Top 15 des pochettes d’albums du Rap Français

               Non on est pas Topito, je vais pas te balancer un top d’idiot comme ça. Prenez plutôt cette article comme 15 anecdotes de pochettes, car derrière chacune d’elle, il y a une histoire. Après tout, l’illustration de pochettes d’albums, ou plutôt la transcription de la musique en illustration, est un art à part entière.

1. Lomepal – FLIP

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               Oui oui, c’est bien travesti que Lomepal apparaît sur la pochette de son dernier album FLIP sorti en 2017. La pochette plait beaucoup, l’album aussi avec des thèmes rap et skate parfaitement entremêlés. L’album fait d’ailleurs partie de ceux que j’ai acheté pour les passer fort dans ma petite Suzuki Splash chérie.

Mais l’histoire derrière la pochette est quand même assez riche. Il fait tout d’abord écho au clip de Pommade où il apparaît vêtu de la même façon. Et puis au niveau de la symbolique, un rappeur qui s’habille en femme, même s’il ressemble à une fille de joie, c’est quand même une première…

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Ah bah non. Quelqu’un l’a déjà fait en 1984 pour l’album Love on the beat Serge Gainsbourg. Bon ok c’était pas un rappeur, Lomepal serait-il donc le premier à s’être travesti ?

               Non toujours pas, Young Thug était déjà apparu en robe sur la pochette de son album JEFFERY sorti en 2016 pour une photo tout aussi réussie malgré toutes les interrogations qu’elle a suscité, dont la fameuse et déplorable : Young Thug est-il gay ?

Mon dieu,  un rappeur habillé en femme, quelle horreur ! Pour l’homophobie ambiante qui habitait et habite toujours le genre, c’est un choc. Mais pour Young Thug, quand on est rappeur, on a pas besoin d’avoir des armes, des muscles et des gros boules pour se construire un semblant de virilité ou de street-cred.

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Aucun doute, Young Thug casse les codes. Il dévoile même au cours d’une interview  qu’il porte régulièrement des vêtements pour femme, et ce n’est d’ailleurs pour lui qu’une simple question de style :

« women’s clothes are [slimmer] than men’s clothes. The jeans I got on right now, they’re women’s jeans. But they fit how they’re supposed to fit. Like a rock star. The only thing I probably have in men’s is, like, briefs. T-shirts. Ninety percent of my clothes are women’s » – Young Thug

 

2. Sadek – JDJ

               Dans le rap, vous savez qu’une fois sur deux, vous aurez le droit à une pochette narcissique comme Trône de Booba ou alors politique comme PDM de Kery James.

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Mais certains nous délectent parfois d’artworks très léchés mettant en avant des artistes comme a pu le faire Dosseh avec ses deux derniers albums en collaboration avec Yann Couedor.

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          Mais encore trop peu de rappeurs osent réellement se mettre dans des positions peu avantageuses ou à l’opposé de leur image de rappeur. Heureusement, il y en a un à qui ça ne fait pas peur et c’est Sadek. Avec son côté humoristique, et même auto-dérisoire, l’artiste fait des pochettes qui font plaisir à voir comme cela a pu être le cas en 2017 pour Vulgaire Violent et Ravi d’être Là .

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Conscient de lui-même et avec beaucoup de recul sur ce que lui et le rap renvoient comme image, il apporte des covers légères et inattendues grâce à Fifou, le grand manitou des du genre en France. Plus récemment, avec Johnny De Janeiro sorti en 2018, le rappeur du 93 empire pousse à fond son délire brésilien et crée un nouveau personnage : Johnny, qu’il a l’ambition d’incarner sur scène en mettant sa perruque (voir pochette ci-dessus) lors de ses sons. Il en a plus rien à foutre Sadek, he’s livin’ his best life et nous fait un gros pied de nez, il plus rien à prouver lui.

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3. PNL – Dans la légende

               Encore une pochette de Fifou. Il est de partout je vous dis. Le mec a fait 600 pochettes d’albums ! Mais PNL, ils en ont rien à branler. Non non. Pour la pochette de leur album, ils lancent un appel d’offre sur l’internet. Les propositions fusent, la concurrence est rude. Fifou se lance un défi et décide de participer. C’est ainsi qu’il entre en contact avec Ademo et NOS et qu’il va réussir à leur pondre la pochette de Dans la légende sans les avoir jamais rencontré.

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En effet, le duo, connu pour sa discrétion et son génie en termes de comm, refuse toutes  les interviews et reste inatteignable. C’est donc à partir d’image de clips et de photos que Fifou a dû réaliser cette jolie pochette. Chapeau l’artiste. Et si vous voulez en savoir plus sur celle-ci, je vous invite à voir l’interview de Fifou

 

4. Arsenik – Quelques gouttes suffisent

          Une pochette emblématique pour le classique du rap fr qu’est Quelques gouttes suffisent d’Arsenik qui est le tout premier album que j’ai eu entre mes mains. Je m’en rappelle comme hier, c’était en CM2  à mon goûter d’anniversaire quand Kevin Gay me l’a offert (oui oui il s’appelle vraiment comme ça).

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Bref. L’important c’est Lino et Calbo. Plus précisément, leurs vêtements de la marque au crocodile : Lacoste. A ses débuts, cette dernière était réservée aux cours de tennis puisque fondée par un tennisman René Lacoste. Assez logiquement elle atteignit ensuite une clientèle bourgeoise avant que, dans les années 90, les jeunes de banlieue ne s’approprient la marque. Un vrai cauchemar pour Lacoste, et c’est cette pochette qui en est principalement responsable.

               La marque essaye donc par la suite de se détacher au maximum de cette image. Encore récemment, elle est allée jusqu’à refuser un partenariat avec l’égérie parfaite pour elle : Roméo Elvis. Le rappeur belge était en effet connu pour son affection pour la marque au crocodile, faisant même penser aux fans qu’une telle collaboration existait déjà.

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Mais non. Lacoste est claire à ce sujet, elle ne veut pas de rappeur pour la représenter… avant de finalement embrasser sa clientèle urbaine en faisant de Moha La Squale leur chouchou lors d’une collab’ Lacoste x Supreme en 2018.

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 5. Alpha Wann – UMLA

               Celle-ci c’est Rægular qui l’a faite. Vous avez déjà vu son taff sur FLIP de Lomepal mais aussi sur les précédents projets Alph Lauren d’Alpha Wann ou encore sur Cyborg de Nekfeu.

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Déjà en brainsto avec Alpha Wann un an avant la sortie de l’album, la pochette a été minutieusement préparée. Fixé au bout d’un moment sur ce qu’il voulait faire grâce à l’inspiration tirée du travail du photographe John Edmond, Raegular part sur un visu présentant Alpha de dos portant un durag. Malheureusement, comme il l’explique dans cette interview, il est contraint d’abandonner l’idée puisqu’il est devancé par A$AP Ferg sur son album Still Driving ci-dessous.

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Ce genre de visuel allait pourtant parfaitement au Douple P. On avait déjà pu l’apercevoir avec le même flow dans le clip du morceau Turban tiré d’Alph Lauren 3.

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Finalement, en s’inspirant du titre du futur album (Une Main Lave l’Autre) et en respectant la volonté du rappeur de ne pas montrer son visage, il aboutit quand même à une pochette très réussie.

 

6. Damso – Lithopédion

           Des albums de plus en plus nwaar mais aussi de plus en plus profonds et introspectifs pour le phénomène belge : c’est ce qui se reflète dans les pochettes de ses albums. Plongé dans l’obscurité sur celle de Batterie Faible, on retrouve Damso complètement peint en noir sur Ipseité et Lithopédion.

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Pour son dernier album, le zoom sur son œil se veut introspectif, comme sa musique. Ces pochettes sont une belle incarnation de l’évolution de cette dernière et reflètent donc l’ambiance de chacun des albums.

But wait, pour l’illustration de son dernier album il fut accusé de plagiat. Je vous laisse juger par vous-même : à gauche la photo de l’album Evolve or be Extinct du rappeur britannique Wiley, à droite celle de Damso.

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7. Joey Starr – Egomaniac

               Chez les rappeurs, il est assez fréquent de s’afficher quand ils étaient des petits bambins innocents tout en faisant référence à leurs origines, leur quartier, d’où ils viennent quoi. Avec Egomaniac, Joey Starr ne semblent à première vue pas faire exception.

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Mais si. Ce n’est pas lui sur la pochette, mais son fils. Oui, la ressemblance est frappante mais elle est surtout là pour contraster avec l’image du rappeur. Elle nous rappelle que ce dernier est aussi père et que malgré ses (nombreux) déboires, il traite quotidiennement avec ses fils qui sont dotés d’une certaine innocence et calme ; tout l’inverse des shows de papa.

Ah oui et c’est d’ailleurs ce même gosse que vous pouvez voir dans le clip de Fianso Tout le monde s’en fout.

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 8. Vald – XEU

                Avant de sortir son album XEU en 2018, Vald, comme à son habitude, a usé d’une stratégie de communication rondement menée comme vous avez pu le lire dans l’un de mes anciens articles : Comment sortir un album (et buzzer) ? Dans ses clips, il fait preuve de créativité hors norme que ce soit avec le Patapouf Gang ou Kub & Kristo. Mais là, c’est la feuille blanche, la pochette est vide.

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Pas vraiment. Au contraire, tout est à interpréter, même le nom de l’album. Laissons donc libre cours à notre imagination.

Et ça marche puisque les fans suivent le délire et au-delà d’essayer de décrypter la signification de la pochette, les habitués de Vald cherchent à se l’approprier et à la détourner à leur sauce. Voyez donc ma préférée :

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En 2017 déjà, Vald avait expérimenté ce concept pour le clip d’Eurotrap entièrement tourné sur fond vert laissant le soin à ses fans d’y ajouter les effets spéciaux qu’ils imaginaient, permettant d’entretenir le buzz du clip et de l’album Agartha.

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          Vous êtes désormais arrivés à la fin de l’article. Veuillez désormais lire le paragraphe correspondant à votre réaction :

  • « Quoi ? Déjà fini ? Mais il y a pas du tout 15 pochettes là Robin ! »

Ouais je m’en fous. Mais si tu réagis comme ça, c’est bon signe, ça veut dire que t’as kiffé et que t’as bien envie d’en savoir plus. Alors voici LE site expert sur les pochettes d’album non seulement de rap mais aussi et surtout de jazz, rock & co. Allez y faire un tour, ça vaut le coup d’œil, les articles sont courts et simples à lire, ça s’appelle Néoprisme

  • « Pas ouf cet article, en plus le rap français c’est pas vraiment ce qui se fait de mieux en termes de pochettes. Non il aurait carrément fallu mettre des pochettes de rap us… »

Chhhhut. Ça arrive. Dès que j’ai le time, le même article sort sur les albums de rap us, et de ce côté aussi, les couvertures sont très riches en anecdotes.

  • « Pas ouf cet article. Il se concentre que sur le rap, et franchement c’est pas ce qu’il se fait de mieux en termes de covers d’album.. déçu. »

Mais non copain, ne sois pas triste. Tiens regarde, un super article hyper riche qui résume et condense toute l’histoire de cet art depuis son apparition jusqu’à aujourd’hui. Ne me dis pas merci et régale toi : l’histoire de la pochette d’album (en trois parties) et profite de ton passage sur le site pour lire les autres articles tout aussi intéressants !

  • « Trop nul cet article. Je connaissais aucun album et j’ai rien compris. »

Mange tes morts et si t’as vraiment rien compris et que t’as envie de comprendre : abonne-toi plutôt à la page du Y-grec pour te faire un petit bagage sur le rap au lieu de cracher dessus. Ah et puis lis bien les Vendredi Sorties aussi et reviens nous voir dans 3 mois.

Mac Miller – Le connaître c’est l’aimer

Génèse

          J’avais déjà entendu parlé de Mac Miller il y a longtemps, mais j’avais pas accroché. L’image de frat boy qu’il renvoyait avec son backpack dans Nikes On My Feet et ses clips dans des pseudo-soirées étudiantes dans Donald Trump a joué en sa défaveur avec moi. Je l’ai donc rangé dans la case « rappeur sans intérêt », d’autant plus que j’écoutais pas vraiment de rap US.

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C’est pourtant à cette époque (2010-2013) qu’il connait son plus large succès avec les titres précédemment cités, auxquels on peut ajouter Best Day Ever (respectivement 76M, 148M et 72M de vues sur Youtube). Il fait partie des premiers rappeurs à utiliser les réseaux sociaux pour créer une vraie proximité avec son public et consolide ainsi une large fanbase. La célébrité le frappe donc très jeune, il a 18 ans à la sortie de Nikes On My Feet, et naissent alors ses premières addictions qui lui servent de refuge à cette surexposition médiatique.

          Ce n’est qu’en 2016 que je tombe de nouveau sur lui dans Rythm Roulette w/ Larry Fisherman, son nom de producteur. Le concept est simple : il choisit 3 vinyles à l’aveugle dans un magasin, les sample, puis en fait un beat. Il écoute alors attentivement ses vinyles avant de composer et de se mettre à jouer du piano, de la basse, de la guitare – j’apprends plus tard qu’il joue aussi de la batterie –  dans ce garage aménagé en studio de musique. Son père fait irruption en plein milieu de la vidéo et on comprend qu’il est chez ses parents, tout simplement. En l’espace d’une vidéo, l’image que j’ai de lui change complètement et laisse place à celle d’un artiste doué, talentueux, à l’aise musicalement dans n’importe quel style et surtout quelqu’un de touchant, simple.

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Arrive donc le premier extrait de son pénultième album. On est en été 2016 et j’écoute en boucle Dang! en feat avec Anderson .Paak, une balade amoureuse jazzy-groovy où les deux artistes, aussi, se baladent sur l’instru. Avec ce clip aux décors et couleurs pétillantes, il confirme pour moi ce changement de style et de mentalité avant de sortir, un mois plus tard, The Divine Feminine.

 

The Divine Feminine

               L’amour, et plus particulièrement les relations amoureuses sont des sujets vastes, inépuisables et pourtant, au cours des 10 titres de l’album, il parvient à en faire le tour sous un nouvel angle. D’abord tumultueuses, passionnelles, intimes et fusionnelles, puis, lorsque la distance s’installe, froides, empreintes de la nostalgie et du manque qui poussent à la reconquête; les relations amoureuses sont décrites et exprimées sous nos yeux par l’artiste. Les sons défilent, et avec eux les nombreux artistes avec lesquels Mac a collaboré – Snoop Dogg, Ty Dolla Sign, CeeLo Green, Kendrick Lamar, ThunderCat – qu’il parvient à faire jouer ensemble sur ce projet comme s’ils ne formaient qu’un seul et unique groupe. Tous s’inscrivent parfaitement dans l’intention de l’album.

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En couple avec Ariana Grande à l’époque, qu’on retrouve sur My Favorite Part, on devine assez facilement que cet album n’est que le reflet de ce qu’il vit actuellement. Elle joue un grand rôle au niveau artistique mais aussi en tant que muse. L’homme est heureux, amoureux; l’artiste est sensible, touchant. Il incarne cet album qui nous touche et nous le fait ressentir comme jaja lors du live de My Favorite Part.

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The Divine Feminine fait partie des albums que j’ai écouté un nombre incalculable de fois. Le thème, pourtant récurrent, est comme revivifié par une approche inédite. C’est ce que je pense être son meilleur album, le plus complet, le plus cohérent où chaque morceau joue son rôle et contribue à la construction de l’harmonie qu’il dégage et à sa densité.

 

Deux ans

          Et puis plus rien. Silence radio. La pause la plus longue de sa carrière. Début 2018, Ariana Grande se sépare du chanteur, ses addictions ont rendu leur relation toxique. Après un accident de voiture sans gravité, il est arrêté peu après pour conduite en état d’ébriété. Les fans de toujours et les nouveaux que son dernier album a conquis s’inquiètent. Toujours aucune nouvelle du côté des réseaux sociaux qui étaient pourtant la clé de voute de sa relation avec sa fanbase.

Arrive enfin le 30 Mai 2018 où trois morceaux sont postés sur son Youtube. Sortent ensuite un teaser annonçant son prochain album SWIMMING, et le clip de Self Care, le premier extrait de cet album. A la manière de Dang! le son m’accompagne jusqu’à la sortie de l’album. Son retour fait du bien et on observe déjà un nouvel homme, désormais serein dans cette prison d’addictions, dans ses problèmes, dans ce cercueil dont il se libère à coups de poing.

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Si vous vous aventurez dans la section commentaire de ce clip, vous vous rendez vite compte, en voyant l’inquiétude des fans sur son état, de la relation particulière qu’il a créé avec eux. Connu comme assez fragile mentalement, se servant de ses addictions comme protection à sa surexposition médiatique en tant que célébrité ; on retrouve enfin cet artiste qui a beaucoup grandi en 8 ans tout comme les fans qui l’ont accompagné. On est passé des soirées étudiantes aux complexités et problèmes de la vie d’adulte.

          C’est au cours de son interview avec Zane Lowe qu’on se rend compte de l’évolution du type : il parle de manière détendue, apaisée après cette longue pause. Il a tellement pris de recul sur les derniers événements, sa rupture, ses addictions et sa célébrité ! On a l’impression d’avoir affaire à une nouvelle personne, grandie. Je retrouve ce qui m’a plus chez lui : il sort Inertia, une vidéo de 5 minutes où on le retrouve entouré d’instruments et d’un micro. Il tâtonne, se règle, avant de se lancer, toujours avec la même aisance et flegme, il se balade sur l’instru. Une semaine plus tard sort SWIMMING.

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SWIMMING  

          C’est l’album de la rédemption, de la renaissance, du renouveau. C’est sa catharsis. L’homme nouveau est né en combattant les démons de son passé. On est plongé dès le début dans une descente dans les profondeurs de ses pensées, un coup dans la noirceur des abysses, un coup ballotant à la surface, à la lumière du jour. Mac se laisse porter – et nous avec – dans ce voyage introspectif. Il s’approprie son environnement, ses angoisses et ses problèmes, avant d’être à l’aise avec eux.

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Je ne pense pas que ce soit son meilleur album. Je n’en retiens que quelques – très bon – morceaux. Self Care bien sûr, mais aussi Ladders, 2009 et surtout Come Back To Earth, le premier de l’album. Ce dernier morceau est le plus représentatif de ce qu’il cherche à exprimer, c’est peut-être même le seul à écouter s’il n’en fallait qu’un. Et s’il n’y avait qu’une phrase à retenir de l’album, résumant le tout, c’est surement celle-ci :

“And I was drowning but now I’m swimming” – Come Back To Earth.

Tout comme avec The Divine Feminine qui portait sur l’amour, on s’identifie à lui au travers de phrases vraies, touchantes qui nous rapprochent de cet artiste qui encore une fois vit son album et l’incarne. Les autres artistes présents sont cette fois-ci beaucoup plus discrets, laissant Mac à l’avant de la scène affronter lui-même ses problèmes. On peut en effet retrouver Pharrel Williams et J.Cole à l’écriture, mais aussi les voix de Snoop Dogg ou Syd. Sur scène, on le retrouve au top pendant le live de Ladders, ou encore pendant celui de Hurt Feelings. L’homme est apaisé, l’homme est serein. L’artiste est rassurant, touchant. Il est prêt à entamer sa tournée d’octobre.

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Pour moi, c’était l’album du creux de la vague. Le prochain aurait dû être celui de sa carrière, son meilleur. Mac Miller, de son vrai nom Malcom McCormick est décédé le vendredi 8 septembre 2018 à l’âge de 26 ans. Lorsque je l’apprends je suis triste, déçu comme si la promesse que l’on m’avait faite était brisée : cette promesse d’aller mieux, cette remontée à la surface n’a plus lieu d’être. Je reste là, triste, frustré de perdre cette personne qui m’avait fait l’accepter, qui avait gagné mon admiration et qui m’avait fait l’admirer. « Le connaître, c’est l’aimer » ce sont les mots touchants de sa mère peu après sa mort.

Quel bilan pour la promo 2022 ?

L’heure est venue de mettre nos différends et différences de côté. L’heure est venue de faire le deuil. Mais, quel deuil,  me demanderez-vous ? 

Le deuil de votre année au sein de l’EBS. Dans moins d’une semaine vous en parlerez au passé. Dans moins d’une semaine vous serez quelqu’un de nouveau. Dans moins d’une semaine, les 3A deviendront des 4A, les 2A deviendront des 3A et, surtout, les petits PIs de merde deviendront des 2A.

C’est à ces derniers que je m’adresse en particulier. Ces petits gens qui n’étaient rien en arrivant et qui pensent être devenu quelqu’un en l’espace d’un an. Une idée qui germe et qui grandit aisément dans tous les esprits des étudiants grâce au terreau fertile du microclimat hermétique de l’EBS.

L’heure est donc venue de remettre les pendules à l’heure. L’heure est venue de nous rappeler, de nous souvenir. L’heure est venue, de la

PROMO 2022 REVIEW

Pour ceux qui connaissent pas, vos grand-mères les goudous. Celle-ci prendra la forme de questions rhétoriques, de prédictions ambitieuses et de pistes d’amélioration sur lesquelles la promo 2023 pourra s’inspirer librement afin appréhender sereinement son année de PI de merde au sein de L’EBS.

Tout de suite, les réflexions que j’ai pu mener et mes conclusions plutôt hâtives, bien que lourdes de vérité :

Après l’achat cette année d’une toute nouvelle table de BP, le processus de corruption des esprits Mardisiens devrait continuer l’année prochaine, annonçant peut-être la future disparition de l’association, qui sait ?

Les exploits BBA de cette année, entre terrorisme résidentiel et compte insta cénomenale, devraient peu à peu mener à la fermeture du cursus, permettant aux couloirs de L’EBS de redevenir des havres de paix et d’harmonie sur terre. Cependant, on a rien sans rien, avec un tel trou dans le CA du Foyer des élèves, le prix des pintes s’alignera alors sur les prix parisiens, autrement dit 2e50 la pinte de kro, faisant perdre la seule raison pour laquelle l’EBS est mieux que la scep. (c pas vrai on a aussi d’autres trucs)

Le local SKIK-ERT-EV-ETJESAISPLUSQUOI ouvrira-t-il de nouveau un jour ? Ce serait peut-être la mesure la plus ambitieuse de l’année à venir puisqu’elle permettrait aux autres locaux d’asso de ne plus être infesté par la présence nauséabonde des membres de ces groupuscules lors des pauses de midi.

Le nouveau bureau Maurice parviendra-t-il à « redresser tout ce bordel » (source interne). A quoi faut-il donc s’attendre pour cette nouvelle année ? Un nouveau concept serait-il dans les tuyaux ? Ou peut-être est-ce une nouvelle formule avec panini + boisson + snack à 4 euros ?

Trouvera-t-on quelqu’un qui respecte autant la gente féminine que notre cher Alphonse Bertin ? Quelqu’un prêt à donner corps et langue pour satisfaire les besoins de sa douce ?

Le seul club de l’ESSEC parviendra-t-il à recruter d’autres personnes que ces teubés de Douaisiens ? Et surtout, renouvèleront-ils leur exploit au WEI ? Exploit grâce auquel ils ont ainsi pu attirer la quasi-totalité des puceaux de l’EBS ? Le carton plein est plus que probable avec la promo 2023.

Aucun doute, si l’année prochaine le Skik continue à recruter les plus gros beaufs de l’EBS, la phase finale de sa mutation en néo-SES sera plus qu’enclenchée. Will the Skik be the new SES ?

En parlant d’SES, mes sources m’indiquent qu’un pi très prometteur est en partance pour l’EBS. Certains parlent de la relève de l’énarque des énarques de la Fransse. Sans surprise, je vous le donne en mille : un nouveau Mérian intègrera peut-être l’école. En tout cas on le lui souhaite.

Semaine Ski ou Surf Trip ? Pas besoin de se poser la question l’année prochaine. Non non. En effet, la petite semaine de vacance au Maroc n’aura pas lieu. Pourquoi ? Le prénom et le nom du respo ST suffisent : Alexandre Verlet. Bonne chance les copains.

Le BDE Havana, qui aura repeint son local en rouge, parviendra-t-il à conserver le précieux sésame immaculé face à la relève des peintross de l’EBS ? Le mystère reste entier, la blacklist plane au-dessus de la Promo 2023.

L’association E&B parviendra-t-elle à ramener B2O à la deuxième édition du Cergy Street Festival ? Rien n’est moins sûr. En revanche, l’association, qui est entre les mains d’un jeune renoi métissé prometteur, ne va pas s’arrêter en si bon chemin sur sa quête de gloire et de street-cred intra et extra EBS. Sa c sur ^^

Pour finir quelques questions-objectifs-bullet-point que je me permet d’évoquer :

– Les grèves, travaux et retards sur le RER A cesseront-ils un jour ? Non.

 – Le nombre d’agressions augmentera-t-il l’année prochaine ? Rappel du record à battre : 42.5

– Combien de teufs/teufettes seront annulées au dernier moment par le BDE ? Rappel du record à battre : 2

– En parlant de teufs, quel sera le nouveau record de sold-out en teuf pour la promo 2023 ? Rappel du record à battre : 47h23min avant sold-out

– Combien de redoublants seront présent avec nos amis les PI de merde ? Rappel du record à battre : 17.6% de la promo 2021. Bien ouej les gars.

– Et enfin, cet article restera-t-il en ligne plus longtemps que mon précédent ? Rappel du record à battre : 53min pour « Parce que c’est ton T5B(C) »

 

 

Les polémiques dans le rap français

[Dans cette article je ne traite que les principaux cas de ces 10 dernières années. Je ne cherche pas non plus à ressortir les polémiques/buzz qui étaient volontaires comme peuvent l’être l’agression d’un vendeur Unküt par Rohff ou alors le tournage du clip Toka de Fianso.]

Les faits

Orelsan et les chiennes de gardes

En 2009, Marie-George Buffet demande au directeur du Printemps de Bourges de déprogrammer ce méchant Orelsan à cause des propos violents qu’il a eu à l’encontre des femmes dans sa chanson Sale Pute, et bien sûr de retirer le clip des réseaux. Ce dernier remonte à 2007. On y voit Orel en costard, une bouteille de Jack à la main, qui découvre que sa copine le trompe et décide de lui chanter sa haine.

Résultat de recherche d'images pour "orelsan sale pute" Il lui tint à peu près ce langage : « On verra comment tu suces quand j’te déboîterai la mâchoire. T’es juste une truie tu mérites ta place à l’abattoir. »

Face à ces paroles crues, les associations féministes se mobilisent alors en masse et lui collent un procès à l’arrière-train. Bilan pour Orel : plusieurs dates de sa tournée annulées.

Black M à Verdun

Le 29 mai 2016, c’est le centenaire de la bataille de Verdun. Qui est le mieux placé pour faire le show à cette évènement ? Black M évidemment. Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde, à commencer par l’extrême droite. Marion Maréchal tire en première, suivie ensuite par les associations d’enfants de poilus. Bilan : Déprogrammation de Blackie et un petit procès.

Jo le Phéno et son clip « Bavure »

Il fait l’objet d’une plainte du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve pour son morceau Bavure, accusé d’inciter à la haine « anti-flic ».

 

 En réponse aux accusations et à son clip Bavure retiré, Jo sort Bavure 2.0

Damso et les diables rouges

Alors qu’il est chargé de créer l’hymne officiel des Diables Rouges (ndlr : équipe nationale de football de la Belgique) pour la CDM 2018, Damso est retiré du projet. Le rappeur subissait les pressions d’association féministes belges et était en plus accusé de faire l’apologie de la drogue, de la violence et du harcèlement. Damso avait pourtant commencé à travailler sur le morceau puisqu’il dévoile un extrait du lithopédion (ndlr : allez voir un dico, c’est un super clin d’œil que je viens de faire) quelques jours plus tard sur Instagram.

Qu’en dire ?

Un genre qui souffre de ses propres codes

Dans ces trois cas, la mauvaise image qui colle au rap fait défaut à ces artistes. Les codes du genre avec les thèmes récurrents de la violence, de l’argent, de la drogue ou des femmes sont mal perçus, en particulier et surtout par les personnes extérieures au rap.

Ce n’est pourtant qu’une question de forme, d’esthétisme (oui oui). Les chansons comme Sale Pute d’Orelsan ou Une âme pour deux de Damso, utilisent le thème de la violence comme prétexte pour démontrer certains skills comme le flow ou leur capacité à manier les mots à leur guise.

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Aux States, même les rappeuses s’approprient le shit-talking, Cardi B ici

Of course donc, le second degré est nécessaire et les rappeurs en jouent. Prenez le thème de l’argent : le bling bling est poussé à l’excès et les rappeurs en ont conscience : « J’veux de l’or sur ma montre, fuck le mécanisme » dans E.Signaler de Damso  ou encore « Tellement de diamants sur ma montre, je ne sais plus quelle heure il est » dans Game Over de Booba.

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Une autre de Booba, c’est gratos 

Une triste incompréhension

Pas étonnant donc, que des personnes sans le recul nécessaire, portent des accusations souvent en décalage complet avec l’intention de l’artiste. Orelsan essaye pourtant de se s’en défendre en en faisant son argument de défense principal à propos du clip de Sale Pute : « J’ai tourné un clip où je porte un costume cravate et bois de l’alcool, pour montrer qu’il s’agit d’une fiction. En aucun cas, je ne fais l’apologie de la violence conjugale. L’attitude de ce personnage me dégoûte ». Simple. Basique. Peut-être un peu trop.

Aussi, avec des citations sorties de leur contexte, prononcées comme si elles étaient destinées à quelqu’un, bien sûr qu’elles paraissent différentes, gratuites, puisqu’elles sont en-dehors de leur intention musicale.

Même les clips peuvent être mal interprétés. Prenez le clip de Vitrine avec Vald et Damso (pour ceux qui ne l’ont pas vu le clip en question ici ). Accusé de sexisme, c’est un comble sapristi ! C’est tout l’inverse du message véhiculé. On y voit des femmes en train de se masturber en regardant le show de Vald & Damso, rappelant les vitrines du quartier rouge d’Amsterdam. Mais ici, les rôles sont inversés. Le clip choque, oui, mais il dénonce surtout la condition de ces femmes dans la vraie vie, emprisonnées derrière ces vitrines.

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Triste vie, derrière vitrine

Sentir venir la polémique et la désamorcer

Venons-en à Black M. Même avec son tournant très pop-commercial-toutpublic, son passé avec la Sexion D’assaut, son ancien groupe, n’est pas si loin. Prenez le fait qu’il insulte la France de « Pays de kouffars » dans la chanson Désolé. Ajoutez-y un contexte d’état d’urgence en 2016. Saupoudrez le tout d’un tweet où il prévient que « l’on va s’amuser [comme des petits fous] à Verdun » et vous avez une belle polémique toute prête.

La même chose aurait pu se produire avec son collègue Maitre Gims. En 2014, ce dernier doit  rejoindre la troupe des Enfoirés. Mais le rappeur, conscient de son passé, sait qu’il fait tâche au sein des Resto du cœurs. Même s’il trouve la cause noble, il a la sagesse d’esprit de décliner l’offre. Peut-être Black M aurait-il du adopter le même comportement ? Bah ouais.

Enfin bon, tout est bien qui fini bien puisque le rappeur est invité à l’Elysée par François Hollande, son seul soutien à l’époque de la polémique, pour célébrer aux côtés de MHD l’amitié franco-guinéenne.

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Croire en soi et aller au bout de ses rêves

Pour Orelsan, dur de se défaire de son image de sexiste, même après avoir gagné son procès. Alors qu’il gagne 3 récompenses aux Victoires de la musique 2018, une pétition « Rend les trophées ! » est lancée contre lui avec plus de 85.000 signatures et toujours le même reproche : sa chanson Sale Pute, aujourd’hui vielle de 11 ans.

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Artiste masculin de l’année + Meilleur album de musique urbaine + Meilleur clip pour son album La fête est finie

Les gagnants des Victoires ne sont pas les seuls à avoir droit à une pétition, les absents de la cérémonie aussi y ont droit. Pourquoi ? Parce que le rap est le grand absent de ce type d’évènement. D’aucuns déplorent l’absence de Damso, Niska ou même de Vald dans les éditions précédentes. A Orelsan de dire « Par rapport à ce que les rappeurs représentent dans l’industrie, en vrai, il ne devrait y avoir presque que du rap aux Victoires ». Il a pas tort. Aujourd’hui, la majorité des ventes de disques et streams sont réalisés par des rappeurs. La moitié des triples disques de platines en France en 2017 ont été ceux de rappeurs (Damso, Orelsan, Niska).

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« Et pendant ce temps-là… [Damso] reçoit le prix de l’artiste le plus écouté en Belgique [en 2017] »

Je t’aime moi non plus

Aujourd’hui plus que never, le rap connait son âge d’or. Mais il est mal représenté sur les grands médias classiques. Est-ce si grave ? Non. Number 1 sur les plateforme de streaming et sur Youtube, les rappeurs savent faire le bon choix entre faire une télé chez Ardisson (cc Vald ) ou se concentrer sur l’internet, les réseaux sociaux, Youtube, toussa. Le rap s’est créé son univers et évolue dans son propre environnement, à l’aise, pépouze.

Comment sortir un album (et buzzer) ?

Throwback to the latest sorties en France

Récemment, on a brièvement cru au leak (fuite d’un album avant sa date de sortie) du dernier album de Vald : XEU. Le bail se passe 15 jours avant sa sortie officielle, avant que l’artiste ne neutralise lui-même le leaker présumé, cette supposée ex qu’il affuble du doux sobriquet de « sale pute ».

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Encore mieux, il donne lui-même un lien de téléchargement vers un autre projet censé sortir après XEU, que les fans baptisent NQNT3. Sympa le pote. La vérité sur ce vrai-faux leak ici dans son interview pour Booska-P.

Un autre leak a aussi fait beaucoup plus de bruit : Trone de Booba. Bel et bien leaké avant sa sortie, le DUC se voit obligé d’avancer la date de sortie de son album, ce qui ne l’empêche pas de taper disque d’or dès sa première semaine.

Plus de doutes, aujourd’hui, à l’âge de l’internet et des NTIC, il est beaucoup plus compliqué de sortir un album sereinement. Même l’enchainement traditionnel Télé-Radio-Itw pour faire la promo de son album connait beaucoup de bouleversements.

Beaucoup s’en passent même, prenez PNL. Stratégie de comm unique et efficace : aucune interview disponible du duo, un planète rap boycotté et une relation particulière avec leurs collaborateurs comme ce fut le cas pour la confection de leur pochette d’album :

sortie2.jpgMowgly et le buzz : du planète rap jusqu’au disque de diamant

Malgré tout, ils ne laissent pas leur fans sans nouvelles et continuent même à faire du bruit à travers les réseaux. Le duo innove à chaque coup de com’ et continue à entretenir l’émulation après la sortie de leur album avec une série de clips à l’allure de court-métrages. A la sortie du clip « Bené », le buzz avait d’ailleurs été créé avec une street campagne dans les rues de Paris à l’aide d’un numéro de téléphone que les fans pouvait appeler. Il pouvait alors entendre un extrait de 30sec du titre concerné.

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Le figurant « Coca-Cola » a d’ailleurs reçu des menaces de morts par des fans prenant trop à cœur les court-métrage de PNL où l’homme jouait le méchant de l’histoire

Il n’y a donc plus aucun doute, ces dernières années, la communication autour de la sortie d’un album a été révolutionnée. On arrive même au point où l’on peut s’en passer : Nekfeu sort Cyborg sans clip ni promo en plein concert à Bercy. Résultat ? Triple disque de platine.

Mais fini de parler de la France, tout nous vient des states of course. On peut penser aux premiers abords à la discrétion de Kendrick jusqu’à quelques semaines avant DAMN, ou encore Future et Drake qui  décident de clipper 0 morceaux (excepté Mask Off). Mais pour se rendre compte du phénomène, il faudrait plutôt remonter à une année bien particulière : 2016.

Kanye West : la surinformation

             The Life Of Pablo sort en Février 2016. Chaque jour depuis son annonce 1 an plus tôt, les fans suivent l’avancement de l’album grâce aux tweets de Kanye, et avec ça, ses multiples sautes d’humeur et changements de décision tellement nombreux qu’il devient impossible pour eux de savoir à quoi peut bien ressembler cet album.

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D’abord censé s’intituler So Help Me God, puis SWISH et Waves, l’album ne prend le nom définitif de The Life Of Pablo que la veille de sa sortie lorsque l’artiste dévoile la signification de l’acronyme L.T.O.P. La tracklist connait aussi moult changements en passant de 20 à 11 titres pour finalement en avoir 18.

Jusqu’à trois jours avant sa sortie, après une session d’écoute au Madison Square Garden,  l’album est encore restructuré. Ainsi, le titre Famous, à cause des propos tenus sur sa pote Taylor, est modifié. Les feats sont aussi changé : Wolves connait une version avec Vic Mensa & Sia, mais aussi une autre avec Frank Ocean.

sortie5Kanye vs Wiz/Amber : nouveau buzz autour de l’album.

Bref, les différentes versions de LTOP sont nombreuses : la version Tidal reste différente de celle des autres plateformes de streaming. L’album laisse à penser que ce n’est qu’une simple version du projet et que le processus créatif de Kanye aurait encore pu durer s’il en avait eu le temps.

Mais « Le mieux est l’ennemi du bien », et à chercher la perfection, l’album aurait pu ne jamais sortir comme ce fut le cas avec Detox de Dr.Dre qui décida de sortir Compton au lieu du projet initial, ne réussissant pas, après 10 ans, à obtenir le résultat escompté.

Frank Ocean : l’information au compte-goutte

             Complètement différent de Kanye, Franky opte plutôt pour un certain mystère autour de son projet. Après le succès de Channel Orange en 2012, il tease son album depuis 2013 pour finalement le sortir en Août 2016.

Tous les trois mois, la date de sortie est repoussée et les fans se jettent sur les rares indices que l’artiste laisse dans son sillage.

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Jusqu’au jour où, 20 jours avant sa sortie, il dévoile un stream sur Apple Music. On y voit pendant plusieurs heures un hangar vide. L’artiste arrive alors et commence à bricoler. En fond sonore, ce sont des titres inédits qui défilent pendant 45 minutes. Son nouveau projet ? Pas vraiment. Il faudra attendre la sortie officielle de l’album avant de se rendre compte que c’est un autre projet inédit sous forme d’album visuel, intitulé Endless, qui sortait à ce moment-là.

Mais même après la sortie, l’artiste reste énigmatique. Le nom de son album, Blonde, devient Blond dans le magazine Boy’s don’t cry qu’il sort en même temps dans quelques pop-up stores. La tracklist change aussi d’une source à l’autre. Mais ce ne sont pas de simples erreurs, cette volonté de doute persistant sur son album, il l’avait annoncé depuis longtemps déjà dans son morceaux Nikes :

sortie8« I got two versions, i got two versioooons » – Tumblr de l’artiste.

Beyoncé : Queen B out of nowhere

             Queen B sort Lemonade en Avril 2016. Ce sixième album n’a eu aucune promo. Son single Formation était sorti un mois auparavant mais donnait l’impression d’une sortie beaucoup plus tard dans l’année.

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Le 23 Avril, jour de la sortie, elle invite ses fans à regarde la special HBO où elle diffuse alors en direct son album visuel sous forme de film d’une heure, révélant tous les titres du projet. Elle annonce dans la foulée que son album est disponible sur Tidal. Alors que personne ne l’attendait, elle bat tous les records de vente, comme à son habitude à chaque sortie d’album, malgré l’absence de promo.

Trois façons de sortir un album,
Trois promo propres à chacun et finalement,
Trois sorties plus que réussites.

Réseaux sociaux et streaming : adios la sortie d’album classique

             Avec l’apparition et le développement du streaming, les plateformes comme Apple Music, ou même celles lancées par les artistes eux-mêmes avec Tidal, multiplient les partenariats et exclusivités.

             Mais ce qui a clairement le plus bouleversé la stratégie de comm des artistes, ce sont les réseaux sociaux. Même lorsque l’information est au compte-goutte, cela n’empêche pas les fans de réagir et d’interagir entre eux. Ils se rassemblent en groupe et développent leur théorie sur des éventuels albums surprises comme c’est le cas pour PNL ou encore pour Damso sur le groupe Facebook TheVie où le rappeur n’hésite pas à poster des exclus.

Que ce soit vrai ou faux, l’important est de faire parler de soi. L’impression que l’artiste est toujours présent comme Kanye, ou à l’inverse, avec un Frank Ocean qui revient hanter les fans en leur rappelant l’imminence d’une sortie, oblige la fanbase à veiller. Pire encore, la sortie surprise crée un pic d’interaction parmi la communauté qui se réveille brusquement.

             En fin de compte, dans cette recherche de buzz, il semble même que le leak soit devenu une nouvelle façon de faire sa promo. Après tout, qu’un album leak deux semaines avant est sans importance : les premiers à l’écouter en parlent. Les autres cherchent un lien. Les points de vue sont échangés pour déterminer le succès de l’album ou non. Si on se refuse à télécharger, on se jette tout de même sur l’album le jour de sa sortie pour découvrir ce dont tout le monde parlent depuis des jours.

Finalement, leaker un projet est peut-être devenu la nouvelle façon de faire la promo de son album, à défaut de faire un planète rap (cc B2O).

Interview Sandwich : Francis

J’aime beaucoup le concept des interviews sandwichs de Konbini. Vous avez sûrement déjà aperçu une de leurs vidéos dans votre fil d’actu Facebook avec plusieurs guests comme Caba&JJ, Sadek ou encore Florent Pagny. J’ai donc décidé d’en faire une. Après mûres réflexions, j’avais trouvé ma cible : les gars du PC (Poste de commandement, ndlr).

Jeudi. 10h32. Je profite de la journée libre pour réaliser mes itw. Je prend un dictaphone et ouvre la porte vitrée du PC. Un seul garde est présent. Il ne lève même pas la tête et continue de jouer sur son portable à ce qu’il me semble être Clash Royale.

J’articule un « bonjour » assez timide. Il lève les yeux. Vous seriez dispo 10 minutes pour une petite interview ? Il a l’air perplexe. J’articule mon pitch préparé pour l’occasion et une fois terminée il semble assez emballé par l’idée. Ok mon gars. Il se lève. On va aller prendre un café alors. On attend que son collègue vienne prendre la relève et on part à la Kfet.

Quand tu vas acheter tes Sandwich à Cergy Saint-Christophe parce que la mie y est meilleure

Après avoir tchatché l’employée de restauration, il vient s’asseoir avec moi. Ça y est. On commence.

Moi : Quand avez-vous commencé à manger des sandwichs ?

Francis : Oh comme tout le monde je pense. Mais à un moment j’ai eu comme un déclic. En fait, c’est devenu une passion vers mes 20 ans je pense. J’avais d’abord commencé à me renseigner sur la qualité des produits, leur provenance etc… parce que si tu te contentes d’en acheter à droite à gauche tu peux vite trouver de la merde.

Moi : Et aujourd’hui ça vous arrive d’en manger encore ?

Francis : Ahahah bien sûr. J’en mange même plus qu’avant ! Je sais que c’est pas top, mais sûrement 3 ou 4 par jour. Toujours à la pause du midi, et puis souvent après mon service aussi.

Moi : Et vos collègues ?

Francis : Toujours avec moi ! C’est même moi qui les prépare pour eux, de A à Z. Ils me font confiance et ils savent que c’est de la qualité. Je sais qu’on en trouve assez facilement par ici, c’est pas ce qui manque mais c’est de la mauvaise qualité. Des étudiants aussi en vendent apparemment, mais c’est pareil, ils ont peut-être l’air appétissant, mais tu restes sur ta faim. Ça n’a rien à voir avec ce que j’ai.

Moi : Il y a une si grande différence que ça avec ceux que vous produisez vous-mêmes?

Il commence alors à regarder à droite puis à gauche. Il se penche vers moi : Tu sais quoi ? Moi j’t’aime bien mon ptit pote. J’pourrais te montrer si tu veux, je fais ça chez moi. Aller j’ai l’impression que ça t’intéresse.

Moi : Euh.. d’accord pourquoi pas.

Super viens au PC quand j’ai finis alors, vers 18h par là.

18h04. Francis me voit arriver à travers la porte vitrée. Il sort. C’est parti mon gars. On marche 10 minutes jusqu’à un quartier inconnu. En bas de l’immeuble sont posté des jeunes. Francis les salue d’un signe de tête. On monte au 6ème, me fait faire une visite puis on reprend l’interview.

Moi : C’est impressionnant tous les équipements que t’as.

Francis : T’as vu ! J’ai du sacré matos. Un vrai four industriel pour faire du pain de qualité. Il me fait alors un clin d’œil.

Moi : Tu es tout seul à faire ça ?

Francis : J’ai aussi un pote qui m’aide pour le potager. On fait pousser nos propres tomates et salades. Une vraie petite serre. Tout est réuni pour avoir les meilleurs produits possibles. Il a vraiment la main verte. Après on entrepose tout notre stock chez le voisin, c’est un petit couple très sympa avec un très grand frigo.

Moi : Et toi tu fais quoi dans tout ça ?

Francis : Moi je m’occupe plutôt des commandes et de tout ce qui est vente. Mais on se limite à ce qui est famille et amis seulement. Ça me permet d’arrondir mes fins de mois.

Il claque alors des mains. Bon ! On va passer à la dégustation, si j’ose dire. Il rit tout seul et part. Il revient avec deux sandwichs et m’en tend un. Un pour toi et un pour moi. On les mange alors en silence.

(…)

Je ressors un peu plus tard de l’immeuble avec un sourire niais à la bouche. Je regarde l’heure sur mon portable. 20h47. Wouah. Quelle expérience. Cette séance digestive, c’était vraiment quelque chose. J’ai fini de digérer le sandwich mais l’eau me monte à la bouche rien qu’en y repensant. J’en suis tout émoustillé.

En sortant du quartier, je croise alors une voiture de police. Quelques minutes plus tard, j’entends des « ARO ARO ARO » au loin derrière moi. J’ai hâte de revoir Francis demain et de le présenter à tous mes copains.

J’ai mangé pendant une semaine au Cezam

Réflexion préalable

Dimanche, 23h46. Dans ma chambre, accoudé à ma fenêtre, les mains glacées par les -12 degrés ambiants, je raoute (faire un cul sec, ndlr) la 3ème bière de mon calendrier de l’Avent-bière. J’appréhende cette semaine, l’une des plus intenses de ma vie.

Pause. Flash-back. Film en noir et blanc.

Samedi. 16h23. Chill dans le Bocal E&B avec Quentin, Ludo et Bégère. Ce premier phase encore du space cake du WEEB 1 qui s’est déroulé il y a maintenant 3 semaines. Ce deuxième zieute les tags sur le mur du bocal et laisse son autre œil se perdre dans le paysage cergyssois visible depuis la fenêtre. Ce troisième, enfin, me lance un pour combien. Encore et toujours. « Pour combien tu grailles au Cézam pendant une semaine lol ? ».

Pause. Fast-forward. Film en couleur.

JOUR 1

Lundi, 12:14. Moi, de dos devant Cézam. 2 Putain. Je rentre. Je commande. Je prends le bip et je m’assois sur la banquette en sky. Je tourne ma tête à gauche. La télé m’offre un énième match du FC Valence, comme à chaque fois que je viens ici. Je tourne ma tête à droite. Un couple s’embrasse grassement après avoir fini leur menu tacos sauce blanche supplément bacon.

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La sonnerie du bip m’arrache à cette vision onirique.

Lundi, 21:02. Même scène, même lieu, même procédé. Juste, il fait nuit. Le match de Valence, interminable, scintille au fond de la pièce. Bonsoir. Qu’est-ce qu’il vous faut. D’accord chef. Merci.

JOUR 2

Mardi, 11:51. Une nouvelle journée commence et avec elle un nouveau sandwich (prononcez sandouiche). Indeed, j’essaye de me fixer des mini-défis au cours de cette semaine pour ne pas perdre toute motivation, comme goûter tous les sandwichs (j’insiste vraiment, prononcez sandouiche). Je finis de manger et retourne en cours d’optimisation et d’aide à la décision, comprenez chat sur FB avek mes bestha :$.

Mardi, 20:36. Un peu plus tard donc. Je suis seul dans l’établissement de restauration rapide intitulé Cézam. Le caissier est dans l’arrière-boutique, pardonnez : l’arrière-restaurant. 15 minutes plus tard, à force de soupirs de frustration typiques du client-connard, le caissier arrive. Bonjour. Vous voulez quoi. Ok. Prenez pas de bip je vous appellerai. Cool.

Je m’assois et me fait hypnotiser par le match de Valence. Un traditionnel « chef ! » me sort de ma torpeur. Le cuisinier Le chef-kebabier m’appelle depuis 5 minutes. Je prends mon plateau en m’excusant comme une merde. « Comment tu t’appelles pour la prochaine fois ? » me demande-t-il. Je bégaye un Robin et repars.

La journée se termine… Enfin… Pas vraiment. Mes boyaux me font souffrir toute la nuit. Pendant des heures je me tords de douleur dans mon lit. La sauce fromagère commence à avoir raison de moi. Alors que je pense rendre mon dernier souffle, le matin se lève.

JOUR 3

Mercredi, 12:47. J’arrive au Club C. Une queue anormale est présente.

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Je comprends en écoutant une conversation en scred que le PDP (acronyme ravon pour désigner le Pomme de Pain) est fermé. Une aubaine. J’entends alors un « Romain ! ». Puis un deuxième. Puis un troisième. Je regarde au loin le chef-kebabier qui me fait des grands signes derrière le comptoir. Il m’a reconnu. Surprenant.

Mercredi, 12:58. Après quelques minutes d’attente, je commande. Salut. Encore toi. Tu vas bien. Tu veux quoi cette fois. Ok ça marche. Prend pas le bippeur je t’appellerai. Echanges assez atypiques mais sympathiques. Je me lie apparemment d’amitié avec un chef kebabier. Intéressant. 10 minutes plus tard, on m’appelle.

Mercredi. 19h12. J’ai faim. J’arrive en avance. J’ai encore droit à mon « Romain ! ». Mais cette fois, un signe de main l’accompagne. Je m’approche donc du comptoir. Le chef me murmure alors : « Passe devant ». Je me retourne. 5 personnes me fusillent du regard. Je leur tire la langue et je commande. Je mange. Fini. M’en vais.

JOUR 4

Jeudi, 12:22. Pas de perturbations cette nuit. Mon ventre semble s’être habitué à la sauce fromagère.

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J’arrive devant la même scène que la veille. Une queue immense. Le Pomme de pain est encore fermé. Une nouvelle fois le « Romain ! » + geste de la main me valent de passer devant tout le monde. Je mange et repars. Repu.

Jeudi, 17:06. Une petite faim se fait sentir. Je me motive alors pour un panini. Mais au lieu du traditionnel en-cas mauricien, je préfère prendre un panini de type cézamien. Seul dans le restaurant, je commande. A ma grande surprise le chef me l’apporte à ma table. Encore plus surprenant, il s’assoit. Une conversation s’amorce. «Je m’appelle Michel » me confie-t-il. Je regarde son badge épinglé à son t-shirt recouvert de tâches de sauce avec écrit «Kelebek». Oh ça c’est juste pour le marketing. Tu connais ça toi t’es en école de commerce. Je souris, gêné. Je m’en vais, encore tout rouge après cet échange. En partant, je me rends compte que j’ai oublié de payer. Tant mieux.

Jeudi, 20:19. Je m’assois après avoir commandé. Michel m’apporte mon kebab, cela va devenir une habitude. Il m’apporte en même temps la télécommande de la télévision. Le Graal. Je zappe sur BFM Business. Tout sauf un autre match du FC Valence. Je me rends compte que petit à petit, je gagne de plus de faveurs de la part des chefs-kebabier. Surtout Michel.

JOUR 5

Vendredi, 12:53. Je suis en retard. Je commande en vitesse mon tacos. Bonjour. Toujours la même chose. A emporter s’il te plait. Puis silence. Je relève les yeux. Je vois alors une larme couler le long de la joue de Michel. « Tu restes pas Romain ? ». Non désolé je euh… Je suis gêné. Je m’en vais, touché par cet élan d’affection.

Vendredi, 20:59. Michel m’attend devant la porte. Ah tu es là ! Il me prend par l’épaule et me guide dans l’arrière restaurant. Avant d’avoir eu le temps de prononcer un mot, je me retrouve assis au côté de la famille de Michel avec ses 4 femmes et 17 enfants. « Nous t’attendions ». Je m’assois. Silencieux. Je rencontre enfin la famille de Michel. Mais sommes-nous proches à ce point ? Non ! Tout va trop vite. Je panique. En repensant au panini, je lâche, plein de remords : « J’ai pas payé le panini l’autre jour, je suis désolé! » Je jete des pièces de monnaies sur la table en espérant faire diversion, et déguerpi. Je franchis la porte de sortie en courant et ma vision se brouille. Je m’agenouille derrière les poubelles du C-Tok et je fonds en larmes.

Réflexion personnelle

J’ai préféré écourter l’expérience. Je suis dans le train pour Lyon. Je rentre chez moi. J’ai besoin de me recentrer sur moi-même. La rencontre avec Michel, notre relation, je ne me rendais pas compte de l’ampleur qu’elle prenait. Sans aucun doute, je l’ai blessé. Et même moi, parfois lorsque je pense à lui, un sanglot m’échappe.