Top album rap US 2018 de la rédac

Après le classement rap français la semaine dernière, la rédaction t’offre en cette fin de mois de janvier son classement des sorties US. On sait, c’est tard, mais on a mis du temps à se mettre d’accord. Et puis il est jamais trop tard pour (re)découvrir les albums qui ont marqué cette année, donc arrête de te plaindre.

Comme tu peux t’en douter, le classement a été bien plus dur à réaliser que le classement français, parce que les sorties ont été bien plus nombreuses. Commençons donc par les mentions honorables, qui n’ont pas trouvé leur place dans le top 30 : « Scorpion« , le pétard mouillé de Drake qui s’est bien fait pourrir sa promo par l’ami Pusha T (on y reviendra), « The Last Rocket » de Takeoff, qui a montré qu’il n’avait pas besoin de ses deux comparses des Migos pour réaliser un projet abouti, « Milky Way » de Bas, une pépite qui nous vient du label de J. Cole, « FM! » de Vince Staples ou encore « Victory Lap » de Nipsey Hussle qui a su ravir les fans de la première heure du rappeur californien.

Sans plus attendre, voici le classement !

De la 30e à 21e place

Révélations et déceptions

  • BEWARE THE BOOK OF ELI, Ski Mask The Slump God
  • Drogas Wave, Lupe Fiasco
  • Iridescence, Brockhampton
  • Dying To Live, Kodak Black
  • Legends of the Summer, Meek Mill
  • Pieces Of A Man, Mick Jenkins
  • Squidtastic, Sahbabii
  • Culture II, Migos
  • Vacation In Hell, Flatbush Zombies
  • Veteran, JPEGMAFIA

Comme pour le classement français, on retrouve principalement des projets ayant reçu peu d’exposition. Le rap « indé » ou « alternatif » est à l’honneur : JPEGMAFIA, jeune artiste de Baltimore, a reçu une critique dithyrambique pour son projet ; Mick Jenkins, dont l’œuvre mélant jazz et rap était attendue au tournant et n’a pas déçu ; Brockhampton a continué son ascension avec un nouvel opus très réussi… Bref, le rap au bifidus actif ne s’est jamais aussi bien porté et on est fan.

2018 a aussi vu plusieurs retours : ceux de Kodak Black et Meek Mill, qui semblent avoir mis leurs problèmes judiciaires derrière eux pour sortir la meilleure musique de leurs vies ; celui de Lupe Fiasco, qui sort un projet aussi long que qualitatif, mais aussi celui du duo new yorkais Flatbush Zombies, qui semble (enfin) avoir trouvé son créneau.

Mention spéciale à une petite déception de l’année : le second volet de la série « CULTURE » des Migos, bien plus brouillon et fourre-tout que le premier opus mémorable.

Les morceaux à retenir :

  • Army de Sahbabii
  • WAV Files de Lupe Fiasco
  • 1am de Meek Mill
  • Autopilot de Migos
  • In The Flesh de Kodak Black

De la 20e à la 11e place :

Carton plein pour les vétérans et les têtes d’affiche

  • Harlan & Alondra, Buddy
  • Championships, Meek Mill
  • Glitter, 070 Shake
  • TA13OO, Denzel Curry
  • i am > i was, 21 Savage
  • Goodbye & Good Riddance, Juice WRLD
  • KOD, J. Cole
  • NASIR, Nas
  • Tha Carter V, Lil Wayne
  • Black Panther, Kendrick Lamar

Quel casting ! Plusieurs anciens ont fait leur retour cette année, à commencer par Jay-Z  & Beyoncé, dont le projet collaboratif est aussi bref que réussi, mais aussi Nas et Lil Wayne, que l’on n’attendait plus, à tel point que le résultat ne pouvait qu’être en-deçà de nos attentes.

Les têtes d’affiche n’ont elles en revanche pas déçu : on a eu droit en fin d’année aux retours fulgurants de 21 Savage et de Meek Mill, qui continuent leur progression à la fois artistique et commerciale, et Kendrick Lamar a continué de prouver qu’il est le meilleur rappeur en vie en réalisant la direction artistique de la B.O. de Black Panther avec brio.

3 rookies ont également trouvé leur place dans le classement : le rappeur de Chicago Juice WRLD, porté par l’énorme tube « Lucid Dreams », fait une entrée fracassante sur la scène rap américaine, et Buddy et 070 Shake ont bénéficié d’un succès d’estime considérable pour leurs albums respectifs, qui ont su séduire la rédaction.

Les morceaux à retenir :

  • I Laugh When I’m With Friends But Sad When I’m Alone de 070 Shake
  • Hey Up There de Buddy
  • monster de 21 Savage
  • Lucid Dreams de Juice WRLD
  • Oodles O’ Noodles Babies de Meek Mill
  • King’s Dead de Kendrick Lamar

De la 10e à la 6e place :

La jeunesse à l’honneur

10. SR3MM, RAE SREMMURD

Le duo Rae Sremmurd, composé du jeune Swae Lee à la voix fluette et aux mélodies entraînantes et de Slim Jxmi, à la voix rauque et au caractère hyperactif, a été révélé en 2015 grâce à leurs hits à répétition produits par Mike Will Made It. Après les deux premiers opus réussis de la série Sremmlife, caractérisés par leur efficacité et leur concision, chacun commence à se démarquer en solo à travers divers featurings, notamment Swae Lee, qui devient très vite l’un des plus gros hitmakers de l’année.

Leur retour en groupe s’est donc fait à la manière d’OutKast pour « Speakerboxxx/The Love Below » : un triple album, comportant un album commun et deux solos. Ils ont troqué la brièveté des deux premiers volets contre l’efficacité des singles disséminés tout le long du troisième : entre « Powerglide », « Guatemala » et « CLOSE », le duo a complètement redéfini les canons du hit rap cette année.

Le son à retenir :

9. DIE LIT, PLAYBOI CARTI

Tout simplement exceptionnel. Révélé au grand public avec le tube « Magnolia » en 2017, le rappeur d’Atlanta et protégé d’A$AP Rocky a longtemps pu être considéré comme un one hit wonder : son style tellement particulier, consistant essentiellement à répéter la même chose en boucle et laisser autant de place aux ad-libs (locution ou gimmick récurrent destiné à donner un rythme au morceau) qu’au rap au sens propre, est déroutant à la première approche. Mais, conscient de ses limites, Playboi Carti a su s’appuyer sur des productions ultra réussies et un choix de featurings exceptionnel pour réaliser un projet aussi long qu’abouti. Plutôt que de faire appel à Gunna ou à Bryson Tiller pour leur faire faire ce qu’ils font habituellement en featuring, il les fait rentrer dans son univers pour les sublimer et rendre l’album divertissant.

Le son à retenir :

8. TESTING, A$AP ROCKY

Une des énigmes de cette année aura été la manière dont cet album est sorti. Reporté de très nombreuses fois, sa promotion s’annonçait pourtant belle à la sortie du single « A$AP Forever », venu rappeler à tout le monde que Rocky avait les meilleurs clips du game. Mais voilà : le rappeur new yorkais a choisi une direction artistique avant-gardiste et a sorti son projet la même semaine que Pusha T, qui monopolisera toute l’attention à l’occasion de son clash avec l’ami Drake. Sauvé par le tube « Praise The Lord », on vous recommande tout de même l’écoute de ce beau projet qui est une belle infusion des diverses influences du A$ap Mob, ne serait-ce que pour entendre French Montana se prendre pour un crooner sur « Brotha Man », ou pour découvrir Smooky Margielaa, future star du rap new yorkais, sur « Buck Shots ».

Le son à retenir :

7. ?, XXXTENTACION

Le jeune rappeur de Floride aura été, un peu tragiquement, l’un des artistes les plus marquants de 2018. Tout comme l’album de Rocky, il a été critiqué au moment de sa sortie pour son caractère inégal, ce qui ne l’a pas empêché d’accoucher de deux des plus grands tubes de cette année tous genres confondus : « Moonlight » et « SAD! ». Quoiqu’on pense de la manière dont l’album a été promu par la maison de disque du jeune rappeur après son assassinat, on retiendra la manière dont X a su créer un lien particulier et indéfectible avec ses fans. Sa musique a su traverser les genres et les publics d’une manière que très peu d’artistes parviennent à faire, et il sera sans doute manqué pour cela.

Le son à retenir :

6. YE, KANYE WEST

Dans la catégorie des albums clivants, ce projet serait sûrement arrivé en première position. Tant dans sa communication que dans sa direction artistique, Kanye se donne un mal fou à rester illisible. S’il est difficile de mettre de côté tout ce qui est extra-artistique lorsqu’on écoute l’album, on retiendra tout de même ces 7 superbes titres, qui mettent en scène un Kanye plus bipolaire que jamais, passant du dégénéré sexuel à la Yeezus sur « All Mine » au père de famille bienveillant sur « Violent Crimes », rappelant The Life of Pablo, en passant par le chanteur de soul sentimental à la Late Registration sur « Ghost Town ». Kanye quoi.

Le son à retenir :

LE TOP 5

LES ALBUMS DE L’ANNÉE D’E&B

5. KIDS SEE GHOSTS, KANYE WEST & KID CUDI

Voilà un projet qui aurait déjà fait saliver tous les fans de rap il y a 10 ans : Kid Cudi, figure icônique et pionnière du rap moderne, en compagnie de son mentor d’antan sur un 7 titres. Si certains ont été naturellement déçus, force est de reconnaître que la magie prend à plus d’une occasion durant les 23 (trop?) courtes minutes du projet, comme sur « Reborn », où le chant de Kid Cudi s’associe parfaitement à la production rappelant l’époque de Man On The Moon.

Le son à retenir :

4. DRIP HARDER, GUNNA & LIL BABY

Les deux rookies de l’année. On parlait de l’ascension fulgurante de Juice WRLD plus haut ; elle est incomparable à celle de Gunna. Encore peu identifié en début d’année, il a été absolument partout depuis la sortie de sa mixtape « Drip Season 3 » : de 6ix9ine à Aminé en passant par Mariah Carey (un feat avec Céline Dion (!!!) serait même en préparation), son style de rap, entre le marmonnement et le chant, a séduit et lui a permis de récolter de nombreux hits cette année. La trajectoire est parallèle et semblable pour Lil Baby, qui a reçu une exposition considérable après la sortie d’un featuring avec Drake.

L’association des deux rappelle celle de Rich Homie Quan et Young Thug en 2015 : un chanteur qui rappe, un rappeur qui chante, et vous avez une recette ultra efficace, parfaitement synthétisée par le titre « Drip Too Hard ».

Le son à retenir :

3. DAYTONA, PUSHA T

Les albums produits par Kanye sont décidément à l’honneur. La carrière solo de Pusha T continue de prendre de l’épaisseur, après « My Name Is My Name », considéré par la critique comme un des meilleurs albums de rap de 2013. Le rappeur le plus technique de Virginie montre qu’il excelle à l’exercice de concision imposé par le format 7 titres : comme à son habitude, ça parle essentiellement voire uniquement de vente de coke, mais ça marche terriblement bien. Les productions sont à l’image des textes et de la cover — photographie de la salle de bain de Whitney Houston au moment de sa mort par oveverdose : crues, brutes et saisissantes.

Le son à retenir :

2. NOT ALL HEROES WEAR CAPES, METRO BOOMIN

Début 2018, le producteur le plus influentiel de ces dernières années, connu pour avoir permis l’explosion de la scène d’Atlanta, annonce sa retraite. Pendant plusieurs mois, les placements de Metro Boomin se font donc rares voire inexistants. Puis arrive le mois de novembre. Alors que 21 Savage est lui aussi particulièrement silencieux, que Travis Scott est au sommet de sa carrière et que Swae Lee compte les disques de platine pour s’endormir, les trois artistes s’associent tout le long d’un projet produit par le producteur d’Atlanta pour former une sainte trinité mélangeant douceur et noirceur de manière terriblement efficace. Une réussite.

Le son à retenir :

1. ASTROWORLD, TRAVIS SCOTT

Si tout classement comporte toujours une part de subjectivité irréductible, la première place n’est pas toujours appelée à faire débat et c’est le cas cette année. Travis Scott est tout simplement le rappeur de l’année. Avec des apparitions remarquées sur l’album de Migos, de Kendrick Lamar, de Rae Sremmurd ou encore de Lil Wayne, Travis Scott pouvait déjà être considéré comme la machine à tubes de l’année avant de sortir son album. Celui-ci n’a fait que renforcer ce statut : ASTROWORLD est un album exceptionnel, tant dans sa promotion, dans sa direction artistique que dans sa réalisation.

Une réunion au sommet de tous les acteurs principaux du genre pour un résultat ultra maîtrisé, à l’image des différents visuels diffusés tout au long du second semestre. À l’heure où il suffit de deux semaines pour oublier un projet, le jeune rappeur de Houston a réussi à rentrer et rester dans toutes les têtes durant plus de six mois. S’appuyant sur des productions millimitrées, mixées par Mike Dean (producteur exécutif des albums de Kanye West), l’album fera sans aucun doute office de standard du blockbuster rap pour les années à venir.

Le son à retenir : écoute tout l’album narvalo