Ces featurings alléchants qui font rayonner le rap français

Maes, Booba, Niska, Ninho, Koba LaD,… Depuis quelques années, l’émergence de nouvelles têtes d’affiches du rap français, mises en avant par certains artistes déjà installés, donne lieu à d’intéressantes connexions entre les rappeurs. PNL et DTF, Niska et Koba, Booba et Damso: ces featurings sont souvent le fruit d’une proximité au sein d’un label ou alors d’une amitié pour deux artistes amenés à se fréquenter souvent. On a eu récemment l’exemple du feat tonitruant entre Niska et Koba LaD, deux rappeurs d’Evry, RR 9.1, qui comptabilise aujourd’hui plus de 60 millions de vues sur Youtube, ou encore de Maman ne le sait pas, entre Ninho et Niska.

Seulement voilà, ces connexions ne sont pas surprenantes, ces artistes se côtoyant énormément et se mentionnant souvent sur les réseaux sociaux. Il est donc intéressant d’évoquer les récentes connexions qui ont eu lieu dans le rap français (même rap francophone car, oui, les belges sont forts…), surprenante et/ou inattendue. Nous allons en garder quelques uns au cours des derniers mois:

  • Vald & SCH – Dernier retrait (prod Seezy) : avant le dévoilement par Vald de la tracklist, rien ne laissait présager une telle collaboration entre ces deux rappeurs. Et quel travail réalisé par ces deux artistes, qui se sont vus trois jours d’affilée en studio. Ce feat est particulièrement bien réalisé avec un choix que l’on ne voit presque jamais : celui d’introduire le featuring à venir sur le morceau précédent, Halloween, où SCH réalise le pont entre le refrain et le deuxième couplet de Vald, sans être mentionné dans les crédits. Une apparition rapide mais magnifiquement bien utilisée, où il a juste le temps de surprendre l’auditeur, et où il se fond au thème de l’album en déclarant, avec une voix démoniaque : « Ce monde est cruel donc je m’attends au pire ». Suit alors le morceau Dernier retrait où Vald et SCH illustrent de deux manières différentes l’idée du braquage: Vald braque l’industrie musicale et décrit cet univers où les rappeurs gagnent des sommes invraisemblables, que Vald compare en quelque sorte à du vol. Cette idée est accentuée par le deuxième couplet de SCH, qui décrit littéralement un braquage de banque. Une réussite exceptionnelle par la créativité et la réflexion poussée au préalable sur le concept du morceau où les deux mettent en scène une course poursuite où ils s’échappent les poches remplies ; le choix de SCH est parfait pour ce type d’ambiance très maléfique, mafioso et Seezy compose une prod impressionnante encore une fois. Un des feat de l’année incontestablement.
  • Nekfeu & Damso – Tricheur (prod Hugz Hefner) : ce feat avait été dévoilé dans le trailer du film qui accompagnait la sortie de l’album de Nekfeu et avait fait beaucoup parler au sein des deux fanbases. Et ce featuring est une réussite totale, pour deux artistes qui se sont réunis en studio à Bruxelles (la séquence disponible dans le film montre comment la connexion s’est faite et en dit beaucoup du processus d’écriture des deux artistes). Un titre dans lequel les rappeurs critiquent le monde de l’industrie musicale, du rap en général et où Nekfeu utilise une voix très mélancolique pour décrire ses soucis de jeunesse. Ces deux rappeurs, connus pour intellectualiser et développer leurs concepts lyricaux, ont réussi à trouver un juste milieu entre morceau profond et très accessible musicalement, avec une mélodie sur le refrain parfaitement bien exécutée.
  • Kekra & Niska – Vréalité (prod Kore) : cette connexion est clairement une surprise, puisque c’est le premier featuring réalisé par Kekra dans sa carrière. Et le choix de Niska pour ce titre était parfait : avec une prod simple mais dure, elle met en avant les artistes qui rappent la rue. Niska utilise sa voix magique sur ce genre de prod, remplie de haine et de violence; Kekra utilise une voix plus planante avec un refrain très cru, le tout pour un titre très terre à terre qui fut le single phare de l’album de Kekra. Une belle collaboration. En espérant que lors de ses prochains featurings, Kekra continue à viser aussi juste sur l’invité.
  • Hamza & Christine and the Queens & Oxmo Puccino – Minuit 13 (prod James Warren, Hamza & Ponko) : ce featuring était clairement l’un des plus risqués et surprenant de cette année, entre trois artistes qui évoluent dans des mondes totalement à part. Il prend sens car très bien utilisé en tant qu’outro de l’album Paradise de Hamza. La belle performance de Christine and the Queens, qui introduit le morceau avant l’arrivée du drop et d’Hamza sur la prod, se fait par la fraîcheur qu’elle apporte à ce morceau d’une tristesse et d’une mélancolie extrême. Cette apport se ressent notamment sur les backs vocaux qu’elle réalise sur le couplet d’Hamza, rajoutant de la tristesse à ses paroles. Et que dire de la performance incroyable d’Hamza : ce morceau est sans doute un de ceux (avec 1994) où il transmet le plus d’émotions sur l’ensemble de sa carrière. Cependant, petit bémol sur ce titre, c’est le choix d’Oxmo Puccino, qui fait guise de narrateur qui vient clôturer cet album par cette outro sur le thème du bien et du mal. Personnellement, je trouve qu’il fait redescendre l’auditeur alors qu’Hamza l’avait emmené tellement loin sur ce morceau. C’est dommage mais comme ce n’est qu’une outro, cela ne gâche pas tout le morceau.
  • Hamza & 13 Block – Clic Clac (prod Ikaz Boi) : quelle mauvaise surprise lors du dévoiement de la tracklist de l’album Paradise en constatant l’absence de 13 Block, alors qu’une photo des 5 artistes avait été diffusée sur Instagram auparavant. Le morceau fut présenté pour la réédition de son album. Tout d’abord quelle prod d’Ikaz Boi, qui pose une ambiance incroyable et matche parfaitement avec la voix d’Hamza. Pour ce morceau 100% egotrip, chaque artiste sevranais est à créditer d’une très belle performance (des changements de flows de Zed et Zefor notamment) au milieux desquels Hamza délivre un refrain sensationnel et se permet une belle référence à Vide : « La gova est jdid, dégaine est jdid ». Un des gros bangers de l’année.

En fouinant sur les réseaux sociaux, on peut maintenant envisager quelques featurings qui pourraient arriver et qui pourraient être une réussite totale. Une fois de plus retenons-en quelques uns :

  • Booba & Green Montana : pour ceux qui ne le connaissent pas, Green Montana est un jeune artiste belge de 26 ans, qui a récemment signé au 92i, qui s’est fait connaître par des deux projets qu’il a sortis en 2018, Orange Métallique et Bleu Métallique. Alors que la connexion avait déjà été mentionnée sur Instagram, Booba a confirmé en interview qu’il serait en featuring sur l’album à venir de Green Montana. La connexion pourrait être très intéressante, en imaginant l’univers très cloud, planant de Green Montana s’associer à la voix rauque et grave du Duc. Coup de coeur sur un morceau de Green que je trouve absolument incroyable : Amsterdam. Hâte de voir le résultat.
  • Dinos & Isha : alors que la sortie de Taciturne, le deuxième album de Dinos, a été annoncée pour le 29 Novembre, une photo a été postée sur Instagram avec les deux artistes réunis. Un feat de prévu ? Peu probable que ce soit sur l’album de Dinos, plutôt à envisager sur le prochain projet d’Isha qui, pour rappel, a déjà participé en 2018 à un magnifique featuring avec Georgio sur le morceau Dans mon élément issu de l’album XX5. Si on le connaît pour sa facilité à transmettre des émotions et donner la chair de poule avec des morceaux bouleversants (Helsinki, Placebo, XNXX), Dinos est avant tout un excellent kickeur : il l’a récemment prouvé avec tellement de facilité sur le morceau Trois p’tites chattes avec Dosseh. Alors à quelle facette de Dinos aura-t-on droit ? On peut imaginer un morceau à la fois rapide, violent et très profond lyricalement. Réponse très vite je l’espère.
  • Alkpote & Roméo Elvis – Jamais : ce feat a été annoncé et sortira vendredi 8 novembre, issu de l’album Monument d’Alkpote. Et si Alkpote a fait nombreuses excellentes collaborations dans le rap français (Freezer Corleone, Vald, Kaaris…), celle ci est clairement une surprise, à laquelle je ne m’attendais absolument pas, avec deux artistes qui évoluent dans des univers musicaux tellement différénts. Autant je suis très excité par le flat avec Kalash Criminel sur ce même album, autant je n’ai aucune idée de ce que celui là va donner. Une chose est sûre, ce morceau a retenu mon attention à l’annonce de la tracklist. Réponse le 8 novembre.

Et maintenant, laissons nous le droit de rêver: quelques featurings qui nous donnent l’eau à la bouche et dont l’évocation simple des deux noms côte à côte nous laissent sans voix.

  • Booba & Vald : durant quelques heures qui ont précédé la révélation de la tracklist de Ce monde est cruel et plus particulièrement du featuring secret mentionné par Vald, il y a eu mouvement de foule sur les réseaux après que Booba ait mentionné Vald dans sa story Instagram, avant de découvrir que l’invité secret était SCH. L’image faisait et fait toujours rêver. Vald et Booba : va-t-on y avoir droit ? La probabilité est faible quand on sait que Booba n’invite généralement que très peu de nouveaux featurings sur ses albums. Mais ne perdons pas espoir, on sait que Booba est une source d’inspiration et une influence très forte pour Vald, donc tout peut arriver…
  • Hamza & Drake : petite parenthèse internationale entre cette fois-ci l’un des artistes les plus écoutés au monde, Drake et le plus américain de tous les rappeurs francophones, Hamza. Quelle belle réponse ce serait à Sofiane qui déclarait : « J’écoute Drake t’écoutes Hamza » (Empire). On sait que Drake est très impressionné par Hamza qui, en plus de passer à la radio de Drake, a fait la première partie de son concert à Bercy en 2018. Une connexion entre ces deux artistes placerait à coup sûr Hamza au devant de la scène (pour peut-être enfin recevoir la reconnaissance qu’il mérite, oui je suis fan d’Hamza) et qui ambiancerait toutes les boîtes et toutes les plages pour les 3 étés à venir…
  • Kaaris & Jok’air : celui-là paraît risqué. Mais s’il est bien exécuté, il peut être splendide. Jok’air, connu pour sa capacité à suspendre le temps et transmettre beaucoup d’émotions avec ses mélodies et sa voix exceptionnelle, pourrait parfaitement se fondre le style cru et violent de Kaaris, qui sait mettre énormément de mélancolie et de fatalité dans ses titres (comme récemment sur Exo Planète) dans un morceau (évidemment) d’amour, coincé entre violence et romantisme. De quoi faire pleurer tous ceux qui se sont fais largués durant les 6 prochains mois.