des artistes peu connus qui vont bientôt exploser. Mais on retrouve aussi des valeurs sûres comme Maes (qu’on retrouvera par la suite de ce top), PLK ou bien sûr la reine de vos soirées (enfin si vos soirées sont cools) à savoir Aya Nakamura.

Quelques morceaux à retenir de ces albums :

  • Copines d’Aya Nakamura
  • Madrina de Maes (feat. Booba)
  • Le Prince de sang-mêlé de Laylow
  • Mon survet de Jok’air
  • Murphy Dog de Big Budha Cheez
  • Sicario de YL (feat. Ninho)
  • La rue dort ap de Leto 

De la 20e à la 11e place 

Il en faut pour tout le monde

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20. Masque Blanc, S.Pri Noir – 7 points

20. Géopoétique, MC Solaar – 7 points

19. Ma version des faits, Infinit’ – 9 points

18. Inspi d’ailleurs, Jul – 10 points

17. La fosse aux lions, Kalash Criminel – 10 points

16. La vie augmente, vol. 2, Isha – 13 points

15. Bisous, Myth Syzer – 15 points

14. Bisous mortels, Myth Syzer – 20 points

13. Lithopédion, Damso – 21 points

12. Vidalo$$a, Dosseh – 24 points

11. Triple S, 13 Block – 28 points

On passe aux choses sérieuses avec les 11 projets suivants de ce top. Que des têtes connues du rap français, plus ou moins anciennes. Je pourrais vous parler en long et en large de certains artistes de cette liste qui m’ont bercé en 2018 : des tubes de Vidalo$$a à la meilleure trap de l’année sur Triple S, en passant par les premiers projets solo du producteur Myth Syzer ou la confirmation d’Isha et Infinit’, tous ces albums/EP/mixtapes ont compté. Quelques pochettes surprenantes et efficaces se glissent ici aussi grâce à Jul, Kalash Crimi et SpriNoir. On soulignera la présence de MC Solaar ; on est fier (?) au Y-Grec d’être la seule rédac à parler d’un des tontons du rap français. Enfin, comment ne pas évoquer Damso dont on attendait beaucoup (trop ?) ? Cet espoir explique peut-être la relative déception qu’on a eu à l’écoute de Lithopédion, d’où cette 13e place. En bref, des très bons projets qui vous apporteront douceur (s/o “Bisous”) ou fureur (s/o Kalash Crimi) de quoi vous combler quelle que soit votre humeur.

Quelques morceaux à retenir de ces albums :

  • Middle Finger de S.Pri Noir
  • Saint-Exupéry d’Infinit’
  • La Sacem de Florent Pagny de Kalash Criminel (quel titre de morceau incroyable)
  • Mp2m d’Isha
  • Sommet de Dosseh
  • Triple S de 13 Block (mais franchement tout l’album est bien, et je parle même pas des singles sortis récemment comme “Zidane”)
  • Vilain de Myth Syzer (feat. Alkpote et Jok’Air)

De la 10e à la 6e place 

Rookies et têtes d’affiche… et un intrus

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On arrive enfin dans le top 10 de l’année selon notre belle rédaction/association. Et comme on fait pas les choses à moitié, je vais vous parler individuellement de chacun de ces projets, à mi-chemin entre les rookies et les têtes d’affiche (+ un invité surprise).

10. VII, Koba la D – 32 points

Ah Koba la D. Koba la Déprime, Koba la Débrouille. Pour ceux qui connaîtraient pas le jeune rookie du 91, il s’est fait connaître via des freestyles YouTube intitulés “Ténébreux” et a signé rapidement chez Def Jam avant de sortir son premier album VII fin septembre. Au début moqué pour sa voix atypique, on pouvait craindre de son incapacité à se renouveler et à mener un projet cohérent sur la longueur d’un album. Il n’en est finalement rien tant VII est une réussite pour un rookie. Au menu : la débrouille, la déprime, la bicrave, les meufs et bien évidemment le Bat. 7 (je préfère pas vous dire ce que c’est pour garder du mystère – c’est pas de la flemme). Bref, on vous le conseille et le premier qui dit qu’il a la voix d’Homer Simpson se fera fusiller du regard par Ludo (c’est vraiment plus dangereux que ça en a l’air).

Le son à retenir :

9. MILS 2.0, Ninho – 38 points

Le rappeur de l’année, tout simplement. Déjà parce que MILS 2.0 (la suite de MILS) est très solide, mais ensuite parce que Ninho a été omniprésent en featuring (et pas seulement avec Hayette). Il a collaboré avec des rappeurs aussi différents que Rim’K (“Air Max”), SCH (“Prêt à partir”), GLK (“Mauvais”), K.Point (“Ma 6t a craqué”), Da Uzi (“Entre les murs”) ou encore Jul (“Et je deviens fou”). Sur Maintenant Ils Savent 2.0 (ouais ça veut dire ça “MILS”), il montre toute l’étendue de son talent que ce soit sur de la bonne zumba des familles (“Un Poco”), un refrain parfait (“Mama No Cry”) ou des singles d’une efficacité redoutable (“Fendi”, “Coffrer”).

Un son à retenir :

8. XEU, Vald – 45 points

Auteur lui aussi d’une année remarquable, Vald a montré ses progrès sur XEU et s’était imposé dès février comme un des rappeurs de 2018. Beaucoup plus cohérent qu’Agartha, le rappeur d’Aulnay a pu compter sur les productions de Seezy tout au long de l’album pour apposer sa patte et développer un propos à mi-chemin entre l’introspection, les doutes en ses capacités à réussir, la célébrité pesante et la volonté de faire ce dont il a envie.

Un album qui laisse finalement peu de répit à l’auditeur malgré les singles comme “Désaccordé” ou “Dragon” qui se veulent plus légers (et c’est réussi). Il a assurément marqué l’année de son empreinte avec cette pochette blanche, jouant parfois avec sa technique (on pense notamment à ce flow pompé de Booba sur “Jentertain”). Maintenant qu’il fait froid et que les fêtes sont passées, c’est le moment de s’y replonger.

Un son à retenir :

7. Réelle vie 2.0, Maes – 48 points

Un autre rookie de l’année en 7e position de ce top : Maes. Jeune rappeur de Sevran (important pourvoyeur du rap fr s’il en est), c’est clairement une des révélations de 2018. Ce qui est très intéressant chez lui a été son évolution constante en l’espace d’à peine quelques mois. Remise en contexte : début mars, Maes sort Réelle vie 2.0, mixtape réussie où le rappeur se démarque sur 2 styles très différents. Le premier consiste à sortir des morceaux durs, bruts, pleins d’énergie comme “Libérable” et d’autres beaucoup plus doux comme “Penave”.

Durant l’été, il signe avec Capitol et sort “Billets verts” qui annonce un virage vers plus de sons comme “Penave”. Confirmation avec la sortie récente de son album (Pure) dont le plus gros single “Madrina” est une bonne zumba avec Booba. Bref, il y avait de tout chez lui et on se demande s’il sera toujours capable d’incorporer des sons plus durs par la suite ou du moins à mi-chemin (comme “Tmax 530”).

Un son à retenir :

 

6. Land, Kekra – 49 points

Une de mes découvertes préférées de 2018, je vous présente Kekra. Personnage hautement énigmatique du rap français, on sait qu’il est masqué, qu’il écoute de la grime et autres 2-step anglaises et qu’il vient de Courbevoie. Ah et aussi qu’il adore dénigrer son métier. Land postule clairement au prix de la meilleur pochette de l’album et dévoile une nouvelle facette de Kekra. Auparavant extrêmement productif et peu intéressé par les singles, 2018 a amorcé un changement de fusil d’épaule : un seul album, plus court, avec une volonté à peine masquée de faire des tubes (enfin au moins 1 tube avec “C’est bon”) (« masquée », t’as compris ? Parce qu’il porte un masque).

Pas mon album préféré de l’artiste (Vréel 2 Deluxe et Vréel 3 sont deux pépites) mais encore un projet à part dans le paysage du rap français, preuve que Kekra ne fait rien comme personne. Si vous aimez les visuels de qualité, vous allez aussi être servis avec les clips de “Viceland” et “10 balles” qui font assurément partie de mes morceaux favoris de l’année écoulée.

Un son à retenir :

 

Le top 5 

Les albums de l’année d’E&B

Et voilà, on y est. Le top 5 de l’année 2018 en rap français selon E&B. Que des albums réussis, pourtant tous dans un style différent. Je ne peux que vous inviter à écouter chacun d’entre eux avant d’entrer de plein pied dans 2019, et si tu le fais pas, sache que je serai hyper triste. Voilà c’est pas mon meilleur argument mais j’ai pas mieux en stock donc ECOUTE CA OK ??

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5. J.O.$, Josman – 58 points

On commence avec l’album de ce top 5 qui fait sans doute le moins l’unanimité (ça se voit à l’écart de points avec le 4e). J.O.$ n’est pas l’album le mieux écrit de ce top, ni le mieux produit. Mais il y a une complémentarité évidente entre Josman et son producteur Eazy Dew qui en fait un album intéressant et pas complètement dénué d’intérêt même si ça parle beaucoup d’argent et de meufs.

Quelques gros bangers comme “Sourcils Froncés” ou “V&V”, des sons introspectifs comme “Ce Soir j’achèterai un flash” ou “La Plaie” et évidemment des morceaux plus légers comme “J’Aime Bien” ou “XS”. Bref, ce n’est pas l’album de l’année mais il est vraiment réussi et montre une progression intrigante chez Josman dont on a hâte d’entendre plus.

Un son à retenir :

4. Projet Blue Beam, Freeze Corleone – 80 points

Amis conspirationnistes, adeptes de la lean et des s/o, vous allez être servis. Projet Blue Beam est assurément un des OVNIs de l’année, tant il ne ressemble à rien de ce qui se fait en France actuellement. Freeze Corleone est membre (entre autres) du collectif 667 qui a déversé un nombre incalculable de projets et morceaux ces dernières années. Au programme : des conspirations du maire d’Angers, des références au basket (s/o Jeremy Lin), des constructions de rimes d’une complexité rare (ouais non le gars répète pas du tout la même chose à chaque ligne, sois attentif zin) et des s/o à foison au rap américain (rip Fredo Santana) et notamment à la lean.

Alors oui, pour les plus connaisseurs, il assume totalement l’héritage de certains rappeurs français comme Alpha 5.20 ou le Roi Heenok. Mais Freeze ne fait rien comme personne et c’est ce qui fait de cet album une grande réussite, tant il est court et concis, une qualité rare à l’heure des albums à rallonge du streaming. Ah et si vous aimez les énormes basses, attendez-vous à tomber de votre chaise à tout moment. A consommer sans modération (quelle formule insupportable).

Un son à retenir :

3. Imany, Dinos – 87 points

Tout simplement mon album préféré de l’année. Imany putain, quel album incroyable (pour une fois que ce mot a vraiment du sens). Petite remise en contexte : Dinos (anciennement Dinos Punchlinovic) est un rappeur de La Courneuve qui s’est révélé via les Rap Contenders (à l’ancienne tu connais). Il a signé très (trop) vite chez Def Jam avant de livrer quelques morceaux qui ont bien fonctionné comme “Namek”. Annoncé en 2015, Imany aura donc mis 3 ans à arriver à la suite de son départ de chez Def Jam. Et l’attente valait clairement le coup.

Exit les jeux de mots moyens à tout va (Jules, on te pardonne “On va faire des Tripoli comme les Lybiens”), l’album est très bien construit malgré une longueur qui pouvait repousser (17 morceaux tout de même). Dinos a grandi, vieilli et livre des morceaux très personnels sur l’amour comme “Helsinki” ou la foi comme “Les pleurs du mal”. Je pourrais en parler des heures tant cet album a fait mon année, et je vous recommande également d’aller jeter une oreille vers la version Deluxe sorti début décembre, qui complète parfaitement cet excellent album.

Un son à retenir :

2. JVLIVS, SCH – 116 points

Course hyper serrée, c’est finalement SCH qui finit avec le deuxième meilleur album de l’année selon nous grâce à JVLIVS. Après la relative déception liée à Deo Favente, le S est revenu à ce qu’il sait faire de mieux : débiter des lignes avec une construction exceptionnelle. Et dire qu’il n’a que 25 ans… Comme j’en avais parlé lors de la review d’octobre, j’ai adoré ce projet.

Comme Dinos, 17 titres mais SCH prouve qu’on peut faire quelque chose de ces longs formats qui ont tendance à devenir un standard. C’est sans doute l’album le plus cohérent de l’année, qui se déroule comme un film de gangster. On pourrait presque croire qu’il s’agit là de la bande originale d’un film noir de mafia, d’autant plus que les interludes et l’introduction sont déclamées par la voix française d’Al Pacino. On est de suite plongé dans l’ambiance de l’album avec l’introduction qui plante le décor du personnage qui va être campé par le rappeur tout au long de son album.

Plusieurs phases se distinguent, rythmées par ces interludes écrites par le toulousain Furax Barbarossa. Et cette progression n’empêche pas du tout SCH d’aller s’échapper avec des sons plus chantés, hommages à sa culture de la variété (notamment italienne) comme sur “Le code”, sans doute le tube de l’album. Et comment parler de JVLIVS sans parler de Guilty du Katrina Squad, véritable architecte sonore ? Bref, un album très important de l’année et qui se démarque de la discographie du rappeur.

Un son à retenir :

1. UMLA, Alpha Wann – 119 points

Le voilà le grand gagnant de l’année selon nous (et 1000 autres médias rap). Alpha Wann, Philly Flingue pour les intimes. Rappeur de l’Entourage, lui aussi a été révélé par les Rap Contenders avant de collaborer (entre autres) avec Nekfeu. Unanimement décrit comme le meilleur rappeur du collectif, on a longtemps attendu la sortie de son premier album solo. Il nous avait mis en appétit avec les EP de la série Alph Lauren, mais on pouvait craindre que son album ne soit qu’un enchaînement de prouesses techniques sans réelle cohérence ou direction.

Il n’en est finalement rien, tant UMLA (Une Main Lave l’Autre) nous emmène dès le premier morceau (l’exceptionnel “Le Piège”). Même si parfois il ne raconte pas grand chose ou ne se livre pas vraiment, on reste fasciné par les prouesses techniques du rappeur, que ce soit dans les placements ou dans les rimes. Le mystérieux intervenant qu’on entend notamment au début du single “Stupéfiant et noir” assure certaines transitions et sert presque de fil rouge à tout le projet.

Et finalement, nos craintes s’envolent et la technicité d’Alpha est mise au service de morceaux sur lui (“Pour celles”) ou sur son quartier et son évolution en tant qu’homme (“Olive et Tom” notamment). Il a aussi fait le pari assumé de ne pas faire appel aux rappeurs les plus connus pour faire des featurings (il a notamment coupé Nekfeu de la tracklist) comme s’il savait très bien où il allait. Bon ça n’empêche malheureusement pas Sneazzy d’être présent sur un couplet mais ça permet à Infinit’ de briller encore davantage. Et finalement, cet album est un bon résumé des autres membres du top 5 : un rappeur issu des Rap Contenders comme Dinos, fin technicien comme SCH et Freeze et parvenant à ne pas rapper dans le vide comme y arrive (un peu) Josman. De quoi représenter fièrement l’année 2018.

Un son à retenir :

 

ET 2019 ??? On attend bien évidemment le retour de PNL, le combat de de boxe du siècle (Booba/Kaaris pour les incultes), la confirmation de Dinos avec “Taciturne”, l’éclosion de certains rookies (Heuss l’Enfoiré et Da Uzi arrivent fort dès janvier)… Bref encore une belle année de rap français qui s’annonce !

 

Merci pour cette année 2018 les chefs et on continuera de vous régaler en 2019, c’est promis.