Vendredi Sorties #32

Qu’est-ce que M. Pokora, Bilal Hassani, Jenifer et Coeur de pirate ont en commun ? Ils ont tous sorti un morceau cette semaine. Qu’est-ce qu’ils ont d’autre en commun ? Par respect envers vous, on n’en parlera pas plus dans ce VS. Bienvenue pour cette nouvelle édition du Vendredi Sorties.

En France

Projets

  • Le survolté Di-Meh a sorti ce vendredi Fake Love, qui est catégorisé comme un EP sur Spotify, allez y jeter un coup d’oeil :

  • Après son départ du 92i et son absence de près de 3 ans, peu de gens auraient parié que Shay serait restée d’actualité, surtout dans un contexte où les artistes accumulent les sorties pour garder la tête hors de l’eau. Pourtant, Antidote est une des grandes sorties de la semaine, et ses singles ont mis d’accord une bonne partie du game.

Singles / Clips

  • Oxmo Puccino sur de la trap ? Oui ça existe, et c’est sorti hier. On vous laisse vous faire une idée du morceau, qui se trouve quelque part entre le cultissime et le nul à chier.

  • Lord Esperanza – Ola : Bon je pose ça là pour les gens qui kiffent, perso c’est pas mon délire il fait trop le mec.
  • Le 13 Blo Gang, qui sera on le rappelle PRESENT LORS DE LA DEUXIEME EDITION DU CERGY STREET FESTIVAL, a clipé Petit Coeur, un des meilleurs morceaux de l’album, Petit Coeur :
  • Orelsan – Dis-moi : Orelsan sort le clip d’un morceau extrait de la réédition de La fête est finie. Comme d’habitude avec le caennais, une vidéo originale, cette fois d’inspiration Bollywood :
  • Jok’Air – Bonbon à la menthe : douceur et romance (et meufs, bien sûr) sont au programme de ce clip de Jok’Air, extrait de Jok’Travolta. Un petit bonbon à la menthe (lol, tu l’as ?) :

Aux US

Singles/clips

  • Denzel Curry – RICKY : Pour ceux qui ne savent toujours pas que le rappeur d’Ultimate a sorti un des tous meilleurs projets de rap en 2018, pas question de rater son nouveau single, qui présage – on l’espère – la sortie d’un nouvel opus avant la fin de l’année.
  • Skepta – Bullet From A Gun / Greaze Mode : La légende du rap anglais Skepta a lâché deux singles de très très haute facture ce vendredi, on vous conseille vraiment d’y jeter un oeil. Son choix de prods est très intéressant, et nous laisse espérer que son prochain album “Ignorance Is Bliss” sera de la même qualité le 31 mai prochain.
  • A$AP Ferg – Pups (feat. A$AP Rocky) : Ferg et Rocky sont les auteurs d’une des meilleurs collabs des années 2010, à savoir le morceau Shabba. Pups ne sera certainement pas aussi iconique, mais saura contenter les fans inconditionnels de Ferg.
  • Flying Lotus – More (feat. Anderson .Paak) : Flying Lotus a annoncé son retour il y a trois semaines avec la vidéo très cryptique du titre Fire Is Coming, featuring David Lynch. Le morceau de cette semaine, More, en collaboration avec Anderson .Paak, et un nouvel extrait de Flamagra, projet très ambitieux qui comptera pas moins de 27 titres.
  • Mustard feat. Quavo, 21 Savage, YG, Meek Mill – 100 Bands : Mustard invite Quavo, 21 Savage, YG et Meek Mill sur 100 Bands. Avec un casting pareil, le morceau est correct, mais on regrette qu’il ne soit pas plus marquant.

 

A la semaine prochaine les champions

 

 

Ouais Narvalo

« Mon coiffeur fait des dégradés, le tien fait des dégradations »

J’entends déjà les perfusés au seum dire que c’est à cause de cette punchline que le dernier Prince Waly me parle autant. Mais le klawi juice du crapeau n’atteint pas le montreuillois : « t’es pas de chez nous, toi t’es chelou ».

Alors peu de gens qui me connaissent ne le savent pas : je viens de Montreuil. Et cette ville n’est pas comme les autres…

Une ville à la croisée des mondes

Quand tu grandis à Montreuil, tu ne te rends pas vraiment compte de la particularité de la ville. Ce n’est qu’assez tard finalement que je me suis rendu compte que cette ville était particulière.

En quelques mots, Montreuil est une ville de Seine-Saint-Denis d’une population de plus de 100 000 habitants (cinquième ville d’Ile-de-France). A mi-chemin entre banlieue et capitale, la ville de la Pêche cultive une image et une histoire singulières. Première ville associative de France et ancien bastion communiste, Montreuil (ou du moins le Bas-Montreuil) est en sérieuse voie d’embourgeoisement. A côté de ça, le Haut-Montreuil ne change pas avec ses immuables cités (Grands Péchers, La Boissière, La Noue, Les Morillons…). Alors forcément tout ça fait un cocktail unique : ni vraiment bobo, ni vraiment ghetto ; ni vraiment Paris, ni vraiment Seine-Saint-Denis…

En fait, Montreuil c’est un peu le résultat d’un shamtonnoir parti en vrille (rappel : je ne suis toujours pas au sham). Beaucoup de maliens, des gitans, des rebeus, des babtous, des très riches, des pauvres, beaucoup d’ouvriers, encore plus d’artistes… Il devient toujours plus difficile de définir la ville tant son paysage est riche. Quoiqu’il en soit, cette richesse culturelle fonde le terreau fertile d’une certaine créativité artistique. Mieux encore, cette créativité artistique résonne parfaitement dans la ville et le public montreuillois, si bien que Montreuil semble parfois s’auto-suffire.

Je pourrais longtemps vous parler de la ville, de ses particularités, de sa langue, de sa monnaie locale… Mais pour commencer, j’ai décidé de vous parler de la scène du rap montreuillois. Une scène à la fois mystérieuse et hybride…

La Sainte Trinité Montreuilloise

Alors si le paysage montreuillois est large et varié en termes de rappeurs, certains présentent toutefois des caractéristiques communes. Des origines communes, des revendications communes, des sonorités communes, des inspirations communes… Et à partir de cela j’ai pu établir un triptyque de la scène rap montreuilloise. C’est donc avec beaucoup de prétention que vous présente ce que j’ai décidé d’appeler la sainte trinité montreuilloise.

La mouvance Old School

En général quand on parle de rapeurs montreuillois, les premiers noms qui viennent à l’esprit sont des artistes relativement récents qui gagnent actuellement en notoriété (je pense notamment à Ichon ou au Prince Waly par exemple). Pourtant, pas mal de vieux loubards brillent dans le rap game de la ville depuis plusieurs années en jonglant entre langue de Molière et patois montreuillois.

Et là, le premier mec auquel on pense très vite est Swift Guad.

En gros, c’est simple, Swift Guad c’est le mec qui était déjà là quand tu jouais encore avec ton caca et qui sera toujours là quand tu feras des rimjob. C’est une douzaine d’albums en dix ans dont le dernier sorti il y a trois jours.

Même si je n’ai pas encore écouté ce dernier album d’ailleurs, ça fait déjà quelques années que Swift Guad innove de plus en plus en termes de musicalité. Pourtant, originellement, ce mec c’était plutôt le rappeur old school qui caressait les oreilles des puristes. Des instrus assez classiques et des textes relativement long. Swift Guad, c’est du flow à l’ancienne.

Mais pour moi plus personnellement, Swift Guad c’est surtout un son que j’ai saigné sa mèèèèèère et qui me fait encore plaisir aujourd’hui.

Si je vous parle beaucoup de Swift Guad, vous vous imaginez que ce n’est pas le seul qu’on pourrait rattacher à cette mouvance dite « Old School ». Au contraire, avec son inflexion récente, ce n’est même peut être plus l’exemple le plus pertinent. Aussitôt, il faut penser à d’autres mecs comme Paco, Soklak ou le très bon collectif L’uZine.

 

Toutefois, si ces noms ne semblent pas encore voués à tomber en désuétude, une nouvelle scène avant-gardiste se développe tout de même parallèlement à ces rappeurs à l’ancienne. Vous connaissez sans doute déjà leurs noms : Prince Waly et Ichon en tête.

La mouvance avant-gardiste

Le premier aurait pu (« dû ») figurer dans la catégorie ci-dessus tant il est old school. C’est simple, quand on écoute du Prince Waly, on a l’impression d’être plongé dans les années 90. Enfile tes meilleures Air Max 90, un grand jean baggy et ta veste en denim : c’est l’heure d’écouter le Prince.

Les plus intelligents d’entre vous l’aurons remarqué : Prince Waly n’est pas Big Budha Cheez. Eh t’as l’œil vif hihi.

Big Budha Cheez c’est effectivement le nom du collectif composé du Prince Waly et Fiasko. Il y a quelques années encore, les deux amis d’enfance sont très proches et commencent à enregistrer dans une espèce de centre culturel de Croix-de-Chavaux (quartier de Montreuil) : l’Albatros. Point de vente pour certains (héhé), studio pour d’autres, l’albatros est donc le nid dans lequel grandissent les deux rappeurs montreuillois. Mais c’est avec ses premières collaborations avec Myth Syzer que le Prince Waly gagne en notoriété.

Finalement, les sonorités du Prince Waly sont tellement particulière et mélangent tellement de styles différents qu’il devient inexact de dire qu’il est old school. Pour moi, le Prince est le rappeur avant-gardiste par excellence. Et peut-être même le rappeur montreuillois par excellence.

« Moi, j’habite un petit quartier dans le bas de Montreuil. Je suis né là-bas, j’ai grandi là-bas, je bosse là-bas. J’ai tous mes gars qui sont là-bas. Je suis un enfant de Montreuil. »

Pour conclure sur le Prince, j’omettrai bien évidemment ses collaborations avec le vieux rappeur miraculé de soirée, Tengodemichet John, mais je vous invite vivement à écouter le dernier EP du Prince qui a mon avis est très réussi.

 

La deuxième figure de proue de ce rap montreuillois avant-gardiste est peut-être actuellement plus connue encore que le Prince. Pourtant, Ichon est sûrement l’un des artistes montreuillois que j’ai découvert le plus tardivement. En fait, il est plus ou moins sorti de nulle part en 2016 – 2017 et a fait du sale de manière assez active depuis.

Pourtant, des années plus tôt, je le voyais déjà dans le très bon documentaire en trois parties du nom de « Montreuil » (que je vous conseille vivement si vous voulez en savoir plus ou si mon article vous pète les couilles et que vous voulez voir des images parce que vous êtes des putains d’analphabètes de merde). Dans ce documentaire, Ichon nous parle déjà de la vie montreuilloise (à 6:33).

Nan, je rigole, je vous ai mis cet extrait surtout parce Ichon fait super fragile dessus mdr.

Plus sérieusement, Ichon, c’est avant tout un rappeur très talentueux avec un excellent flow, mais surtout qui développe une esthétique aussi originale qu’appréciable. Qu’il s’agisse de ses clips ou du style du personnage, Ichon fait vraiment gaffe aux moindres détails quant à l’image que ses œuvres renvoient et c’est franchement plaisant.

Pour le découvrir, c’est très simple, il suffit d’écouter son très bon dernier album « Il suffit de le faire ».

La mouvance loukoum

Les perfusés au seum – qui ne veulent décidément pas crever en silence – diront « ouais Dramane, c’est ta catégorie fourre-tout enculé, pourquoi t’essaie de lui donner un nom mystérieux ». Je leur réponds « Y a que vos mères que je fourre ».

La mouvance loukoum, en gros, ce sont les autres. Ceux qui ne font pas les anciens avec des textes à rallonge mais qui ne font pas non plus les artistes made in 2035. En fait, ce sont les bons musiciens qui te font plaisir sans se/te prendre la tête.

Je pense direct à deux noms : Triplego et Le Club.

Le Club pour commencer est un duo du Haut-Montreuil. Un peu comme pour Big Budha Cheez, Tayz et La Kanaï sont des amis d’enfance qui ont décidé un beau jour de se mettre au rap. S’il est vrai que les deux rappeurs ne sont pas forcément les lyricistes les plus talentueux de la ville, ils arrivent à créer une ambiance légère et dansante.

En fait le Club, c’est presqu’un style musical particulier : on pourrait parler de pop-rap. Bref, si vous cherchez des hits dansants et sympa, Le Club est votre groupe.

Liste exhaustive des morceaux que je vous conseille :

Pour finir vient Triplego. Peut-être le groupe au plus gros potentiel.

Duo composé du rappeur Sanguee et du beatmaker Momo Spazz, Triplego est souvent comparé à PNL et la même phrase revient toujours quand on fait des recherches sur eux : « c’est le groupe français qui faisait du rap vaporeux avant PNL ».

Alors oui peut être. Mais je pense que Triplego a le potentiel nécessaire pour se détacher de cette image et de s’aventurer dans de nouvelles sonorités qui feront d’eux une pointure du paysage du rap français dans les années à venir. Contrairement à ce que beaucoup de gens pourront dire, c’est un groupe qui n’est pas encore arrivé à maturité et qui a encore un bel avenir devant lui.

 

Enfin, il y a encore plein de rappeurs sur lesquels je pourrais pénave (Soklak, Le Seum, Paco, Joyce Cheick, Nusky, Great Teacher Issaba pour ne citer qu’eux) mais on finirait par s’y perdre. Mais j’espère au moins que le message est passé finalement : Montreuil c’est ville bien michto narvalo.

 

Review FR de Septembre : Crâne, clochard et dollars…

A lire en écoutant notre playlist.

Les feuilles rougissent, le mercure retombe et l’OL renoue avec le goût de la défaite. Pas de doute les premiers jours d’automne marquent la fin de l’été, et avec, le crépuscule d’un mois de Septembre prolifique en termes de sorties. J’ai donc décidé de revenir sur trois albums de rap français qui m’ont marqué sur le dernier mois qui vient de s’écouler.

 

Polaroïd Expérience – Youssoupha

Le front le plus connu du rap français était de retour après 3 ans d’absence avec son 5e album : Polaroïd Expérience.

J’entends souvent les gens cracher sur Youssoupha. Faut dire que ce fils de crâne divise pas mal les amateurs de rap. Moi personnellement, c’est mon petit chouchou. Après m’avoir bercé au collège avec du Menace de mort ou du Espérance de vie, le lyriciste de bantou m’avait laissé avec un très bon album en 2015 : NGRTD (Or). Je l’attendais donc au tournant. Et finalement, ma conclusion après ma première écoute de Polaroïd Expérience était simple : album de merde.

Je suis donc d’abord très déçu par cet album. Je trouve que Youssoupha innove très peu et ne prend pas de risque avec ce projet. Il reste dans sa zone de confort et nous fait un remix de ce qu’on a déjà vu chez lui et de sujets qu’il a déjà traité par le passé (sa relation avec sa descendance, sa peur de la mort et de la vieillesse, le tout saupoudré de quelques critiques sociales…).

De manière générale, je ne suis vraiment pas fan des albums longs mais c’est vrai que faire des albums à rallonge laisse le droit à l’erreur. Là, je trouve que projet s’essouffle très vite (une première partie bien mieux que la seconde) et fatalement nous laisse sur notre faim lorsque les dernières notes résonnent.

Mais bien évidemment comme avec à peu près 99,99% des albums que j’écoute, mon avis a changé au fil du temps. En fait si je n’aime pas cet album, ce n’est pas parce Youssoupha nous a produit un album moins bon qu’avant, ou qu’il s’est enfermé dans une zone de confort. Non, c’est juste que moi qui ai changé depuis l’époque de NGRTD. Et je pense que de nombreuses personnes partagent mon sentiment.

J’ai tort de dire que Youssoupha n’a pas ou peu osé sur ce nouvel album. Je n’aime plus les mêmes choses qu’avant et ce n’est pas à lui de s’adapter à mes goûts. Il est normal pour lui de ne pas faire ce qu’il ne sait pas faire. Cet album finalement pour moi se résume en une seule phase :

« J’peux pas rapper comme Niska ou me saper comme S.Pri Noir, poto »

Devenir Vieux

Et ce vieux con a bien raison. Finalement en assumant son décalage avec la nouvelle époque Youssoupha fait un pari sacrément couillu en réalité. Mais surtout un pari très cohérent avec le personnage et les thèmes de son album : nostalgie et incertitudes face à l’avenir.

Le Kou de Keur : Polaroïd Expérience

Le premier morceau de l’album au titre est une vraie réussite. Un délicieux rythme de batterie jazz accompagne un texte mené par une belle plume.

 

Une main lave l’autre – Alpha Wann

Je crois quand même avoir passé une bonne dizaines de minutes à me demander ce que ce proverbe voulait dire avant d’avouer ma défaite à Google. De toute manière, j’ai toujours eu des soucis avec les proverbes imagés depuis que mon père m’a dit que “Celui qui avale une noix de coco fait confiance à son anus”. Mais je perds…

Tout l’monde, dès qu’il a un peu d’argent, il la place. […] Alors que si la vie s’rait facile ? Mais les gens dépenseraient, les gens s’amuseraient, au quotidien, mon frère. Et l’argent circulerait. Puisque une main lave l’autre, mon frère. Et oui, moi, on me donne, je donne, tu comprends c’que j’veux dire ? Effectivement, si on me donne rien, je vais rien donner hein

Ainsi débute STUPÉFIANT ET NOIR, extrait de l’album sorti quelques mois plus tôt. Je ne sais toujours pas quel visage mettre sur cette de voix appelant à mon esprit si ce n’est le masque d’un semblant de JoeyStarr sdf. Mais ce narrateur improvisé explique bien le titre de l’album : un service en rend un autre.

Mais l’album dans tout ça ? Et bien justement, c’est un album qui va te faire cogiter. Pas en t’envoyant de la philosophie à deux balles au visage mais par la façon dont Alpha Wann joue avec les mots. Tout au long de l’album le rappeur parisien jonglera entre nombreuses figures de styles : métaphores filées, assonances et allitérations (tout au long de l’album), anaphores (CA VA ENSEMBLE) et espèce de chiasme (excellente dernière phase du morceau LE PIEGE).

Bref l’album est est très bon. Alpha Wann allie fond et forme. Tandis que ce con te caresse l’oreille avec une excellente plume épousant une belle maîtrise de notre langue, Alpha Wann traite un éventail impressionnant de sujets pour un seul album et n’hésite pas à nous raconter sa vie au milieu de son album.

Le Kou de Keur : LUMIÈRE DANS LE NOIR ft. Doums

« Écoute celle-là, tu vas voir, tu vas tomber, celle-là, elle est superbe. Si c’est toi mon frère. Tu vas voir, après tu vas, tu vas kiffer la musique »

Que dire de plus ?

 

J.O.$. – Josman

Sans doute mon album préféré depuis Imany en termes de rap français. Et il est très fort probable que je vous ai déjà cassé les couilles avec.

Honnêtement, en valeur absolue, je pense que J.O.$. est sûrement moins bon que plusieurs albums sortis sur la même période (à commencer par UMLA traité ci-dessus ou même le très bon VII de monsieur Koba LaDéroute de Lyon au parc). Pourtant ce con de Josman a bien su me faire kiffer. Tu comprends plus ? Top.

La plume légère et des mots lourds, des instrus travaillées et qui épousent parfaitement un flow sans pareil… J’ai pris ma pillule, Josman est venu faire l’amour à mes oreilles.

En fait y’a pas à chercher mehdi à quatorze heures Josman et son acolyte Easy Dew ont une recette qui marche : des prods originales pleines de breaks qui sont parfaitement exploitées par la technique du rappeur originaire de Vierzon. Petit focus sur le début de Loto (morceau qui m’a fait découvrir Josman) qui, je trouve, peint parfaitement ce que j’essaie de décrire.

Focus : Loto

  • Le morceau commence par une seule petite note (un do# si tu veux tout savoir) que tu entendras tout au long du morceau (00:13). Une espèce d’alarme qui donne un caractère angoissant au son.
  • Une basse se superpose à cette note qui par sa mélodie dénote du caractère monotone procuré par le do# et donne du relief à l’introduction (00:13). Pourtant, le fait que cette mélodie soit celle d’une basse laisse la première note au premier plan : la basse vient plutôt porter la note. Cette basse se tait ensuite sur le dernier temps de la mesure pour laisser entrer Josman. Ce jeu entre le silence et la voix de Josman reviendra tout au long du morceau et je crois que c’est ça qui me fait vraiment kiffer.
  • Au bout de quelques secondes (00:25), Josman ajoute donc sa voix avec un effet assez matrixant. Une espèce de reverb. Et je ne sais pas si c’est dans ma tête ou pas, mais petit à petit j’ai l’impression que l’effet de la reverb augmente petit à petit jusqu’au moment où les drums montrent leur sale gueule. Le morceau part (00:38).
  • Et là tout au long du morceau, c’est ce dont je parlais plus haut : des breaks qui arrivent au bon moment pour marquer la technique de Josman. Plein de phases rythmées par des consonnes qui tombent sur des silences (écoute la phase à 00:53 pour voir ce dont je parle).

Le flow épouse parfaitement l’instru ou l’inverse. Bref, Loto un excellent morceau.

Toutefois, bien sûr l’album de Josman est loin d’être parfait. On fait très vite le tour de thèmes trop répétitifs et déjà (mieux) traités par d’autres rappeurs. En outre, même s’il n’est pas lassant, l’album souffre surtout de sa longueur je pense : certains morceaux auraient pu ne pas figurer sur l’album.

Bref, top sur la forme et une belle marge de progression sur le fond : je suis pressé de voir la suite.

Le Kou de Keur : La Plaie

Un super morceau pour finir un super album.

 

Bises et doigts.

C’était le Street Fest…

Bordel ! C’était enfin le Street Fest ! Ça faisait plus d’un an et demi qu’E&B travaillait sur ce projet. Pis, 2As, 3As et vieux… Tout le monde s’est donné à fond pour faire des Vendredi 18 Mai et Samedi 19 Mai derniers des jours inoubliables !

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Tout a commencé Vendredi soir à la 33 tour. Le tremplin vous a permis de voir les artistes de demain. Tous ceux qui étaient là pourront dire « moi j’étais là au début » quand ces gars-là (Dos Punto vainqueurs du concours) taperont des millions de vues sur Youtube. Il y avait des artistes talentueux, une foule en délire portée par Aghilas et PE askip. Il ne fallait absolument pas manquer ce début de SF ! (cc moi).

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Vova

Le lendemain, le rendez-vous était à Cergy Saint-Christophe. Tous les babouins étaient là pour accueillir les badauds et autres visiteurs s’étant spécialement déplacés pour le SF. Maître kébabier Ludo distribuait hot-dog sur hot-dog. Caceres courait dans tous les sens pour trouver des casques pour les gamins. Seydou prenait la pause pour son compte Insta. Tout le monde était au top.

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Céline en jaune. C’est ironique ça

Des jeunes, des vieux, des enfants… Il y avait de tout ! Les gens accouraient. Par exemple, en distribuant des flyers avec Aziz, on est tombé sur un gamin qui jouait au basket avec ses potes. En entendant le simple mot de Street Fest, il a abandonné ses copains sans se retourner et s’est mis à courir vers le skate park !

Bref, tout s’est mieux passé que dans nos rêves les plus fous.

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On dirait la version LGBT de la marque maudite

 

Bon, maintenant, vu que ce premier SF était visiblement un véritable succès, on peut déjà anticiper la suite et penser à l’édition 2019 du SF. Et pour cette prochaine édition, il y a plein de trucs qu’on ne veut plus revoir. Voici donc un top 10 des choses qu’on ne veut pas revoir au prochain Street Fest.

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1-   Des idées reçues sur les danseurs

« Les blancs ne savent pas danser ». Viens au Street Fest renoi, tu passeras ta journée à te remettre en question.

2-   Des enfants filous

« Bonjour, une crêpe s’il vous plaît », dit la jeune Lucie, une pièce de 5 centimes à la main. La petite, dans le plus grand des calmes nous tend une pièce rouge pour avoir une crêpe au Nutella préparée avec amour ??

3-   Des réfugiés

« Salut ! Je suis spécialement venue de Rouen pour pouvoir assister au SF ! », nous dit Sarah.

C’est la merde à ce point-là Rouen zebi ?

4-   Des stars ignorées

On ne réussit qu’à avoir un seul mec connu au SF. Un seul ! Et vous vous le boycottez comme un cours de Géfi.

Si y a bien un mec à ne pas ignorer c’est Wojtek. On verra comment il parlera de vos daronnes au prochain RC.

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Dernière fois que tu le voyais sourire mon pote

5-   Amine sous ramadan

J’en ai vu des trucs moches dans ma vie. Mais tant de misère dans un regard, ça dépasse de l’entendement…

(Moi je pétais la forme wolah)

6-   Aghilas le musulman du dimanche

« Dramane tu veux des popcorns ? Ah bah non mdr ! », « Aziz tu veux de l’eau ? Ah bah non mdr ! », « Amine tu veux d’autres hlel ? Ah bah non mdr ».

On se retrouve le 15 juin mon pote.

7-   Onaïssa

Quel genre d’individu n’aime pas le KFC ptn ?

8-   P-E sobre

« JFSJL EZJKQSOCEZN SDKOCI COSDCNS ZQOESDCNZQOE DCEON MOTOOOOOO !!! »

Ouais mon pote, de ouf.

C’est comme ça qu’on t’aime.

9-   Dino qui fait du basket

« Blablabla je suis le meilleur au basket blablabla »

*Vise le panier. Couche un petit.*

10-  Des gens qui doutent du sérieux d’E&B

Organise un truc qui marche mieux que le Street Fest puis tu pourras pénave.

 

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Merci à tous ceux qui sont venus.

Merci au buro, merci aux vieux qui ont fait le taf.

Bravo à tous,

À l’année prochaine !

Mafé, bissap et Rap Game

Je sais ce que vous allez dire : « Ouais Dramane tu te branles, tu parles que de l’Afrique, blablabla » ? Bah oue. C’est mon continent j’en parle, logique.

De plus en plus, j’ai l’impression que les gens s’intéressent aux rappeurs étrangers. Il y a encore peu de temps, mes playlists et celles de tout mon entourage étaient saturées de rap Français ou US. Mais rares étaient ceux qui s’aventuraient en terrain plus inconnu. Aujourd’hui, entre l’invasion des Belges, l’apparition des Québécois, l’étonnant rap italien, le rap marocain dont nous vous parlerons prochainement et même du putain de rap Allemand, on voit bien que le genre a dépassé les frontières.

Même les allemands gros…

Du coup avant l’émergence du Rap chinois, il ne restait qu’un seul absent : le rap noir africain. Et au Mali, le rap a eu une évolution assez particulière. En fait, tout commence à la fin des années 80. En effet, le Rap vient de connaître son âge d’or aux Etats-Unis et beaucoup de jeunes maliens notamment de Bamako sont attirés par le genre. En effet, voir autant d’artistes (pour la plupart noirs) réussir et collectionnant femmes et voitures, ne peut que susciter l’envie chez les jeunes de la capitale. Ainsi, à la fin des années 90, le Rap malien est né.

C’est d’abord assez laborieux. Le rap malien commence avec des artistes qui forcent tellement le trait que l’on tend vers une satire involontaire : instrus à peine différenciables d’un son à un autre, clip avec des vieux 4×4 tout sales, des effets que ton petit frère pourrait faire sur Windows Movie Maker… Bref, rien de glorieux. Néanmoins, l’envie y est et l’engouement est au rendez-vous. Les jeunes de la capitale se déchirent des disques gravés d’artistes tels que Tata Pound.

Les vrais Tontons du Bled

Ces artistes racontent leur quotidien de Malien. La vie difficile, insipide et monotone dans le pays. Tous au fond aspirent à du changement et à de nouveaux horizons. Ainsi, il y a une forte inspiration américaine et française : les rappeurs plutôt que d’être chauvins parlent de la manière dont ils vont niquer des mères à New York ou Miami.

En réalité, le rap malien dans les années 2000 rentre en opposition totale avec les mœurs dominantes. Les responsables religieux, gouvernements et anciens marqués par la tradition sont agacés par cette nouvelle tendance qui vient remettre en cause le statu quo.

Appel à l’insoumission, à la vie décadente, préférence pour l’occident plutôt que la nation… Les rappeurs maliens dans les années 2000 n’inspirent pas confiance aux générations les plus âgées.

Ainsi, quand le Coup d’État de 2012 éclate au Mali, les jeunes sont aussi tenus pour responsables. « De toute manières ces fainéants de jeunes ne savent rien faire d’autre que boire du thé et écouter des bêtises. Ils n’iront jamais se battre pour leur patrie » nous disait le daron. Du coup, c’est un changement radical qui s’opère. Les rappeurs maliens décident de rentrer dans le droit chemin : plus d’appel à la drogue, à l’alcool et à la violence. « Moi, je ne bois pas, je ne fume pas, je ne me drogue pas. Je suis un fervent croyant » affirmait par exemple Iba One. Certains rejoignent des Supergroups maliens pour produire des sons appelant à l’unité nationale. Bref, la guerre rend tout le monde mignon. Le rap commence à être bien vu.

Du patriotisme, de la foi religieuse… tout ce que les anciens aiment

Bien évidemment, le rap malien ne devient pas tout mielleux pour autant. « Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ? ». Les rappeurs restent tout de même critiques à l’égard d’une société hautement corrompue et peu encline au progrès.

La véritable révolution qui fait plaisir à tout le monde, c’est le retour aux sources. C’est-à-dire, un rap qui est fier de sa nationalité. Un véritable rap malien et non plus une médiocre copie de ce qui se passe aux U.S. On retrouve donc maintenant des instrus habillées de Kora et de Balafon, du chauvinisme dans les paroles et la volonté de créer un nouveau genre hybride croisant parfaitement le rap aux origines américaines et la musique traditionnelle malienne.

Finalement, le très récent album de Young Pô me semble être représentatif de cet aboutissement du rap malien. Un rap qui est fier de ses origines, qui dépasse le clivage du politiquement correct ou incorrect pour faire passer un message authentique, qui mérite tout à fait sa place aux côtés de pointures internationales… Mais surtout, qui loin de rejeter son héritage, le porte, l’absorbe et le renouvelle.

Extrait de Tchalé

Je conclurai donc avec les belles paroles de l’exemple typique du dépassement des frontières, Sidiki Diabaté : « Au Mali, la musique ressemble au fleuve Niger. Immuable avec ses éternels piroguiers. Dont jamais la source ne tarit, quels que soient les aléas du temps. »

Un foot populaire dans tous les sens du terme ?

« Gros, viens on va voir jouer le PFC ! ». Caceres m’avait déjà fait des propositions plus alléchantes que cette idée surprenante. Aller voir un match de ligue 2 c’était une expérience que je n’avais encore jamais vécue. Et pourquoi d’ailleurs ? Ca reste du foot et j’adore le foot. Mais surtout, j’avais déjà été voir des matchs qui n’avait rien à envier à la ligue 1 de l’ESSEC. Alors pourquoi pas ?

En fait, quand j’étais petit j’avais moi-même passé les détections pour le PFC (le Paris Football Club pour les non-connaisseurs), c’était juste à côté de chez moi. J’avais donc l’impression qu’en allant supporter le PFC, plutôt que de trahir l’Olympique Lyonnais de mon cœur, j’allais en réalité supporter la maison.

Le fait est qu’en réalité, j’avais complètement raison.

A peine arrivés au stade avec Pierre et Charles, ce qui me marque le plus c’est le prix de l’entrée : 5 euros. Et pourtant une fois entré dans le stade je suis choqué par le vide dans les tribunes. En effet, il faut savoir que le PFC est un petit nouveau en ligue 2 et que l’affluence dans le stade du club est donc la plus faible du championnat.

D’un autre côté, quel genre de galérien pourrait supporter le PFC quand tu as l’ogre du PSG qui va taper des quarts de finale de ligue des champions à côté ? Et bien tâchons de répondre à cette question.

Il est d’abord très intéressant d’analyser l’évolution du football depuis les cinquante dernières années. Le premier connard viendra te dire qu’aujourd’hui le foot est pourri par l’argent. Ce n’est pas complètement faux, mais je crains que la réalité ne soit plus subtile. En fait, le football a étonnamment épousé les évolutions du capitalisme sur cette période. D’un sport en tant que loisir national, nous sommes passés à une logique mondialisée. Comme dans la mondialisation actuelle, les pays échangent de plus en plus d’un championnat à l’autre, les équipes tâchent d’attirer les investisseurs et les talents étrangers, les pays émergents attirent les joueurs avec des offres tendant vers une concurrence déloyale, les pays du tiers monde souffrent d’une fuite des talents… Bref, les points de comparaison sont nombreux et ce n’est pas exactement l’objet de cet article, donc avançons.

Ce qu’il est important de dire maintenant, c’est que bien que ça ne me déplairait pas, il ne s’agit pas ici de faire le marxiste de base. En effet, supporter parisien ou non, on a tous été bien contents quand on a vu qu’un joueur de la trempe de Neymar rejoignait l’élite française. Il est donc évident que le football actuel est plein d’avantages pour nous autres supporters mais aussi pour les joueurs.

Il y a donc aujourd’hui, comme des gagnants de la mondialisation, des clubs gagnants du « foot business ». Le PSG, en ligue 1, est l’archétype même de cet idéal type. Et c’est là que l’on comprend maintenant l’importance que peut jouer le PFC dans le bassin parisien.

L’identité du club est à 100% parisienne, son idéologie est de puiser son effectif dans le centre de formation, ce dernier étant quasiment exclusivement constitué de jeunes parisiens. Ce sont des jeunes de Paris et de sa banlieue comme je l’ai été autrefois qui grandissent dans le club pour pouvoir un jour jouer sous ses couleurs. Alors pour continuer la comparaison, le PFC c’est un peu le résultat du made in France à la Montebourg. Le PFC c’est le bon produit du terroir.

Toutefois, paradoxalement, le Paris Football Club est un club qui n’a pas encore d’identité. Du moins, cette dernière est en pleine construction. Mais pour ce faire, il faut une base solide de soutiens. Moi-même j’ai pu enfin dire avec fierté, « Allez Paris ! ». Alors bande de footix parisiens, allez donner une chance à ce club prometteur. Pour le prix d’un grec, on te donne l’opportunité d’aller voir le vrai foot populaire. Tâchons maintenant de le rendre populaire.

Nwaar Désir

La mâchoire de Mustapha embrassait le bitume, son corps gisait le sol. Souleymane n’en avait rien à faire. Il abandonnait son ami sans regret : ce con l’avait bien mérité. « Bounty » lui avait dit Mustapha. Tu m’étonnes que Souleymane ait dû lui péter la gueule.

Pour Souleymane, « Bounty » était l’insulte ultime. Cela voulait dire que c’était un noir qui ne s’assumait pas. Un noir qui voulait être blanc. Un noir à l’extérieur mais blanc à l’intérieur. Un « bounty » quoi. Quel genre de con n’était pas fier de sa couleur, pas fier de sa culture. Lui Souleymane il était fier de toute l’influence que l’Afrique noire avait sur la culture urbaine. Il était fier de… de… Bah oui, il était fier de quoi au juste Souleymane ? Souleymane se mit à phaser : où était la culture noire-africaine dans la culture urbaine ?

« Zebi », « Starfoullah », « Inch’allah », « sah », « hmal »… Ces islamo-terroristes du Maghreb avait bien réussi leur coup eux. Dès que tu parlais, ta grammaire se faisait coloniser par le palabre beur. Mais qui disait « Batara Den », « Mboté » ou « Nangadef » si ce n’est Souleymane, sa famille ou ses autres amis noirs ? Même les putains de gitans avaient réussi à braquer la langue de Molière à coup de « bédave », « nachave », « pillave » ou « poucave ».

La langue de la rue n’était pas noire. Le style vestimentaire de la rue n’était pas noir (que les zaïrois gardent leur sapologie pour eux). Le Street Art n’était pas noir.

Souleymane déprimait. Il était fier d’être noir mais est-ce que la rue était fière d’être noire ? Il mit donc ses écouteurs et écouta un peu de musique pour se changer les idées. Un peu de Kery James, un peu de Youssoupha, un peu de Dosseh, un peu de MHD. Il n’aimait pas toujours ce qu’il écoutait, mais ces artistes le chatouillaient quelque part. Mais oui bordel ! La musique ! « Bah oui mon gars, la musique de la rue, crois-moi qu’elle a du noir » se dit Souleymane. Mais le plus intéressant c’était de voir son évolution.

Tout avait commencé vers la fin des années 90. Le rap avait pénétré l’hexagone. Dans les banlieues comme dans les grandes villes de plus en plus de jeunes écoutaient du rap. C’est à ce même moment que les premières revendications noires apparurent dans la musique. Par revendication j’entends surtout un message de fierté d’appartenance au continent noir. En mon sens, Kery James est un des pionniers de ce qui a été fait en la matière. La Mafia K’1 Fry est un exemple typique : il y avait des noirs qui exprimaient leur fierté d’être noir. Mais ce n’est que la première étape d’un processus à trois vitesses. A ce moment, malgré leurs revendications, ces artistes noirs parlaient en Français, sur des beats occidentaux et en faisant des danses davantage américaines qu’africaines.

Par la suite, le phénomène se développe. On est dans les années 2000. Qu’un artiste noir témoigne sa fierté d’appartenir au continent africain devient quasiment un lieu commun. Toutefois une chose a changé depuis les années 90. Les artistes font directement référence à des éléments de la culture africaine. Ils ne passent plus systématiquement par le prisme de la langue ou la culture française pour communiquer leur message. Ainsi, il n’est pas rare de voir des rappeurs lâcher des punchlines en wolof ou en lingala. Dans le grand tube de 2010 (rires) Wati by Night, on entendra Maître Gims dire un petit « Mboté ma chérie ». Plus encore nous pouvons citer Youssoupha dans son morceau A force de le dire (2008).

À force d’avoir mon dialecte qui balance
En argot et en français sont mes lettres mais j’oublie pas ma langue
Baninga bo lela té, Soki lelo na yé té
Muana a bosanaka nzela mboka na yé té
(Ne pleurez pas les amis
Si aujourd’hui je ne suis pas venu,
L’enfant n’oublie jamais d’où il vient.)

 C’est aussi à cette même époque que la danse africaine se popularise de plus en plus et commence à marquer la culture urbaine. Juste après la mort de la tecktonik vous avez tous forcement vu un des zoulous de votre école se déhancher sur du logobi.

C’est donc ça la deuxième étape : ce n’est plus seulement le fond qui se porte sur l’Afrique mais aussi la forme désormais.

Le logobi, ou le tournant de nombreux lascars qui ont troqué leur survêt pour sapes et teintures fluos

Souleymane arrive chez lui. Il est tout content maintenant. Il voit où on en est arrivé. L’Afro-Trap est l’exemple typique de la troisième étape. Maintenant c’est le beat même qui est africain. C’est là qu’on voit le paroxysme de l’influence de l’Afrique sur la culture urbaine.

On retrouve mêmes des titres de chansons en bambara. Il n’y a plus vraiment de message explicite de fierté d’appartenance au continent africain ; o<n arrive à un point où le message devient implicite. Plus encore, plutôt que d’avoir des artistes africains qui s’inspirent des artistes européens comme ça a longtemps été le cas dans le cadre de la musique de type urbaine, c’est maintenant l’inverse qui se produit. On peut notamment penser à Booba « plagiant » Sidiki Diabaté pour Validée.

Le son qui a inspiré Validée de Booba

La troisième étape aboutit donc à un triptyque Musique – Parole – Danse marqué par l’Afrique. Souleymane est heureux, il savait de quoi il était fier. Mais tout à coup son téléphone sonne : c’est la police. Souleymane a le seum : « Zebi, ce hmal de Mustapha m’a poucave ».

Les chroniques lyriquement urbaines de Papa Noël

Le flocon de neige danse au crépuscule de 2017,
Une année qui musicalement fut si belle.
Pour rendre hommage à nos poètes urbains en ce jour de fête,
Quoi de mieux qu’un joli conte de noël ?

Le gros monsieur au manteau rouge était en plein préparatifs de sa tournée annuelle, Quelle tâche difficile que de faire passer à tout le monde un joyeux noël !
Il s’était donc déjà servi plusieurs verres pour se donner du courage.
Plus très lucide, il mit du pilon dans les paquets des enfants pas sages.

Un elfe l’appela sur son téléphone : « Où es-tu père noël ? On a besoin du traîneau »
Papa Noël lui répondit : « Posé je suis sous Jack dans mon bendo ».
Il raccrocha puis se mit en route en emportant avec lui les paquets,
Mais stupeur ! Le traîneau avait été volé !

Papa noël rappela l’elfe : « J’ai plus de gova faut que tu me prennes ! »
L’elfe lui répondit : « Je ne peux pas, mec on est trois dans la BM ».
Le père noël ne pouvait pas gâcher ce noël, il avait toujours eu de la chance.
Il marmonna tout seul : « J’ai pas connu la défaite depuis mon existence ».

Les idées embrouillées par l’alcool, il alla donc carjacker une autre vago,
Mais la police du Nord le surprit, père noël était fichu : il était au volant d’une voiture volé !
Papa Noël tenta de s’expliquer : « Comme y’avait pas de porte ouverte, j’ai pété le carreau »
Le policier lui répondit « Miskine, ce n’était même pas pour la voiture qu’on te cherchait »

Arrivé au tribunal, la juge voulait que le Père Noël se mette à table,
Il avait mis de la résine dans des cadeaux, c’était inacceptable !
Accusé il se lève : « Si je meurs mon œuvre plaidera coupable !
Vous n’allez pas me soûler pour deux – trois barrettes dans un cartable »

En réalité, dans cette histoire, le plus dérangeant
C’est que ce crime, le père noël ne l’avait même pas fait exprès.
Faut dire qu’il avait la bicrave dans l’sang
Mais ça, jamais la juge ne le comprendrait.

Quand cette dernière l’interrogea, il répondit « Ounga, ounga, ounga, ounga,
Tes histoires font mal au crâne, si tu veux en savoir plus appelle mon avocat ».
A l’arrivée de ce dernier, tout était gagné, le père noël était sain et sauf,
Fallait dire que son avocat était juif, Mazel tov.

Toutefois si Papa Noël était libre, la tournée avait pris du retard !
Les elfes s’inquiétaient : « On n’a pas de traîneau, on ne pourra pas voler dans le ciel! »
Le père Noël les rassura : « Je sais voler ! Après tout je suis une star.
En effet, dans le vide je respire à peine, mais le succès m’a donné des ailes ! »

Les elfes se réjouirent : « Grâce à ce pouvoir, le monde est à nous, le monde est à toi et moi ! ».
La mission serait comme chaque année un succès, le père noël s’envola avec ses camarades.
L’elfe en tête de cortège lui dit : « On n’a pas de GPS, donc l’itinéraire, dis-le moi ! ».
Le Père Noël sourit, tout le monde allait passer un joyeux noël : « Oui, on fait Alger, Paris, Bagdad ».

C’est ainsi que le père noël mit un peu de magie (et de shit) dans nos fêtes de Noël.
Mais cette histoire ne saurait se contenter d’être belle,
En effet, comme tout conte, ce récit a une morale pour les jeunes pousses :
« Mon ami, il faut bien t’entourer si tu n’as pas de klawi juice ».


Joyeux noël et merci à 2017 d’avoir été un si bon millésime en rap français.