Vendredi Focus – SCH, Dinos, Gradur

Chômage, chômage quand tu nous tiens… Il est bientôt dix-sept heures, Seydou a déjà ramené trois filles à la maison, Mehdi a déjà roté cent vingt-sept fois, Claire Cazals est encore détestable et Pierre Saatdjian et Nicolas Berger n’ont toujours pas été vus dans la même pièce. Chômage, chômage tu me tiens et il est déjà dix-sept heures. Dix-sept heures que ce vendredi 29 novembre a débuté. Spoiler : je n’ai rien fait de ma journée. Mais chômage, chômage tu tiens bon, grâce à toi j’ai pu me mettre du miel dans les oreilles.

Dinos, SCH, Gradur… Trois pointures du paysage du rap français ont aujourd’hui chacun sorti leur album. Respectivement Taciturne, Rooftop et Zone 59. Pour me faire pardonner de mon absence au Week-end associatif de l’association des maîtres associatifs kébabiers de l’ESSEC, j’ai décidé de faire un petit retour à chaud de ces trois albums (surtout des deux premiers d’ailleurs).

Avant de commencer, j’insiste sur le fait qu’il s’agit d’un retour à chaud. Je n’ai écouté qu’une ou deux fois chaque album. Je rappelle pour les 15% de ma génération qui sont des fils d’échec qui n’ont jamais écouté un album en entier (vous mangez avec vos pieds) qu’un album s’apprécie dans la longueur et se travaille au fil des écoutes. Je donne donc ici un ressenti à un instant t qui changera très sûrement (et peut-être radicalement) dans les semaines, les mois à venir.

Du Xanax pour Dinos

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Commençons par Jules. L’année dernière Dinos sortait Imany un album sobre, accessible et assez éclectique (t’inquiète je ne vais pas prendre la tête avec des mots compliqués). A vrai dire pour moi cet album sortait un peu de nulle part. En effet, j’assimilais plutôt Dinos Punchlinovic aux Rap Contenders. Ne suivant pas trop l’actualité à ce moment, je ne savais pas du tout qu’il préparait un album. Et ça n’a pas raté. Le rappeur de La Courneuve sait où il veut aller et ça fait un projet marquant et cohérent.

Moi en découvrant Imany

Mais en musique, que ce soit dans le rap ou dans n’importe quel autre genre musical, le plus dur ce n’est pas de faire un coup d’éclat, c’est de confirmer. Dinos était donc attendu au tournant en annonçant son deuxième album Taciturne.

« Première fois d’ma vie qu’la barre est aussi haute, première fois d’ma vie qu’j’ai peur en allant au studio »

On meurt bientôt

Taciturne est un album relativement court (quarante-huit minutes) et moyennement dense (15 morceaux). Je ne le dirai jamais assez : j’aime les albums cohérent qui ne s’éternisent pas. Douze-treize morceaux sont suffisants pour raconter une histoire le reste c’est pour le stream. Toutefois bien sûr il y a pléthore d’exceptions et Taciturne en fait partie. L’album commence assez fort avec « On meurt bientôt ». Dinos ne s’en est jamais caché, c’est un très grand fan de Booba et le titre de ce morceau est une référence au duc du bois de Boulogne. Il commence ainsi cet album avec un morceau mélodieusement très mineur et dans lequel il livre toutes ses angoisses et ses craintes. On le comprend assez vite, avec cet album, Dinos compte livrer une dépression sur BPM. A travers ce proje, il nous montre une face sombre de sa personnalité, et, plus qu’un rappeur au cœur brisé, nous découvrons un Jules incapable de trouver l’amour.

« Je sais que Dieu existe mais je ne sais pas pourquoi, je sais que l’amour existe mais pas pour moi »

Mack le Bizz Freestyle

« Tout ce qui est bon est illégal alors je commence à croire que si l’amour c’était si bien, ce serait interdit par la loi »

Taciturne – feat Dosseh.

Mais au-delà du fond, que dire de la forme ? L’album est bon et très bien produit. On peut noter de nombreuses perles dont « No Lov »e en featuring avec Marie Plassard (??). Une instru assez cloud et des vers alternés, le tout parfaitement produit pour donner des sonorités en cohérence avec le texte. On a complémentarité assez forte entre la voix masculine de Dinos et la voix féminine de la chanteuse. Le tout est très réussi. De même le morceau précédent, Oskur est une réussite. Entre la guitare de Seezy et les effets de voix très maîtrisés de Dinos, on obtient un son très agréable à l’oreille et à consommer sans modération.

J’ai envie de m’arrêter sur chacun des morceaux mais on risquerait d’y passer la nuit et mon chômage a des limites. Le plus important dans un retour à chaud je pense, est de donner mon ressenti, les émotions que m’a suscité cet album. Et voici mon ressenti final après deux écoutes.

Vous l’aurez peut-être noté, j’ai d’abord parlé du fond lyrical de l’album puis de la forme. C’est-à-dire les prods, le flow, etc. Ce qu’a fait Dinos en mon sens est assez fort. Parce qu’il a pris pas mal de risque et a brassé relativement large en termes de forme. Les sons sont assez différents quoique complémentaires. Parallèlement à ça, Dinos traite du terme de l’angoisse, de la crainte et de la dépression tout du long. Et c’est cet alliage entre forme éclectique et fil conducteur sémantique qui permet d’obtenir un album cohérent tout en brassant large. Bref bravo Dinos.

Permanente sur un rooftop

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Bon du coup je me rends compte que je me suis déjà trop étalé sur l’album de Dinos. Je serai donc plus concis sur Rooftop.

Tout comme Dinos, SCH avait lâché une bombe l’année dernière. Toutefois, la sienne était atomique. Je crois qu’il y a déjà trois articles qui traitent de cet album incroyable par sa cohérence et son concept, dont l’article récent de Monsieur Samuel Bradaïa. En résumé : JVLIVS un album-concept fort qui te fait vivre un véritable un film de gangster tah Le Parrain. J’ai dit le mot concept assez de fois ou tu veux que je recommence ?

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Bref, SCH (qui pour moi est le meilleur rappeur français actuel (« Eh mais c’est quoi tes critères enfoirer ?? » Ta gueule c’est pas le sujet on en reparlera dans une shamission ou chez Dédé) nous avait sorti l’album de l’année 2018. Autant dire qu’il avait une sacrée mission à remplir avec Rooftop.

Je serai quand même moins dithyrambique à l’égard de Rooftop que de Taciturne. Ce con de SCH avait placé la barre très haut et je savais que dans tous les cas j’allais être déçu. Mais très honnêtement Rooftop reste un très très bon album.

Dans cet album, SCH abandonne la recette de JVLIVS pour un album moins cohérent mais qui marque par des morceaux très forts. Il avait déjà annoncé la couleur avec le monstrueux R.A.C. et son clip incroyable.

J’avais été toutefois moins convaincu par « Ca ira » sorti la semaine dernière et surtou, ce morceau laissait présager un album quasi fourre-tout; une succession de (très) bon morceaux de SCH mais qui n’ont pas vraiment de ligne directrice. C’est un choix. Un choix parfaitement assumé par SCH je pense (il faudrait que je regarde ses interviews les plus récentes mais le contraire m’étonnerait). Mais c’est un choix qui ne me plaît pas forcément. J’espérais que JVLIVS instaure une nouvelle ère de l’album dans le rap français mais bon si même le S reprend l’ancienne formule c’est assez mal parti.

Ceci étant dit, l’album renferme de super morceaux – au bout de 30 secondes du track « Cervelle » je savais que j’allais être convaincu. Comme d’hab’ toutes les prods sont incroyables. On note quand même le grand nombre de producteurs présents sur l’album. SCH est parti chercher un peu de tous les côtés pour trouver les meilleures instrus. On retrouvera notamment Ponko ou Phazz mais surtout plusieurs fois Guilty, la figure de proue de Katrina Squad et qui n’en est pas à son coup d’essai avec SCH (auteur des prod incroyables que sont celles de Solides, A7, Fusil, Prêt à partir et Le Code pour ne citer qu’elles).

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Rare footage of guilty en train de fumer une prod

L’Interlude et Ciment sont tout aussi incroyable et on notera un excellent feat entre le S et Gims, ce dernier ne finissant donc jamais de me surprendre.

J’ai conscience que ce retour reste assez superficiel mais bon ça commence à faire beaucoup de mots donc je préfère m’arrêter là.

Des diamants et des crottes

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Bon vous l’aurez compris, j’écris vraiment au fil de la plume et j’ai, visiblement, très mal réparti les mots alloués à chaque album. Mais bon écrire au fil de la plume était aussi une manière de produire un vrai ressenti à chaud assez brut. Bref, je ne m’étalerai pas très longtemps sur le dernier album du rappeur roubaisien.

Pour être honnête, je pense que c’était la première fois que j’écoutais un album en entier de Gradur. J’étais plutôt du genre à ramasser ses freestyles par-ci par-là et de les écouter noyés dans des playlists. C’était donc une première pour moi.

Zone 59 pour moi, ce sont des diamants et des crottes. Je m’explique. A la fin de cette journée dense, les morceaux qui m’ont fait le plus kiffer sont du côté de Gradur notamment avec ses feats avec Ninho et Koba (respectivement Méchant Sheguey et The Wire). Ces deux morceaux sont des claques et donnent envie de turn up sale. Mais à côté de ça…

  • « Rolling Stones » bwah. Laisse les tranquilles gros. Et toi Gims tu veux quoi à m’en faire voir de toutes les couleurs aujourd’hui ?
  • « Juste 1 minute » prod vu, revu et rerevu. Honnêtement sans grand intérêt.
  • Et surtout « Ne reviens pas ». En effet.

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Vous allez me rendre mon Heuss bordel ?

Bon après il faut garder en tête qu’un album de Gradur ne s’écoute pas comme un projet de Dinos ou de Nekfeu. Le format plus chargé est assumé et l’idée est surtout de faire ressortir plusieurs Bangers. Mais surtout à la fin, si on oublie ces quelques erreurs qui iront sûrement alimenter la playlist de Bernanaze, Zone 59 est un excellent album.

Ciao le Y-grec

Je finis cet article par un petit bisou au nouveau pôle redac qui, je le pense et je l’espère, feront un excellent boulot cette année (MAIS QUI DEVRAIT S’OCCUPER DU RENDU TOUT MOCHE ACTUEL DU SITE).

La bise doigtée.