Creed : l’Héritage de Rocky Balboa

 Alors ok le film est sorti en 2015 il était temps de se réveiller, mais j’avais envie de parler d’un des films qui m’a le plus marqué en tant que jeune lycéen en quête de virilité. Mais plus qu’une critique du film dans sa globalité (que CQN a concocté pour votre plus grand plaisir, va lire ça d’abord pour te mettre dans le bain), je voulais m’attarder sur deux points qui m’ont particulièrement marqués en regardant le film.

Adonis Creed prend un chemin atypique

Adonis est le fils d’Apollo Creed, ex champion du monde et immensité du monde de la boxe dans la saga Rocky, qui décède avant sa naissance. Il connait une enfance difficile dans les foyers jusqu’à ce que la femme d’Apollo (qui n’est pas sa mère biologique) décide de le recueillir. On peut donc voir que Creed n’a pas eu une enfance si difficile que ça, rien qu’à en voir la maison où il grandit. (j’ai pas trouvé d’images je t’invites à vérifier par toi même en regardant le film si ce n’est pas déjà fait) Il fera des études plus que correctes puisqu’au début du film on le voit être promu dans un cabinet financier où il bossait déjà (le rêve de n’importe quel jeune cadre dynamique n’est-ce pas ?). Mais Adonis s’en fout de cette vie, c’est pas ce qui le fait vibrer. Lui, il a grandi au rythme des images des combats de son père et il veut faire comme lui, devenir l’un des plus grands de la boxe anglaise.

C’est une problématique qui sera récurrente dans tout le film, d’abord énoncée par se mère adoptive, le coach de la salle de son père, sa petite amie Bianca et même Rocky Balboa lui diront qu’ils ne comprennent pas son choix de vouloir tout plaquer pour la boxe. Et c’est vrai, la boxe rapporte argent et gloire au niveau professionnel mais la plupart des boxeurs professionnels ne sont pas arrivés ici par choix. S’ils évoluent en boxe professionnelle c’est parce que c’était la seule option pour eux de pouvoir s’en sortir et de ne pas finir dans des gangs ou en prison. Pour donner deux exemples célébrissimes,  Mike Tyson a grandi dans le ghetto ultraviolet de Brownsville et Anthony Joshua a fait de la prison avant de devenir des boxeurs professionnels. C’est une notion qu’on retrouve dans pleins de films de boxe (La rage au ventre, million dollar baby, Real Steel) et y compris dans la réalité : la boxe permet de s’extirper de la misère et de la violence de la rue. Mais les sacrifices pour s’en sortir sont énormes car la boxe à niveau professionnel peut être mortelle. Dans la fiction, Apollo Creed meurt sur le ring. Dans la réalité, Mohammed Ali finit sa vie comme un légume à cause des lésions cérébrales. (Je vous conseille à ce propos un excellent film de Will Smith qui parle des dangers des sports de contact sur le cerveau).

Bref, Adonis n’avait nullement besoin de se lancer dans une carrière professionnelle si ce n’est pour mener un combat interne. Il voulait se prouver que le sang Creed coulait en lui et qu’il était capable de se hisser au rang de son père. Au départ, il est rejeté car considéré comme un fils de riche arrogant : son entraineur à LA ne veut pas de lui, l’entraineur à Philadelphie le surnomme « Hollywood » et ne l’entraine pas, Rocky ne veut pas qu’il gâche sa vie en boxant. A force de s’acharner et de montrer ce qu’il a dans le ventre, son entourage commence à comprendre que ce n’est pas sa provenance qui compte mais ses ambitions et que rien ne l’arrêtera. Au final, c’est le fils de riche qui s’approprie la rue et qui en gagne son respect. En effet, alors que son adversaire Ricky Conlan, qui lui vient des quartiers, ne cesse de le provoquer sur son origine en lui disant qu’il n’a rien à faire ici, on voit bien l’inversion des rôles dans cette scène :

Pendant que le champion qui vient de la rue vit dans son château et s’entraine dans sa salle privée, Adonis s’entraine dans une salle miteuse et il est soutenu par le quartier entier.

Quand rap et boxe s’entremêlent

Le film est accompagné d’une bande son qui vient accentuer l’appui du quartier à Creed. Avec la voix de Future, Meek Mill, Donald Glover ou même Joey Bada$$, c’est comme si toute la street cred américaine venait apporter son soutien au jeune champion ce qui confirme la crédibilité d’Adonis.

Mais d’un autre côté, poser pour un film de rap permet d’asseoir sa crédibilité aussi en tant que rappeur parce que, qu’on se le dise, avoir sa voix sur des images d’un entrainement de boxe c’est tout de même archi stylé.

En réalité, la boxe est un moyen de s’extirper de la misère des quartiers mais le rap aussi, il a permis à beaucoup de rappeurs de se sortir des galères comme la prison ou les gangs ce qui est très lié au destin des boxeurs. Meek Mill qui pose sur la BO par exemple a grandi à Philadelphie (lieu du tournage) dans la misère la plus totale. Il y a donc une reconnaissance mutuelle sur la provenance d’un même milieu et des difficultés que peuvent dépasser un boxeur et un rappeur. Alors un film sur la boxe imprégné par le rap n’est qu’une suite logique et une belle symbiose.

D’ailleurs si on écoute les paroles de la BO, on pourrait les voir figurer sur un album classique d’un rappeur car les lyrics ne parlent pas ou peu du film. Et il y a justement cette ambiguïté dans les paroles où on ne sait pas vraiment si les paroles parlent de Creed ou si le chanteur se fait référence à lui-même comme dans Last Breath de Future ou celui-ci parle de son vécu tout le long de la chanson pour finir par :

I got that beast in my eyes, I’m like Tyson
With my heart and my drive, I know I’m righteous
Keep some ice on me, Rocky, Rocky like Balboa
Once you win, win, win you gon’ want more
Set a trend, trend, trend, need an encore
I was down on my last when I found myself
I’ll be a fighter ’til the end, ’til my last breath

Est-ce une phrase d’encouragement directe pour Adonis Creed ou un rappel à lui même pour s’auto glorifier ?

 

Creed est donc un excellent film que j’ai particulièrement apprécié voir 4 fois d’affilée et qui m’a donné envie de me buter à la boxe et de me peta avec un mec de 2m à la sortie du film. Je ne peux que vous encourager à aller voir le 1 et le 2, si ce n’est pas déjà fait, qui a une BO encore plus incroyable que le premier.