Les 10 artistes Hip-Hop / R&B de Toronto à connaitre

Entre Drake, The Weeknd et les Raptors, Toronto est sur le toit du monde. Malheureusement, comme moi t’es un chômeur invétéré et t’as pas les moyens d’y aller toi même ?

Pas Grave, branche ta meilleur enceinte portable, le Y-grec t’emmène visiter la ville la plus sucrée du Rap jeu.

La scène Hip-hop / R&b à Toronto

Avant 2010, peu d’artistes en dehors de Kardinal Offishal et d’autres rappeurs d’origine jamaïcaine sortent du lot. Mais plus que l’absence de véritables succès commerciaux, c’est l’absence d’une véritable identité sonore qui est marquante. Mais parallèlement à l’émergence des deux artistes emblématiques de Toronto Drake et The Weeknd, cette identité singulière se crée et Toronto devient une des villes les plus prolifiques de la scène rap et r&b mondiale. Mélodieux, croisé à des beats fortement électroniques, voix largement autotunées, le style de Toronto se développe et se veut à la fois sombre, maussade, et hautement sensuel, hybride entre trap et r&b. Ce style chanté sous perfusion d’autotune a largement inspiré le rap mainstream à l’international. En France ça se ressent particulièrement chez Hamza comme on peut le voir sur son feat El Dorado avec Ramriddlz, artiste sucré originaire de Toronto.

Sucre, Sucre, Sucre

Sous l’influence des deux principaux labels de la ville OVO Sounds et XO Records fondés respectivement par Drake et The Weeknd, une multitude de talents émergent.

Les précurseurs

Partynextdoor

Le pionnier de ce son si singulier à Toronto, c’est de loin Partynextdoor, un des premiers avec Drake à incorporer un style mi rapé/mi chanté à des instrus trap au ralenti. C’est assez fascinant de se rendre compte que ses sons de 2013 pourraient tout à fait sortir en 2019. Un des papas du renouveau trap de Toronto, il est cité par énormément d’artistes rap / r&b d’aujourd’hui comme une de leurs principales influences, et en particulier à Toronto, notamment Drake avec qui il a multiplié les collaborations.

Le son de Toronto en un morceau

Majid Jordan

Evoluant un peu plus dans l’ombre, le duo formé par le chanteur Majid Al Maskaty et le producteur Jordan Ullman s’est fait connaitre en travaillant pour Drake. Leur premier morceau produit professionnellement, c’est tout simplement Just Hold On We Going Home sur lequel on peut entendre la voix de Majid.

« Ils commencaient à travailler sur Nothing Was The Same en 2013, ils nous ont mis dans un studio, c’était comme dans un camp, il y avait des tentes, il y avait des gens qui venaient. Il y avait littéralement des tentes dans le studio, des gens campaient, c’était dingue. On produisait des instrus depuis plusieurs mois et on en est arrivé à faire Hold On We’re Going Home. J’ai écrit des mots sur une instru produite par Paul Jeffries, un gars très talentueux qui a aussi produit Hotline Bling, et c’était un peu r&b. Jordan a entendu l’idée, a kiffé la mélodie et les mots et je me disais qu’on pouvait un peu accélérer l’instru donc on l’a fait et on l’a mis sur une clé USB pour la donner à Drake. Le lendemain il nous a dit qu’il aimait la chanson. Et 40 [ndlr producteur de Drake] a levé ses mains en l’air et a dit ‘On l’a! On a le single! »  

Majid

Leur style est à la croisée du r&b, de la pop et de la musique électronique, et n’est pas sans rappeler un autre producteur canadien, un certain Kaytranada. Ici, pas de bitches ou d’ostentation de liasse de bifton, mais plutôt des histoires d’amour compliquées et des cœurs brisés (joue pas le bonhomme et laisse toi aller bb).

Leur dernier clip en feat avec Khalid, d’une douceur sans égale <3


Les valeurs sûres

Nav

Plus besoin de le présenter, Nav a fait son trou. Après des débuts comme producteur pour Beyonce, Jay-Z ou Drake, un feat avec Travis Scott suffit pour faire décoller sa carrière d’interprète bien au-delà de Toronto. Projet après projet, la recette semble rester identique : NAV, blasé par la fame, sur des instrus sombres, un poil déprimé, une autotune à la limite de la saturation, le tout dans une ambiance codéinée où l’on côtoie Strip Club et égotrip. Bien qu’il reste dans l’ombre de The Weeknd au sein de XO ou de ses feat comme sur ses deux derniers singles Tap et Price on My Head, la recette n’en demeure pas moins efficace et caractéristique du style de Toronto. Tu peux aller t’ambiancer sur son dernier album Bad Habits sans aucune crainte.

Ici en collaboration avec Metro Boomin, askip « [His] life was better when [he] didn’t have shit »

Tory Lanez

Autoproclamé plus belle voix du game, quelques concerts qui n’atteignent pas les 25 minutes, Tory Lanez  n’en reste pas moins une valeur sûre des bangers aux arrières goûts sucrés. Il défini son style comme « swavey » : en quelques mots, c’est pas claire. Pas les instrus les plus sombres, mais un combo Trap/R&B ultra efficace qui l’inscrit dans cette même lignée de Toronto qui semble avoir inspiré Hamza. Fun Fact : il a fait un remix de Djadja, et c’est lourd.

Trop swavey en feat avec T-Pain, sorti ce vendredi

Daniel Caesar

Le plus soul de tous les artistes évoqués ici. Aux influences gospel de son enfance vient se greffer un son plus r&b et électronique. Son morceau Blessed a été approuvé par nul autre qu’Obama qui l’a inclus dans ses morceaux préférés de 2017. Donc je te demande une seule chose : fais confiance à  l’ex-président le plus frais de sa génération, crame tout ce que le bougre a sorti au plus vite.

Son dernier album sorti en juin est bien trop doux pour le commun des mortels, avec Brandy ou Pharell en featuring

Les étoiles montantes

Roy Woods

Une voix qui se rapproche de The Weeknd, voire de Michael Jackson, qu’il nomme comme deux de ses plus grandes influences avec Partynextdoor, le tout sur des instrus Trap flottantes et minimalistes ( parfois frustrantes par manque de grosses basses pour nous secouer un peu). Il est tantôt tout mignon avec sa gadji sur Love You, tantôt en égotrip sous ecstasy sur Monday To Monday. Signé sur le label de Drake OVO, un des artistes R&B les prometteurs de Toronto.

Son dernier titre sorti le mois dernier

88Glam

Duo composé de 88Camino et Derek Wise, les petits protégés de NAV proposent des productions toujours très soignées comme avec leur premier banger Bali en feat avec ce dernier, et qui résonne toujours dans mes oreilles depuis 2 ans. Signés chez XO, ils sont déjà en train d’exploser bien au delà des frontières du Canada. Des bangers rarement décevants dans une ambiance Trap autotunée des plus sombres, typique du son de Toronto. Leur projet 88glam2.5 est ce qui se fait de meilleur niveau Trap en 2019.

Leur dernier son tout frais, sorti ce vendredi en feat avec lil Keed

Anders

Largement l’artiste le plus sous-côté du groupe à mon goût. Il oscille entre Bangers Trap avec Bad Habits, pur R&b sur Problems, voire Pop sur des titres comme You For You. Il s’approche beaucoup de la vibe « trapsoul » de Bryson tiller. Un des artistes r&b sur lequel il faudra compter dans les prochaines années avec déjà énormément de streams sur spotify, son prochain projet devrait faire du bruit.

Pour fêter le premier anniversaire de la légalisation du cannabis au Canada, Anders a produit le premier morceau à partir du son de l’extraction de la plante avec l’aide de la société Merry Jane. (Je te jure que c’est vrai).

Plaza

Récemment signé chez XO, Plaza propose du r&b très intimiste, entre douceur et violence. La sensualité y rencontre l’ivresse, le tout dans une esthétique nocturne léchée.

A écouter impérativement tard dans la nuit

DVSN

Un duo d’esthète sous l’aile de Drake, composé du chanteur Daniel Daley et du producteur Nineteen85, à l’ambiance R&b langoureuse et romantique assumée, sans tomber dans le cliché du mielleux. Ils semblent nous ramener à l’époque dorée de la soul fin 90’s menée par Maxwell sur des titres comme Mood (ci-dessous) tout en y ajoutant une note légèrement plus électronique qu’on peut retrouver chez Drake comme sur le feat avec Future No Cryin sorti il y a 10 jours.

A garder sous le coude pour la saint valentin


Honorable mentions : Killy, Safe, PremeFrvrfriday, Houdini, Belly, Jazz Cartier

Ces featurings alléchants qui font rayonner le rap français

Maes, Booba, Niska, Ninho, Koba LaD,… Depuis quelques années, l’émergence de nouvelles têtes d’affiches du rap français, mises en avant par certains artistes déjà installés, donne lieu à d’intéressantes connexions entre les rappeurs. PNL et DTF, Niska et Koba, Booba et Damso: ces featurings sont souvent le fruit d’une proximité au sein d’un label ou alors d’une amitié pour deux artistes amenés à se fréquenter souvent. On a eu récemment l’exemple du feat tonitruant entre Niska et Koba LaD, deux rappeurs d’Evry, RR 9.1, qui comptabilise aujourd’hui plus de 60 millions de vues sur Youtube, ou encore de Maman ne le sait pas, entre Ninho et Niska.

Seulement voilà, ces connexions ne sont pas surprenantes, ces artistes se côtoyant énormément et se mentionnant souvent sur les réseaux sociaux. Il est donc intéressant d’évoquer les récentes connexions qui ont eu lieu dans le rap français (même rap francophone car, oui, les belges sont forts…), surprenante et/ou inattendue. Nous allons en garder quelques uns au cours des derniers mois:

  • Vald & SCH – Dernier retrait (prod Seezy) : avant le dévoilement par Vald de la tracklist, rien ne laissait présager une telle collaboration entre ces deux rappeurs. Et quel travail réalisé par ces deux artistes, qui se sont vus trois jours d’affilée en studio. Ce feat est particulièrement bien réalisé avec un choix que l’on ne voit presque jamais : celui d’introduire le featuring à venir sur le morceau précédent, Halloween, où SCH réalise le pont entre le refrain et le deuxième couplet de Vald, sans être mentionné dans les crédits. Une apparition rapide mais magnifiquement bien utilisée, où il a juste le temps de surprendre l’auditeur, et où il se fond au thème de l’album en déclarant, avec une voix démoniaque : « Ce monde est cruel donc je m’attends au pire ». Suit alors le morceau Dernier retrait où Vald et SCH illustrent de deux manières différentes l’idée du braquage: Vald braque l’industrie musicale et décrit cet univers où les rappeurs gagnent des sommes invraisemblables, que Vald compare en quelque sorte à du vol. Cette idée est accentuée par le deuxième couplet de SCH, qui décrit littéralement un braquage de banque. Une réussite exceptionnelle par la créativité et la réflexion poussée au préalable sur le concept du morceau où les deux mettent en scène une course poursuite où ils s’échappent les poches remplies ; le choix de SCH est parfait pour ce type d’ambiance très maléfique, mafioso et Seezy compose une prod impressionnante encore une fois. Un des feat de l’année incontestablement.
  • Nekfeu & Damso – Tricheur (prod Hugz Hefner) : ce feat avait été dévoilé dans le trailer du film qui accompagnait la sortie de l’album de Nekfeu et avait fait beaucoup parler au sein des deux fanbases. Et ce featuring est une réussite totale, pour deux artistes qui se sont réunis en studio à Bruxelles (la séquence disponible dans le film montre comment la connexion s’est faite et en dit beaucoup du processus d’écriture des deux artistes). Un titre dans lequel les rappeurs critiquent le monde de l’industrie musicale, du rap en général et où Nekfeu utilise une voix très mélancolique pour décrire ses soucis de jeunesse. Ces deux rappeurs, connus pour intellectualiser et développer leurs concepts lyricaux, ont réussi à trouver un juste milieu entre morceau profond et très accessible musicalement, avec une mélodie sur le refrain parfaitement bien exécutée.
  • Kekra & Niska – Vréalité (prod Kore) : cette connexion est clairement une surprise, puisque c’est le premier featuring réalisé par Kekra dans sa carrière. Et le choix de Niska pour ce titre était parfait : avec une prod simple mais dure, elle met en avant les artistes qui rappent la rue. Niska utilise sa voix magique sur ce genre de prod, remplie de haine et de violence; Kekra utilise une voix plus planante avec un refrain très cru, le tout pour un titre très terre à terre qui fut le single phare de l’album de Kekra. Une belle collaboration. En espérant que lors de ses prochains featurings, Kekra continue à viser aussi juste sur l’invité.
  • Hamza & Christine and the Queens & Oxmo Puccino – Minuit 13 (prod James Warren, Hamza & Ponko) : ce featuring était clairement l’un des plus risqués et surprenant de cette année, entre trois artistes qui évoluent dans des mondes totalement à part. Il prend sens car très bien utilisé en tant qu’outro de l’album Paradise de Hamza. La belle performance de Christine and the Queens, qui introduit le morceau avant l’arrivée du drop et d’Hamza sur la prod, se fait par la fraîcheur qu’elle apporte à ce morceau d’une tristesse et d’une mélancolie extrême. Cette apport se ressent notamment sur les backs vocaux qu’elle réalise sur le couplet d’Hamza, rajoutant de la tristesse à ses paroles. Et que dire de la performance incroyable d’Hamza : ce morceau est sans doute un de ceux (avec 1994) où il transmet le plus d’émotions sur l’ensemble de sa carrière. Cependant, petit bémol sur ce titre, c’est le choix d’Oxmo Puccino, qui fait guise de narrateur qui vient clôturer cet album par cette outro sur le thème du bien et du mal. Personnellement, je trouve qu’il fait redescendre l’auditeur alors qu’Hamza l’avait emmené tellement loin sur ce morceau. C’est dommage mais comme ce n’est qu’une outro, cela ne gâche pas tout le morceau.
  • Hamza & 13 Block – Clic Clac (prod Ikaz Boi) : quelle mauvaise surprise lors du dévoiement de la tracklist de l’album Paradise en constatant l’absence de 13 Block, alors qu’une photo des 5 artistes avait été diffusée sur Instagram auparavant. Le morceau fut présenté pour la réédition de son album. Tout d’abord quelle prod d’Ikaz Boi, qui pose une ambiance incroyable et matche parfaitement avec la voix d’Hamza. Pour ce morceau 100% egotrip, chaque artiste sevranais est à créditer d’une très belle performance (des changements de flows de Zed et Zefor notamment) au milieux desquels Hamza délivre un refrain sensationnel et se permet une belle référence à Vide : « La gova est jdid, dégaine est jdid ». Un des gros bangers de l’année.

En fouinant sur les réseaux sociaux, on peut maintenant envisager quelques featurings qui pourraient arriver et qui pourraient être une réussite totale. Une fois de plus retenons-en quelques uns :

  • Booba & Green Montana : pour ceux qui ne le connaissent pas, Green Montana est un jeune artiste belge de 26 ans, qui a récemment signé au 92i, qui s’est fait connaître par des deux projets qu’il a sortis en 2018, Orange Métallique et Bleu Métallique. Alors que la connexion avait déjà été mentionnée sur Instagram, Booba a confirmé en interview qu’il serait en featuring sur l’album à venir de Green Montana. La connexion pourrait être très intéressante, en imaginant l’univers très cloud, planant de Green Montana s’associer à la voix rauque et grave du Duc. Coup de coeur sur un morceau de Green que je trouve absolument incroyable : Amsterdam. Hâte de voir le résultat.
  • Dinos & Isha : alors que la sortie de Taciturne, le deuxième album de Dinos, a été annoncée pour le 29 Novembre, une photo a été postée sur Instagram avec les deux artistes réunis. Un feat de prévu ? Peu probable que ce soit sur l’album de Dinos, plutôt à envisager sur le prochain projet d’Isha qui, pour rappel, a déjà participé en 2018 à un magnifique featuring avec Georgio sur le morceau Dans mon élément issu de l’album XX5. Si on le connaît pour sa facilité à transmettre des émotions et donner la chair de poule avec des morceaux bouleversants (Helsinki, Placebo, XNXX), Dinos est avant tout un excellent kickeur : il l’a récemment prouvé avec tellement de facilité sur le morceau Trois p’tites chattes avec Dosseh. Alors à quelle facette de Dinos aura-t-on droit ? On peut imaginer un morceau à la fois rapide, violent et très profond lyricalement. Réponse très vite je l’espère.
  • Alkpote & Roméo Elvis – Jamais : ce feat a été annoncé et sortira vendredi 8 novembre, issu de l’album Monument d’Alkpote. Et si Alkpote a fait nombreuses excellentes collaborations dans le rap français (Freezer Corleone, Vald, Kaaris…), celle ci est clairement une surprise, à laquelle je ne m’attendais absolument pas, avec deux artistes qui évoluent dans des univers musicaux tellement différénts. Autant je suis très excité par le flat avec Kalash Criminel sur ce même album, autant je n’ai aucune idée de ce que celui là va donner. Une chose est sûre, ce morceau a retenu mon attention à l’annonce de la tracklist. Réponse le 8 novembre.

Et maintenant, laissons nous le droit de rêver: quelques featurings qui nous donnent l’eau à la bouche et dont l’évocation simple des deux noms côte à côte nous laissent sans voix.

  • Booba & Vald : durant quelques heures qui ont précédé la révélation de la tracklist de Ce monde est cruel et plus particulièrement du featuring secret mentionné par Vald, il y a eu mouvement de foule sur les réseaux après que Booba ait mentionné Vald dans sa story Instagram, avant de découvrir que l’invité secret était SCH. L’image faisait et fait toujours rêver. Vald et Booba : va-t-on y avoir droit ? La probabilité est faible quand on sait que Booba n’invite généralement que très peu de nouveaux featurings sur ses albums. Mais ne perdons pas espoir, on sait que Booba est une source d’inspiration et une influence très forte pour Vald, donc tout peut arriver…
  • Hamza & Drake : petite parenthèse internationale entre cette fois-ci l’un des artistes les plus écoutés au monde, Drake et le plus américain de tous les rappeurs francophones, Hamza. Quelle belle réponse ce serait à Sofiane qui déclarait : « J’écoute Drake t’écoutes Hamza » (Empire). On sait que Drake est très impressionné par Hamza qui, en plus de passer à la radio de Drake, a fait la première partie de son concert à Bercy en 2018. Une connexion entre ces deux artistes placerait à coup sûr Hamza au devant de la scène (pour peut-être enfin recevoir la reconnaissance qu’il mérite, oui je suis fan d’Hamza) et qui ambiancerait toutes les boîtes et toutes les plages pour les 3 étés à venir…
  • Kaaris & Jok’air : celui-là paraît risqué. Mais s’il est bien exécuté, il peut être splendide. Jok’air, connu pour sa capacité à suspendre le temps et transmettre beaucoup d’émotions avec ses mélodies et sa voix exceptionnelle, pourrait parfaitement se fondre le style cru et violent de Kaaris, qui sait mettre énormément de mélancolie et de fatalité dans ses titres (comme récemment sur Exo Planète) dans un morceau (évidemment) d’amour, coincé entre violence et romantisme. De quoi faire pleurer tous ceux qui se sont fais largués durant les 6 prochains mois.

Les étoiles vagabondes, le chemin de croix de Nekfeu

2 ans et demi. C’est ce qu’il aura fallu à Nekfeu pour enfin sortir du silence et nous délivrer son troisième album solo, après les cartons réalisés par Feu et Cyborg. Ce troisième projet est sans aucun doute le plus réfléchi, le plus mis en scène. C’est ainsi qu’il est sorti accompagné d’un film-documentaire qui retrace l’élaboration de cet opus. Avec quelques mois de recul sur cet album, il semble maintenant évident qu’il s’écoute différent après avoir vu le film. Il permet de comprendre, au-delà de la musique, ce qu’est devenu Nekfeu pendant tout ce temps, ce qu’il a vécu et ce qui l’a poussé à délivrer ce troisième album. C’est pourquoi, même si l’on n’est pas fan de la musique de Nekfeu, il est intéressant d’analyser la démarche musicale d’un artiste qui réfléchit ses projets durant de longs mois pour donner du sens et de la cohérence au message et aux émotions qu’il veut transmettre, ce qui malheureusement se fait trop peu dans le rap actuel.

Tout d’abord, abordons le thème premier de l’album: les étoiles vagabondes. Cette métaphore astrale, illustrée par cette phrase que l’on retrouve à la fin de l’introduction de l’album et que l’on peut compléter avec une autre phrase que l’on retrouve dans le film, est celle qui donne le fil conducteur de tout le projet.

« Tous les objets composant l’univers, les galaxies, les amas d’poussières, les astres, s’éloignent les uns des autres inexorablement… comme nous. Et quand deux étoiles sont trop proches, et que l’une d’entre elle explose, il arrive qu’elle condamne l’autre étoile à errer sans trajectoire dans l’univers. On les appelle les étoiles vagabondes. »

Les étoiles vagabondes

Avant son retour annoncé mi mai et hormis les quelques featurings donnés sur ces deux dernières années qui l’ont maintenu dans l’actualité du rap français, nous n’avions plus entendu parler de Nekfeu depuis son concert à Bercy le 1er décembre 2016, au moment où il a annoncé la sortie de son album surprise Cyborg. Depuis, aucun clip, aucune interview, pas de tournée. Nekfeu s’est fait très discret. Et cet album nous permet de comprendre ce qu’il a traversé: tel une étoile, il a vagabondé sans trajectoire dans l’univers. Nekfeu a traversé un véritable chemin de croix pendant ces deux années, au cours desquelles il a fui le succès, il s’est isolé, a dû faire face à une rupture amoureuse qui ne lui a laissé aucun répit. Et paradoxalement, c’est sa raison de vivre qui l’a plongé dans le doute et l’a poussé au bord de la dépression: la musique. La célébrité, la pression du succès, l’attente du public, la peur de la page blanche, le besoin de s’éloigner de Paris pour renouer avec la liberté de l’anonymat: tout cela n’est que conséquence de son succès dans le rap qui l’a amené au sommet. Il est traversé par le doute, ne sait pas si le rap est encore bon pour lui aujourd’hui et s’étonne même de revenir sur le devant de la scène avec cet album.

« J’ai détesté le succès mais faut croire que ça m’a pas suffi. (…)

Est-ce que le rap m’a sauvé ? »

Les étoiles vagabondes

Cet album est donc le récit du parcours qu’il a vécu. On parvient ainsi à le découper en différentes parties : une première (pistes 1 à 13) particulièrement sombre, dans laquelle il mélange haine sur le monde qui l’entoure et dénonce les problèmes sociétaux qui l’insupportent (Les étoiles vagabondes, Le bruit qui court), mélancolie (Natsukashii), déprime voire dépression (Takotsubo, De mon mieux), et désespoir amoureux (Elle pleut, Dans l’univers). La deuxième partie (pistes 14 à 27) est celle où il entame son chemin vers la guérison (le Premier pas vers le rétablissement), où on le sent encore fragile mais où il cherche à reprendre le dessus. Enfin, les pistes 28 à 34 marquent clairement une période où tout va bien (Όλα Καλά), avec une musicalité beaucoup plus nuageuse et mélodieuse (Pixels, De mes cendres, Nouvel homme). Cette évolution est encore une fois suivie par le film, où les premières et dernières phrases illustrent ce changement moral de l’artiste:

« Aujourd’hui, j’ai joué devant 80000 personnes, et je ne me suis jamais senti aussi seul »

« Aujourd’hui, j’ai joué devant 80000 personnes, et je ne me suis jamais senti autant entouré »

Les étoiles vagabondes

Et pour réussir à retrouver le chemin vers la lumière au milieu de cet univers immensément vide et sombre, il aura fallu à Nekfeu du temps et des voyages.

Car si l’on sent que c’est la célébrité qui est au coeur de ses troubles, cela s’est exprimé à travers sa dernière rupture amoureuse. Relation qu’il mentionnait déjà à plusieurs reprises sur Cyborg avec les morceaux O.D et Galatée et qui est ici présente au cours de tout le projet. Déjà sur Cyborg, il mettait en lumière les dégâts de la musique, à cause de qui il négligeait sa relation amoureuse

« Pardon bébé, partons, marre de cette vie d’rap
Tu m’as dis : « c’est faux, tu l’f’ras jamais, c’est moi qu’tu quitteras »
Et c’était faux, enfin, j’ai-j’ai nié sous le seum
Cette vé… cette vérité retentissante »

Galatée

Et aujourd’hui, c’est une rupture qu’il doit affronter. Et après avoir été tellement proche de sa bien-aîmée, elle a explosé, le condamnant à errer seul sur Terre, perdu et la cherchant désespérément, sur Terre ou dans l’univers… Il utilise d’ailleurs Vanessa Paradis dans le morceau Dans l’univers pour mettre en scène cette relation vouée à l’échec et qui pousse Nekfeu vers cette femme désormais inatteignable. Ce morceau est parfaitement utilisée car les passes passes entre les deux artistes nous donnent l’impression qu’ils sont encore proches et liés. Mais la voix planante de Vanessa Paradis symbolise un éloignement inévitable entre les deux, qui enterre progressivement toute possibilité de redonner vie à cette relation.

« Dans l’Univers, y’a des milliards de vies sur Terre, sept milliards d’êtres humains
Peut-être trois milliards de filles mais c’est toi qu’j’veux »

Dans l’univers

Fuir, c’est ce qui souvent nous permet de faire le vide, pour prendre du recul et observer de plus haut qui l’on est tout en bas. Et cette fuite, on la ressent tout au long de l’album et à travers le film: après avoir expérimenté des influences jazz (sur O.D, Vinyle) et nippones (Nekketsu) sur Cyborg, Nekfeu revendique sur cet album une diversité musicale encore plus poussée, avec des morceaux qui nous font voyager vers d’autres univers. A commencer tout d’abord par le morceau Alunissons, où Nekfeu chante de bout en bout. Pour l’anecdote, j’ai écouté l’album dans sa totalité cet été seul dans la nuit en regardant les étoiles, et ce morceau a, dans cette situation, pris une dimension radicalement différente. Ce goût du voyage se retrouve tout au long du projet, avec dès l’introduction, la voix de Cristal Key qui, en japonais, informe Nekfeu qu’elle se fait du souci pour lui (cette introduction fait d’ailleurs écho à l’outro de Cyborg, où elle lui adressait déjà un message l’invitant à vite la rejoindre à Tokyo). Puis, ceci est rythmé par les interludes dans les aéroports (comme à la fin de Tricheur), et par des morceaux qui décrivent le voyage soit dans la musicalité apportée (Όλα Καλά, Pixels, Ciel Noir et Dernier soupir avec des choeurs et l’influence jazz de la Nouvelle Orléans), soit dans le texte (Premier pas, CDGLAXJFKHNDATH, Rouge à lèvres). C’est donc par le voyage que Nekfeu à réussi à trouver ce dont tous les artistes ont besoin pour nourrir leur créativité et continuer à être pertinent musicalement: de la vie, des aventures, de la ressource, bref des choses à raconter. Il est d’ailleurs nécessaire de souligner l’idée que ce voyage de deux ans, Nekfeu ne l’a pas fait seul: on voit dans le film qu’à chaque voyage, il est toujours entouré soit de sa famille, soit de ses amis, qui ont contribué à trouver la clé pour aller mieux au fil des mois.

Petite parenthèse pour préciser l’importance, trop souvent négligée, sur le besoin de temps entre les projets. Faire un album de 18 titres tous les six mois, tenter de pousser la productivité à son maximum n’est pas une bonne stratégie: en effet, l’artiste n’a pas le temps d’explorer de nouveaux horizons musicaux, sera plus négligeant, moins perfectionniste et par conséquent se répétera de plus en plus au cours de ses projets et finira par s’essouffler. Chaque artiste devrait avoir comme but d’évoluer au fil des albums, de proposer quelque chose de différent. Et donc pour se renouveler en permanence, musicalement et lyricalement, il est important de laisser du temps pour vivre et creuser d’autres perspectives artistiques. Encore une fois, le film était très intéressant car il montrait que cette recherche musicale s’est faite en équipe puisque tout l’on voit le rôle de ses producteurs tout au long de l’élaboration du projet, qui volontairement l’orientent vers des terrains inconnus (le passage de la réalisation du morceau Alunissons reflète particulièrement bien cet aspect) et poussent ainsi Nekfeu à diversifier la musicalité proposée. Trop peu mis en valeur à mon goût, les producteurs sont pourtant des pièces maîtresses de tous les albums, des hommes de l’ombre qui jouent un rôle essentiel dans la conception de ce genre de projets. Dans le film, on voit vraiment que cet album a été réfléchi à plusieurs et qu’il est presque autant l’oeuvre de Nekfeu que celle de Diabi. Diabi a d’ailleurs réalisé une interview très intéressante dans laquelle il parle de son parcours et de la manière dont ils porté ce projet avec Nekfeu et l’a accompagné du début à la fin de l’album.

https://hypebeast.com/fr/2019/8/nekfeu-les-etoiles-vagabondes-diabi-interview

Maintenant, mon avis sur cet album a beaucoup évolué au fil des semaines. En tant que grand fan de Nekfeu, j’en attendais (comme beaucoup) énormément de son retour. Et mon bilan après la première version de l’album qu’il a délivrée (avant l’expansion) fut assez mitigé. Je trouvais que c’était un bon album, mais avec beaucoup trop de défauts pour un artiste comme Nekfeu dont le retour se fait attendre depuis si longtemps. Je suis resté sur ma faim pour plusieurs raisons (attention, je parle ici uniquement de la première version, avant la sortie de l’expansion) :

  • je trouvais l’album déséquilibré, avec une moitié d’album très sombre, des passages très (trop ?) longs – entre Le bruit qui court et Dans l’univers notamment. Puis, suivent quelques morceaux très rappés, égotrip et l’on bascule directement vers la fin de l’album où tout va mieux. J’ai trouvé cela trop rapide et mal amené.
  • musicalement, je n’ai pas vu de grande différence, très peu de prises de risques, alors que j’attendais un Nekfeu très mélodieux et qui parfois recycle de flows déjà vus (sur Koala Mouillé par exemple).
  • lyricalement, encore une impression de déjà vu, où il dénonce les mêmes problèmes sociétaux, de telle sorte que cela en devient lassant (sur Le bruit qui court). L’un de mes morceaux préférés était Takotsubo, et je regrettais qu’il n’y ait pas eu plus de morceaux aussi intimes et personnels.
  • une fin d’album frustrante, avec le morceau Premier rôle qui (je trouve) ne colle pas du tout comme outro et laisse donc l’auditeur sur un sentiment d’inachevé.

Cependant, deux semaines après arrive l’expansion. Et là, tout change. Tout change car l’album est alors à envisager d’une manière totalement différente. Moi qui, je l’ai mentionné notamment sur l’analyse de Jvlivs (instant promo oblige), cherche vraiment à écouter un album d’une traite, pas en aléatoire, j’ai dû ici revoir ma formule. On n’écoute pas un 34 titres de la même manière que l’on écoute un 18 titres. Un album de 34 morceaux contient nécessairement différentes ambiances et il est fait pour être écouté sous différents aspects. Dans cet album, tout est une question d’ambiance (on a l’exemple que j’ai mentionné plus haut sur Alunissions). Et au sein de ces différentes ambiances (sombre, mélancolique, énervé, kick, mélodieux, planant…), on retrouve cette cohérence tant recherchée et appréciée. C’est d’ailleurs impressionnant de parvenir à réaliser un projet aussi long, diversifié dans la musicalité proposée et pour autant très logique dans son déroulement. Un des points forts de cet album qui, selon moi, vieillira bien au fil des années. De plus, l’expansion a gommé tous les défauts que j’avais sur cet album:

  • il n’est plus déséquilibré, puisque la majorité des morceaux rajoutés se trouvent en deuxième partie d’album et donc amènent lentement mais logiquement la période de rétablissement de Nekfeu. Cela se retrouve notamment sur le morceau Energie sombre, où l’on ressent qu’il est en train de passer à autre chose sentimentalement, qu’il cesse de ressasser sa rupture pour se tourner vers quelque chose de différent. L’évolution se remarque sur le changement dans le premier et le dernier refrain:

« Quand le jour s’est levé, tu m’as demandé des news
Et quand la Lune s’est levée, j’ai downloadé tes nudes »

« Quand le doute s’est levé, j’me suis privé d’tes news
Et quand le jour s’est levé, j’ai supprimé tes nudes
Qui a besoin de toi ?
« 

Energie sombre
  • musicalement, on retrouve l’évolution dont je parlais un peu plus tôt. La majorité des morceaux de l’expansion sont très mélodieux (Nouvel homme, Ken Kaneki, De mes cendres, Chanson d’amour). Les progrès de Nekfeu dans ce domaine apportent beaucoup de fraîcheur au moment de l’album où il entame son chemin vers la guérison.
  • ces apports de 16 titres ont donné encore plus de logique et de cohérence au projet, avec des morceaux qui sont amenés par des enchaînements très travaillés (Écrire/Ciel Noir ; Voyage léger/Interlude Fifty/Compte les hommes ; Premier pas/Dernier soupir) et arrivent à capter l’auditeur tout au long de son écoute.
  • un album qui finit bien, puisque l’outro n’est plus Premier rôle, mais À la base, qui est à mon sens un excellent morceau qui vient parfaitement clôturer cet album.

Et quel bel apport des featurings sur cet album ! On a pu apprécié les passe-passes avec Vanessa Paradis, l’excellent titre avec Damso, l’utilisation de Cristal Key pour un morceau très aérien et planant, le chef d’œuvre monumental de Flingue & Feu sur Compte les hommes, le magnifique refrain de Nemir sur Elle pleut… : globalement peu de déchets sur cet album (seulement 3 ou 4 selon moi).

Dernier point pour évoquer un de mes coups de cœurs qui passe très souvent inaperçu, voire qui ennuie alors que, s’il est écouté dans le bon contexte, est exceptionnel. Il s’agit de De mon mieux : ce morceau est à écouter quand ça va mal, quand vous êtes proches de la rupture, et que vous êtes à bout de force. Un titre incroyable qui allie mélancolie, déprime, se laisse à l’abandon jusqu’à donner les larmes aux yeux. C’est une des premières fois que Nekfeu va aussi loin sur ce genre de morceau. Il utilise volontairement un rythme très lent, un flow sans saveur, accentué par les backs vocaux féminins tout au long du titre, qui font que le morceau paraît extrêmement long, redondant, où Nekfeu parvient à suspendre le temps et nous plonger dans la tristesse la plus profonde durant près de quatre minutes. Encore une fois, tout est une question d’ambiance sur cet album…

Si vous êtes passés à côté de cet album, replongez-vous dedans. C’est un album de réécoute, où l’on redécouvre de nouvelles choses au fil des semaines et des mois et où le film est évidemment à prendre en compte. Aviez-vous remarqué que Nekfeu chantonne l’air de Premier pas à la fin de Dernier soupir ? Que la prod au début de A la base est la même qu’à la fin de De mes cendres, en décéléré ? Ce sont des petits détails dont je me suis rendu compte plusieurs semaines voire mois après la sortie de l’album, qui renforcent le fil conducteur du projet et qui donnent envie de continuer à creuser en faisant attention aux détails les plus minces. Ce projet a été extrêmement bien travaillé et mérite d’être étudié avec sérieux et en profondeur. Incontestablement, Nekfeu a réussi son retour, est parvenu à surprendre toute l’industrie musicale avec son incroyable stratégie commerciale, qui fait des Etoiles Vagabondes l’album le plus vendu de l’année (plus de 400000 ventes en moins de six mois). Une pépite.

JVLIVS, l’album concept de référence du rap français

Ecouter de la musique, ce n’est pas uniquement aider à passer le temps quand on est dans le métro ou chercher la musique sur laquelle on va pécho à la prochaine soirée. Ecouter de la musique, c’est réussir à se fondre dans une ambiance particulière peinte par un artiste. Chacun a ses habitudes: certains aiment écouter des playlists avec un enchaînement de morceaux auquel on ne trouve aucune logique particulière. D’autres aiment écouter un album entier d’une traite, pas en aléatoire, de manière à pouvoir juger une oeuvre dans son ensemble. C’est mon cas.

Et quelle incroyable satisfaction à l’écoute de ce qui ressemble de très près au meilleur album de l’année 2018, Jvlivs, le 3ème album de SCH. Combien de fois avez-vous regretté un album qui s’annonçait comme un classique à l’écoute des premières pistes, et qui s’est avéré ne pas tenir pas la route sur la durée, qui fut trop long, victime de remplissage et du manque de rigueur de l’artiste ? Pas cette fois. Enfin un album concept qui se tient de A à Z, où l’on ne perd jamais le fil conducteur du projet.

Si vous n’avez jamais écouté cet album, alors décrochez de cet article, accordez une heure à ce chef-d’oeuvre musical et revenez lire la fin après votre première écoute.

On reprend donc sur l’analyse de cet album et de son importance dans un registre qui malheureusement se fait trop peu dans le rap français: celui de l’album-concept. L’idée est qu’un album raconte une histoire autour d’un thème très précis et dont il ne s’éloigne jamais: un album concept n’est surtout pas une compilation des 15 meilleurs morceaux d’un artiste sur les 12 derniers mois. Un morceau qui fait partie d’un album concept que l’on écoute en dehors du contexte de l’album peut paraître impertinent ou sans plus et se révéler essentiel à la tenue d’un album (c’est d’ailleurs le cas sur cet album, notamment sur les singles comme Mort de rire ou Pharmacie, qui n’avaient au moment de leur sortie pas fait l’unanimité et dont l’importance s’est faite ressentir dans le fil de l’album). Alors pourquoi cet album est-il une réussite totale ?

Premièrement, il est intéressant de souligner la manière dont la fiction sert la réalité et inversement dans cet album. SCH (de son vrai nom Julien) sort de son corps et incarne le personnage de Jvlivs, qui représente une partie sombre et enfouie du rappeur marseillais qu’il utilise pour exprimer ses sentiments les plus profonds. Lui qui dit qu’il n’arriverait pas à se poser en un artiste « à coeur ouvert » décide de ne pas ouvrir son coeur, mais celui de Jvlivs, ce baron de la drogue taillé de toutes pièces et fondu au coeur de la mafia italienne. Il utilise la violence de ce milieu pour livrer une introspection sur ce qui le touche et sur les démons qui le torturent. Il mentionne notamment tout au long du projet sa relation avec son père, qui est présenté dans les interludes comme un ancien baron de la drogue décédé et pour qui Jvlivs menait sa vie aujourd’hui:

« Il excellait là où son père avait échoué, la survie. Et chacun de ses actes honorait sa mémoire. Otto, quatre lettres qui ont terrifié avant lui, quatre lettres qu’il avait dans la peau »(Interlude – 420 mètres)

avant d’enchaîner magnifiquement sur le morceau Otto , le meilleur morceau de l’album selon moi qui rend hommage à son père. Ici, SCH utilise le personnage de Jvlivs pour décrire sa relation avec son père, décédé en 2017 et à qui il avait d’ailleurs déjà dédié un morceau bouleversant intitulé La nuit sur son album précédent. Ce projet est d’ailleurs un des rares albums dont le scénario a été poussé à son paroxysme, puisque SCH a annoncé qu’il s’agissait d’une trilogie et que la sortie du Tome I fut accompagnée d’un court métrage intitulé Jvlivs Absolu Tome 1 dans lequel on retrouve SCH en tant qu’acteur mêlé aux conflits de cartels en Italie, le tout narré par José Luccioni, qui est la voix française d’Al Paccino. On retrouve d’ailleurs la voix de José Lucccioni dans les 3 interludes de l’album, qui participent d’ailleurs parfaitement à la tenue du projet et à son bon déroulement.

Ensuite, cet album est impressionnant de par la maîtrise dont SCH fait preuve dans la musicalité qu’il propose. Si l’univers est assez homogène avec des productions assez sombres et propres à cette ambiance mafioso, SCH parvient parfaitement à alterner violence (comme sur VNTM, Facile) mélancolie (sur Otto), mélodie (sur Skydweller, Le Code) et tenter (et réussir) des prises de risques, comme sur le morceau Ciel rouge. Et c’est cette richesse au sein d’un univers restreint qui permet à l’auditeur de digérer l’album et fait que son écoute passe sans aucun accroc. De plus, comment ne pas évoquer la bonne tenue de l’album sans mentionner l’entourage de l’artiste ? A commencer par le producteur de SCH, Guilty, membre du Katrina Squad. Présent sur la totalité de l’album, il est au coeur de la conception musicale de ce projet, qui en plus d’être à l’origine de la production, a grandement participé à la conception du projet, presque réalisé en duo. Un projet dont les guitares et les sonorités rappellent le Sud, celui d’où SCH et Jvlivs sont tous deux originaires.

Enfin, un dernier point qui est souvent à la fois essentiel et dangereux quand on aborde un album concept, voire un album tout court: celui des featurings. Il est essentiel car un featuring permet souvent de donner un second souffle à un album et de surprendre l’auditeur au cours de son écoute, en utilisant une qualité que l’artiste n’a pas et qu’il va chercher ailleurs. Mais la question des featurings est aussi dangereuse car le risque est que la connexion soit mauvaise, s’incorpore mal à l’album et nous fasse perdre le fil. Inviter un artiste sur un projet, ce n’est pas (ou cela ne doit pas être en tout cas) faire payer le label pour avoir le crédit « feat Nekfeu » ou « feat Booba » sur le tracklisting. Il faut réussir à choisir l’invité parfait qui va réussir à donner un petit plus au projet. C’est réalisé à la perfection sur Jvlivs. Un seul featuring: Ninho. Sur la forme, il arrive à l’endroit parfait sur le tracklisting, et retient l’attention de l’auditeur au coeur d’un segment de 7 morceaux entre deux interludes. Sur le fond, la connexion est incroyablement bien réussie: cette collaboration est sans doute l’une des plus marquantes de l’année. SCH utilise la voix pleine de mélancolie et de haine de Ninho qui est, comme SCH, prêt à « partir », c’est-à-dire à mourir, en décrivant la violence de la mafia, la solitude à laquelle il est livré, l’absence de sentiments par cette phrase dans le refrain:

« Bienvenue dans la mafia, on a vendu la mort pour gagner nos vidas » (Prêt à partir)

Qu’est-ce qui fait la différence entre un bon album et un grand album ? Des détails. La note finale plus que tout. C’est ce qui fait que l’on ne reste pas sur notre faim à la fin de l’écoute. Pour être sincère, Bénéfice (le dernier titre) est la plus belle outro que j’ai entendue en rap français depuis Jusqu’au dernier gramme sur l’album Dans La Légende de PNL. Bénéfice est un morceau dans lequel l’artiste et le producteur fusionnent, où la voix de SCH se fond dans le décor durant près de 7 minutes, avec des backs vocaux qui viennent donner de la fatalité dans un morceau où il décrit la beauté et le charme de ce milieu de gangsters, où l’on cherche l’argent et le respect avant tout, où l’on sait que notre place ne sera pas au paradis, mais où l’on tombe dès le plus jeune âge dans l’amour de la rue et de la violence en équipe:

« Mains tâchées de sang, car le bruit des flingues a sa poésie » – « J’pourrais m’enfuir, quitter la zone mais la vérité c’est que je l’aime à mort » (Bénéfice)

Avec ce morceau, l’album se termine en apothéose avec l’instrumental qui continue encore et encore, d’une telle manière qu’on souhaiterait que ce morceau dure indéfiniment et ne s’arrête jamais.

Alors que l’annonce du Tome II de Jvlivs ne devrait plus trop tarder , il me semblait nécessaire de revenir sur cet album qui a été ma plus grosse claque en tant qu’auditeur de rap en première écoute. Si d’autres rappeurs français pouvaient s’inspirer de SCH et réaliser des albums concept de cette qualité, j’en finirai de râler et de me morfondre sur tant d’albums qui auraient pu être magnifiques si le concept avait été plus poussé en profondeur.

Vivement la sortie du Tome II…

Game of Locaux

Game of Thrones s’achève après 8 saisons pleines de rebondissements… Cependant, plusieurs siècles après la fin des évènements, les héritiers des différentes maisons se sont tous retrouvées à l’école supérieure des sciences économiques et commerciales de la vallée de Westerloss…. Les maisons deviennent des associations, les royaumes deviennent des locaux… Mais la soif de pouvoir reste la même…

Mercredi 18 juin 2019

12:00
La nouvelle tombe. Après 700 années de cohabitation entre les héritiers des différentes maisons, la situation allait changer à tout jamais. Rousso (digne héritier du Roi de la Nuit) épaulé par le BDE (composé de reniés des autres maisons, ils ont fondé la maison Malibu afin de se sentir exister à Westerloss), ont décidé de tout bouleverser en redistribuant les royaumes des différentes maisons.

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On a pu remarquer que l’architecte de l’ESSEC s’est inspiré de la bite de Ludovic F. (E2, Yeux disent le contraire) pour façonner les PA

12:17
Après avoir tout juste eu le temps de digérer les nouvelles, les esprits commencent à paniquer. Au sein d’Extrem’ (héritiers des Baratheon), Quentin G. (E3, Globo ce soir ?) fait part de son amertume : « putain, on va partager notre royaume avec RACE ». On peut comprendre son désarroi. RACE, héritiers de la maison Lannister, règnent sans partage sur la vaste région des Terres de l’Ouest (16ème arrondissement, Neuilly-Sur-Seine) et ne sont pas vraiment appréciés des autres maisons. Blonds, grands, beaux et peu modestes, les Raceux contiennent le sang d’aventuriers Andals qui ont sculpté un royaume puissant. Sang prétendument royal, est-il pur pour autant ? Rien n’est moins sûr. Comme leurs aïeux Lannister, ils ont conservé un penchant pour l’inceste, n’hésitant pas à se palucher le chibre entre confrères à la RAMETN (Réunion Annuelle des Maisons de l’ESSEC en Terre Neutre), plus communément appelé WEI (par soucis de praticité).

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Msc in Memegement a quand même attendu mai 2019 pour devenir drôle, après 8 mois de mêmes gênants

15:18
Le premier conflit éclate.
Avant, PAO (héritiers de la maison Frey) partageait son royaume avec ESSEC Live (héritiers de la maison Tully). Force est de constater qu’ils ont su inverser le cours de l’histoire en mettant ESSEC Live sous tutelle (puisqu’avant les Frey étaient les vassaux de la maison Tully). Ainsi, officieusement, PAO régnait sans partage sur son royaume.

Quant à AVE (héritiers de la maison Stark), ils possédaient un royaume à eux seuls, et pour cause : ils possèdent des documents pouvant compromettre les autres habitants de Westerloss.

Afin de se venger de cette injustice, les Malibu ont décidé de leur offrir le plus grand royaume, mais de les mettre ensemble, sachant pertinemment qu’ils allaient s’entretuer. Comprenant le subterfuge de Rousso et du BDE, PAO et AVE décident de s’unir afin de récupérer leurs royaumes respectifs.

C’était sans compter sur la fourberie de PAO qui n’a pas hésité à s’allier à d’autres associations afin d’obtenir gain de cause, sans forcément se soucier d’AVE. Les générations futures appelleront cet épisode les Noces pourpres de PAO.

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Louise C. (E3, Barathé.. Extrem par alliance) regarde son royaume une dernière fois avant de le quitter à tout jamais

Vendredi 19 juin 2019

10:34
La réactivité n’est pas la plus grande qualité d’E&B. 22 heures et 26 minutes après l’annonce de la restructuration, ils commencent à comprendre : ils ont récupéré le royaume d’AVE qu’ils vont partager avec UN (héritiers des Greyjoy). Ils réaliseront par la suite qu’AVE est bien déterminé à récupérer son royaume, et qu’ils se retrouveront ainsi potentiellement SDF.

E&B sont les héritiers du Peuple Libre. C’est le terme qui était utilisé pour désigner les personnes qui vivaient au-delà du Mur. Il y a de ça des centaines d’années, les habitants des Sept Couronnes considéraient le Peuple Libre comme des barbares et employaient le terme péjoratif de sauvageons pour les désigner. Inversement, ceux qui vivent au nord du Mur voyaient les habitants du sud comme des « faibles » et des « mous », qui sont soumis à des rois pour des simples raisons d’hérédité, ce qui paraît absurde pour eux. Le Peuple libre détestait par-dessus tout les membres de la Garde de Nuit (composée de criminels et d’incapables reniés par leurs propres maisons), plus que les habitants du Nord. Les corbeaux, comme ils les appellent, représentent le principal obstacle au nord du Mur.

Aujourd’hui, le mur correspond au local MELT (héritiers de la Garde de Nuit), et le royaume d’E&B se situe derrière celui-ci. Certains sauvageons vivent dans des communautés très unies, tandis que d’autres sont seuls et sans abri comme Hugo Q. (E1, Tout seul au Bocal).

E&B s’est fait à l’idée de récupérer le royaume d’AVE, qu’ils trouvent fort séduisant, même si ils doivent le partager avec des incapables.

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Alexandre J-F. (E1, La panthère noire) a déserté le royaume du Wakanda pour rejoindre les sauvageons : UN est prévenu

15:47
Je viens de me rendre compte que j’ai oublié de parler des maisons de BBA. Ces derniers sont les héritiers des Dothrakis. Autrefois organisés en  plusieurs clans ayant chacun un khal, ils sont désormais répartis dans plusieurs associations (Pool, Shamrock…). Les autres habitants de Westerloss ont du mal à les comprendre, et pour cause : ils ne s’expriment pas très bien.

17:37
SES (héritiers des Tarly) conservent leur royaume, mais devront désormais cohabiter avec le SKIK (héritiers de Tyrell). A noter qu’à l’occasion de ses seconds recrutements, SES a décidé d’intégrer un descendant d’un Tarly renié : Aghilas N. (E3, Samwell), qui lui aussi sort avec une sauvageonne d’E&B et perpétue donc la tradition de son ancêtre!
Soit ! SES accueille ses nouveaux colocataires en grande pompe, en pissant partout (vieille tradition Tarly).

23:47
Lucas A. (E1, Skyblog), nouveau roi d’E&B et donc du Peuple Libre affirme son autorité :

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Les membres d’UN sont soulagés, mais ils ne s’attendaient pas à la suite des évènements…

3 Septembre 2019

10:47
Presque 3 mois se sont écoulés depuis ce fameux 18 juin… Vous vous rappelez des noces pourpres de PAO ? Elles ont bien eu lieu. Mais à la surprise générale, ce n’était pas au détriment d’AVE. Morgane B. (E1, Graphiste Pro) s’est débrouillée pour qu’AVE et PAO conservent leurs royaumes respectifs. Mais dans ce cas, qui est perdant dans l’équation ? E&B a finalement récupéré un local dont ils sont les seuls maîtres. Mais qu’en est-il d’UN ?

17 octobre 2019

Seulement 8 personnes se présentent aux recrutements UN. Et pour cause, ils sont les grands perdants des noces pourpres de PAO puisqu’ils n’ont plus de local ! Les potentiels candidats ont tous été découragés par l’absence de terre propre, et ont préféré se rediriger vers d’autres associations.

15 mai 2020

UN est une association presque morte. Même les BBA ne veulent pas la reprendre. Ils ne leur reste qu’un seul objectif : gagner la guerre des prez face à E&B. En attendant, dans un élan d’empathie, E&B a décidé de leur trouver une utilité.

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Vendredi Sorties #33

Pour cette nouvelle édition des Vendredi Sorties, peu de nouveautés sur la scène Rap/Hip-Hop française mais de gros projets aux US ! Bien vu DJ Khaled. A vos écouteurs maintenant.

En France

Albums/EP

  • Ce vendredi, le rappeur parisien Davodka sort « A juste titre», son cinquième album. On y retrouve Hayce Lemsi sur Tour de contrôle, le dernier extrait mis en ligne, ainsi que Dooz Kawa. Toujours dans un style « old-school, » Davodka régale :

  • « Bien ou quoi, » le nouvel EP de Spider ZED est désormais disponible partout. « Que du love comme d’hab, » nous dit le rappeur aux textes cyniques et décalés. On aime :

  • Après les trois extraits SeptembrePapillon et Velours, le chanteur-rappeur de Saint-Etienne Zed Yun Pavarotti dévoile enfin son nouveau projet « French Cash» :

Singles/Clips

  • Ce jeudi, Booba nous a agréablement surpris en sortant l’un des morceaux les plus doux de sa carrière. Son nouveau single Arc-en-ciel est à découvrir ici :

  • Après Métacultivation, qui ne sera finalement pas sur son prochain album « Ultraviolet », Ateyaba sort Job. A travers ce nouveau morceau, le rappeur originaire de Montpellier nous permet d’en savoir un peu plus sur son passé, de son Bac S à ses conquêtes féminines :

  • Cette semaine, Kemmler sort le visuel du single Personne. Fidèle à lui-même, dans un style à la croisée de la variété française, du slam et du rap, l’artiste nous offre une ballade mélancolique sur la vie d’artiste. Le clip de Personne, réalisée par les étudiants de l’école d’art des Gobelins, est à regarder juste en-dessous :
  • Le rappeur d’Aubervilliers Rémy nous donne à écouter Slalom :

Aux US

Albums/EP

  • Le tout nouveau projet de Tyler, The Creator, « IGOR » est maintenant disponible sur toutes les plateformes de streaming. On note la présence de Kanye West, Lil Uzi Vert, Playboi Carti ou encore Al Green à l’écriture sur plusieurs morceaux. On avait déjà apprécié les extraits IGOR’S THEME, WHAT’S GOOD, A BOY IS A GUN et NEW MAGIC WAND. C’est donc sans surprise qu’on met un bon 8/10 à l’album de la semaine (mdr, rdv au prochain paragraphe). « Don’t go into this expecting a rap album, » prévient l’artiste sur Twitter. Allez clique maintenant :

  • DJ Khaled met certainement fin à une période de moins-bien dans le rap US en lâchant son tout dernier album « Father Of Asahd. » Evidemment on y retrouve de très grands noms : JAY-Z, Beyoncé, Cardi B, 21 Savage, Meek Mill, Lil Baby, Nas, SZA, Travis Scott, Post Malone, Lil Wayne, Gunna, Future, Chance the Rapper, Big Sean et bien d’autres. Le projet est à écouter immédiatement :

  • Cette semaine, le trio venu d’Arizona Injury Reserve sort un nouvel album intitulé « Injury Reserve, » tout simplement. On retient tout particulièrement les collaborations de Freddie Gibbs, Rico Nasty, Aminé ou encore JPEGMAFIA. Leur précédent projet, l’EP « Drive It Like It’s Stolen, » était paru en 2017 :

  • Le Wu-Tang Clan dévoile un nouvel EP, « Of Mics and Men, » inspiré de leur série-documentaire diffusée sur Showtime :

  • Curren$y et Statik Selektah s’associent pour nous offrir un album intitulé « Gran Turismo. » Ils ramènent Jadakiss, YBN Cordae, Wiz Khalifa, Jim Jones ou encore Haile Supreme :

  • La rappeuse de Houston Megan Thee Stallion met en ligne « Fever, » un album de 14 titres dont deux featurings : Da Baby et Juicy J. De gros bangers à découvrir, on recommande fort :

  • « Endless Pain, » c’est le titre de la nouvelle mixtape du jeune rappeur originaire de la Louisiane Jaydayoungan :

Singles/Clips

  • Aux States, Chance the Rapper sort un tout nouveau single en featuring avec le rappeur de Houston TisaKorean et Murda Beatz à la prod. GRoCERIES est à écouter juste ici :

  • Le mois dernier, Machine Gun Kelly annonçait la sortie à venir de son nouvel album solo « Hotel Diablo. » Aujourd’hui, il dévoile le single Hollywood Whore dans lequel il nous parle notamment de ses difficultés en amour :

L’instant sucrey

  • Maluma nous donne à écouter un tout nouveau projet sur lequel il s’offre des feat. avec Ty Dolla $ign ou encore Madonna ! « 11:11 » est à écouter juste là :

13 Block au Cergy Street Festival : l’événement de l’année

Après une première édition couronnée de succès, le Cergy Street Festival organisé par notre association E&B prend son envol. La preuve ? Le groupe phare du moment y sera, pour un concert qui s’annonce légendaire. Je parle bien évidemment de 13 Block, trappeurs de Sevran composé de Zed, Stavo, Sidikey et Zefor. Tu ne les connais peut-être pas, mais ils sont loin d’être des rookies et leur présence témoigne d’une montée en puissance de l’événement. Tu veux en savoir plus sur eux ? Qui sont-ils, quelle est leur musique et pourquoi il faut absolument les écouter avant le concert ? Alors suis-moi (je connais un coin sympa) !

Mais dis-moi Jamy, c’est quoi la trap ?

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Désolé pour cette réf moisie, continue de lire stppp

Pour les trois du fond qui dorment, 13 Block est aujourd’hui le groupe de référence de la trap à la française. On s’est donc dit qu’il fallait un peu revenir sur les origines de ce mouvement musical, de son apparition à son évolution jusqu’à son arrivée en France.

Une donnée irréfutable est que la trap est originaire d’Atlanta, dans le Sud des Etats-Unis. Si les premiers morceaux de trap viennent plutôt d’Outkast et Goodie Mob dans les années 90, le terme et le genre prennent son essor au début des années 2000 sous l’impulsion de deux artistes : T.I. et Young Jezzy. Leurs albums (respectivement Trap Muzik et Let’s Get It: Thug Motivation 101) constituent l’acte fondateur majeur de cette musique. Vers la fin des années 2000/début des années 2010, Atlanta renforce sa position dans le rap avec des artistes comme Gucci Mane ou 2 Chainz, mais le succès n’est pas encore aussi global qu’aujourd’hui.

Pour faire simple, plusieurs courants vont alors se distinguer : la musique très agressive et violente de Waka Flocka avec les prods anxiogènes de Lex Luger, les mélodies de Young Thug ou encore les claviers de Mike WiLL Made-It notamment utilisés par Future. Le mouvement prend alors de l’ampleur et va devenir la musique la plus populaire (en tout cas certainement le mouvement le plus vaste et couronné de succès ces dernières années) grâce notamment à Migos et Metro Boomin.

Et en France ? L’importation de la trap vient dans un premier temps sous sa forme la plus dure et violente : le premier succès majeur est l’oeuvre de Kaaris et son classique Or Noir. Par ailleurs, dans le pays de l’exception culturelle, on peut se vanter d’être les précurseurs de l’afro trap grâce à ce bon vieux MHD (« vieux » parce qu’il a 2 ans de plus que moi hein). Mais aujourd’hui ce sont les triplets de flow à la Migos qui priment, et l’influence américaine se fait sentir chez de nombreux artistes (au hasard : Leto avec son TRAP$TAR, Siboy sur Spécial ou encore Josman et son récent album J.O.$).

Alors évidemment j’ai fait un mega résumé condensé de ce qu’est la trap, et je vous invite à approfondir le sujet si ça vous intéresse parce qu’il y a bien plus de choses à dire à ce propos : l’ampleur qu’a pris le mouvement, l’évolution d’un point de vue musical, les « normes » que la trap a pu imposer mais aussi les sujets traités. Breffff, beaucoup de choses à dire mais on n’a pas le temps parce que t’as la flemme de lire un article de 15 pages, normal.

Et le 13 Blo Gang dans tout ça ?

Comme expliqué en intro (tu suis j’espère), 13 Block est composé de 4 membres (dont les pseudos ont changé au fil des années, je t’épargne les détails) et vient de Sevran. Le groupe commence à se faire connaître aux alentours de 2014-2015, dans le sillage de Kaaris qui les invite sur « Vie Sauvage » extrait de son second album Le bruit de mon âme. Une première mixtape intitulée XIII voit le jour en 2014, aux influences drill de Chicago (dont le chef de file est Chief Keef) plutôt que trap d’Atlanta, comme d’autres jeune groupes à ce moment-là (PSO Thug, XVBarbar entre autres).

Le groupe enchaîne avec V.U.E. (Violence urbaine émeute) puis U L T R A P en 2016, deux nouveaux projets plus aboutis. Le premier présente plusieurs facettes et les prémices de leur musique future, tandis que le second insiste davantage sur le côté hardcore de leur musique.

2018 voit la sortie de leur excellent projet Triple S porté par l’incroyable tube qu’est « Vide » et les productions plus mélodiques d’Ikaz Boi, producteur de l’intégralité de la mixtape.

Aujourd’hui, 13 Block se présente comme l’ambassadeur de la trap en France. Tous ses membres se sont améliorés, sans qu’aucun n’ait un niveau plus faible que les autres. Zed excelle dans les refrains chantés, Stavo et son énorme voix sont inratables, tandis que Sidikey (anciennement Oldpee) et Zefor semblent savoir tout faire. Ils continuent de rapper leur quotidien dans la rue, avec précision et des sons qui restent toujours en tête. Le média Yard a suivi leur évolution de près et a écrit un excellent article retraçant leur parcours avant la sortie de Triple S, je vous invite à le consulter ici.

Toute cette évolution a donc débouché sur leur premier véritable album, BLO, sorti le 26 avril dernier.

FUCK LE DIX-SEEEEEPT !

On en arrive au 26 avril dernier. La team de Sevran s’est enfermée plusieurs semaines en studio dans le Sud de la France pour enregistrer de nouveaux morceaux. Du coup, presqu’un an exactement après leur projet Triple S, 13 Block sort son premier album : BLO. Et honnêtement c’est une putain de réussite.

J’ai tendance à être agacé par les albums de plus de 14-15 morceaux (oui j’ai la vie dure aujourd’hui). Mais BLO brille par sa cohérence et son efficacité du premier au dernier son de l’album avec absolument AUCUN faux pas. Faut dire que les quatre gars de Sevran devaient en sélectionner une vingtaine sur les les soixante qu’ils avaient enregistré en studio. Forcément, le tri est efficace et seul le meilleur reste.

Si on devait me demander de dire en un seul et unique mot pourquoi est-ce que cet album est une réussite, je n’hésiterai pas plus d’une seconde : le maître mot du projet est authenticité.

  • Authenticité par l’image que renvoie le groupe déjà. Les sevranais sont de vrais amis d’enfance qui se connaissaient déjà bien avant même de songer à se lancer dans le rap. Quand on les voit en interview on sent une véritable complicité entre les membres; et forcément dans l’album ça se ressent. Comme on l’expliquait plus haut, les membres sont parfaitement complémentaires : chacun apporte son petit plus dans chaque son (en général du miel pour Zed et de la harissa pour Stavo par exemple). Mais surtout, il n’y a jamais de structure prédéfinie : ce n’est pas toujours le même qui fait le refrain, ce n’est pas toujours le même ordre de couplets, ce n’est pas toujours la même longueur de couplet et un membre du groupe n’hésite absolument pas à s’absenter d’un morceau s’il sait qu’il ne peut rien apporter de plus. Bien sûr tout cela serait impossible sans une parfaite complicité. Résultat : l’album est équilibré sans être monotone ni répétitif.
  • Authenticité par le vécu ensuite. Bien sûr je ne suis pas un de ces connards de puristes qui crachera sur les « faux gangsters ». Tant que le son est bon, je m’en fous que tu t’inventes une vie ou non. En revanche, chez 13 Block comme il y a un véritable vécu, les gars nous envoient un son brut rempli d’émotions réelles qui, du coup, te saisissent pleinement. L’exemple typique c’est le morceau phare de l’album : Fuck le 17 (mais on y revient dans quelques instants).
  • Authenticité des mecs enfin. C’est simple, ça fait plaisir de voir des vrais gars simples de temps en temps. Des gars que tu pourrais croiser dans n’importe quel bât’. Des gars vrais quoi.

« Wesh mais Young Nutz t’arrêtes ta vieille analyse giga white et tu nous parles son ou c’est comment ? »

Ta gueule frère. L’album c’est simple : c’est plein de flows divers et complémentaires posés sur des instrus bien lourdes et des gimmicks qui te donnent envie sauter sur la gova du daron (le fais pas si tu tiens à la vie).

Quelques sons pour te saisir de l’ambiance globale du projet :

Petit Coeur

C’est Petit Coup de Coeur ouais bordel les bâtards. C’est peut-être pour moi la meilleure prod’ de l’album. La petite inspi’ à la West Coast années 90 est bien fraiche. Le jeu entre l’absence de kicks/toms et le pont chanté de Stavo est trop doux. Le couplet de Zefor à la fin est très carré aussi.

Métagorique

D’après Genius :

Le titre vient de “métagore”, terme inventé à l’origine par Thomas A. Ravier pour décrire l’écriture de Booba et la fascination qu’elle suscite. C’est un mélange de métaphore et de gore : des métaphores à images violentes.

Mais bon en vrai je m’en branle je kiffe tellement quand Stavo lance simplement son « C’est très métagorique » que je me sens obligé de lâcher un « no homo » juste après.

La prod’ est encore une fois très carrée mais c’est surtout l’un des morceaux les plus équilibrés de l’album en termes de présence des rappeurs. Bref merci Stavo mais merci tout le monde aussi.

Fuck Le 17

Pas la peine d’en parler, c’est le morceau de l’album pour toutes les raisons énoncées plus haut.

Du coup ta mission est simple si tu veux pas que je te liave. Tu vas écouter en boucle le son pour qu’on puisse turn up saaaaaale dessus au Street Fest. Parce que si tu niques mon pogo sur Fuck Le 17, je vais te donner une raison d’aimer la protection des poulagas.

Des choses à dire…

Alors y a encore des choses à dire mais bon le plus simple c’est que t’écoutes au moins Triple S et BLO tout seul comme un grand garçon.

Bref, je pense que t’as capté : E&B n’aurait vraiment LITTERALEMENT pas pu faire mieux en termes de guest pour le SF. Du coup prends vite tes places narvalo car c’est vraiment l’event de l’année !

Lien vers le turn up de ta vie.

13 Bisous

Sacha & Dra

Ce qu’il ne fallait pas manquer du Printemps 2019

Tu as raté nos Vendredi Sorties hebdomadaires ? Ta résolution 2019 c’est d’écouter du Rap Français ? Tu veux juste une playlist des plus gros sons de 2019 ?

Voici un récap subjectif de ce qu’il fallait écouter durant le premier trimestre de 2019.

En France

LE Top 3 (sans ordre particulier) : PNL, Ninho, Hamza

Les Immanquables : Koba la D, Zola, Kaaris, Heuss l’Enfoiré, Jok’Air, XV, et 13 Block (que tu pourras retrouver le 24/05 au Cergy Street Festival)

Ils ont rythmé le Printemps : Niska (Giuseppe, Médicament), Koba laD (FeFe, Aventador, RR, R44, Cellophané), Leto (Double Bang 5, 6 et 7) RK (Rêves de Gosse)

La Découverte de la Rédac’ : Diddi Trix (Trix City)

Le Koup de Koeur de la Rédac’ : Luidji (Tristesse Business : Saison 1)

La Playlist “Immanquables”, (ré)écoute les sons qui ont fait trembler le Bocal et ont tourné en boucle dans les oreilles de la Rédac’ :

Aux US

Outre-Atlantique, on n’a pas eu grand chose à se mettre sous la dent. On espère que l’été sera rempli de bangers. Voici les albums notables sortis depuis le début de l’année :

Bilan : le Rap Français a fait un quasi sans-faute au premier trimestre, on a hâte d’écouter ce qu’il nous réserve pour cet été !

Retour en images sur le NBA Crossover

Bienvenue à la troisième édition du NBA Crossover ! Pour la troisième année consécutive, la NBA s’installe à Paris dans le cadre d’une exposition. Le programme annoncé ? « Une exposition présentant la convergence entre la NBA et la culture urbaine ». C’est donc un événement très attendu par les fans de NBA chaque année depuis 3 ans, d’autant qu’un joueur a fait à chaque fois le déplacement à Paris. Cette année, c’est John Collins, ailier-fort des Hawks d’Atlanta, qui est venu faire un tour et rencontrer les fans français.

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Entrée du NBA Crossover

Comme tu peux le voir, il y a du monde au NBA Crossover, surtout en ce samedi. On prend son mal en patience en se disant que l’événement en vaut largement la peine. Première salle dédiée à la musique avec un équipement assez marrant qui permet de visualiser ta façon de jouer en fréquence sonore en te sortant une affiche comme celle sur la photo ci-dessous. Autre spécificité, une playlist Spotify dédiée à l’événement et qui n’est disponible qu’une semaine.

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Le « son » des dribbles de John Collins

On arrive ensuite à l’endroit dédié à l’art. Bien que certaines fresques street art représentent des joueurs (notamment à Los Angeles avec des fresques à la gloire de Kobe Bryant ou plus récemment LeBron James), on y découvre ici d’autres facettes. Des logos d’équipe sont reproduits avec une technique inattendue : on retrouve ainsi les logos des Lakers, Bulls, Celtics, Knicks, Pistons ou Jazz, entre autres.

Dans le même espace sont présentées quatre reproductions de l’excellente travail de Caroline Blanchet, mieux connue sous le pseudonyme de Ptitecao : il s’agit de D’Angelo Russell, Stephen Curry, James Harden et Giannis Antetokounmpo. Je t’invite d’ailleurs à découvrir ses créations sur son site perso, c’est vraiment une graphiste de talent. John Collins s’est également essayé à l’art : c’est lui qui a renversé la peinture jaune et rouge (aux couleurs des Hawks, c’est malin hein ?) sur ce ballon. A chacun de juger de la qualité de cette tentative…

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Reproduction des logos de franchises NBA

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La fameux ballon de John Collins

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Le super taf de la graphiste Ptitecao

On arrive ensuite à un spot unique en son genre : en plein milieu de cette exposition, il y a donc un barber shop. Et sponso par Foot Locker, excusez-nous du peu ! Pour les fans de basket, les trois maillots dédicacés font bien plaisir (Isiah Thomas, Mugsy Bones, David Robinson). En parlant de maillots, une collection de jerseys du All Star Game font face à ce stand : Jerry West, Scottie Pippen, Kevin Garnett, Magic Johnson et bien sûr notre Tony Parker national. Encore une façon de montrer l’innovation de la NBA en termes de design de maillots. Pour compléter cet espace, trois ballons customisés sont présentés, dont un réalisé par la marque Bape qui a récemment collaboré avec la NBA.

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Le stand Barber Shop

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La collection des maillots All Star

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Le ballon customisé par Bape

Qui dit événement sponsorisé par Foot Locker et NBA, dit évidemment sneakers. Des modes iconiques ou actuels sont exposés avec un QR code pour plus d’infos sur chaque paire. Aucune marque n’est ignorée : de Jordan à Converse en passant par les Under Armour portées par Stephen Curry. Pour aller plus loin, un stand de customisation a même été installé pour ceux voulant mettre leurs chaussures aux couleurs de leur franchise préférée.

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Le mur de sneakers

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Stand de customisation de sneakers

On arrive enfin à l’espace principal. Beaucoup de monde donc pas facile pour circuler ou pour avoir accès aux différents endroits (ce qui est regrettable, on y reviendra…). Cette salle contient donc une zone gaming pour tester ses skills sur NBA 2k19 ainsi qu’un stand de promotion pour le match qui aura lieu à Paris en janvier 2020 entre les Milwaukee Bucks et les Charlotte Hornets (un putain de gros événement, c’est le premier match de saison régulière qui aura lieu en France). En face, une scène pour les différentes animations qui ont lieu : quiz, panel de discussions sur l’impact de la NBA sur la mode ou encore des discussions « générales » autour de la NBA. Enfin, une salle avec un écran sponsorisée évidemment par Bein Sport (diffuseur officiel en France) et un petit jeu d’arcade.

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La scène avec beaucouuuuup de monde

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Les stands de gaming et de promotion du match de janvier 2020

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Enfin un match de NBA à Paris !!

Eeeeeeet…. c’est tout. Voilà. C’est petit et il y a beaucoup beaucoup de monde (ce qui explique la queue dehors pour réguler). Honnêtement c’est un événement sympa et qui tend à se pérenniser à Paris mais c’est assez frustrant car l’espace est réduit et rapidement bondé. L’éclairage apporté sur l’influence la NBA ou du moins la « convergence » est assez faible, même s’il permet de mettre en lumière le travail de certains artistes (comme Ptitecao). On aurait aimé un espace ouvert avec pourquoi pas un terrain ou un shop (assez incompréhensible qu’ils ne l’aient pas mis en place d’ailleurs). Bref, un passage intéressant pour tout fan de NBA mais qui demande à se développer ou à investir un espace plus aéré.

Par ailleurs, les animations apportent sans doute du mieux mais on pouvait s’attendre à autre chose après la volonté de la NBA de venir en France pour un match (d’ailleurs le stand de promotion est assez incompréhensible, son apport me paraît limité). D’autant que la couverture médiatique actuelle proposée par Bein et des médias indépendants comme Trashtalk est vraiment de qualité et mériterait une exposition plus réussie.

 

Si néanmoins tu es intéressé par l’influence de la NBA sur la culture urbaine et plus précisément le streetwear, je t’invite à découvrir mon article publié sur un autre média (Urban Art Paris) !

Et pour les vrais fans, kiffez bien la fin de saison et on se donne rendez-vous en janvier 2020 pour le match Bucks-Hornets !

Creed : l’Héritage de Rocky Balboa

 Alors ok le film est sorti en 2015 il était temps de se réveiller, mais j’avais envie de parler d’un des films qui m’a le plus marqué en tant que jeune lycéen en quête de virilité. Mais plus qu’une critique du film dans sa globalité (que CQN a concocté pour votre plus grand plaisir, va lire ça d’abord pour te mettre dans le bain), je voulais m’attarder sur deux points qui m’ont particulièrement marqués en regardant le film.

Adonis Creed prend un chemin atypique

Adonis est le fils d’Apollo Creed, ex champion du monde et immensité du monde de la boxe dans la saga Rocky, qui décède avant sa naissance. Il connait une enfance difficile dans les foyers jusqu’à ce que la femme d’Apollo (qui n’est pas sa mère biologique) décide de le recueillir. On peut donc voir que Creed n’a pas eu une enfance si difficile que ça, rien qu’à en voir la maison où il grandit. (j’ai pas trouvé d’images je t’invites à vérifier par toi même en regardant le film si ce n’est pas déjà fait) Il fera des études plus que correctes puisqu’au début du film on le voit être promu dans un cabinet financier où il bossait déjà (le rêve de n’importe quel jeune cadre dynamique n’est-ce pas ?). Mais Adonis s’en fout de cette vie, c’est pas ce qui le fait vibrer. Lui, il a grandi au rythme des images des combats de son père et il veut faire comme lui, devenir l’un des plus grands de la boxe anglaise.

C’est une problématique qui sera récurrente dans tout le film, d’abord énoncée par se mère adoptive, le coach de la salle de son père, sa petite amie Bianca et même Rocky Balboa lui diront qu’ils ne comprennent pas son choix de vouloir tout plaquer pour la boxe. Et c’est vrai, la boxe rapporte argent et gloire au niveau professionnel mais la plupart des boxeurs professionnels ne sont pas arrivés ici par choix. S’ils évoluent en boxe professionnelle c’est parce que c’était la seule option pour eux de pouvoir s’en sortir et de ne pas finir dans des gangs ou en prison. Pour donner deux exemples célébrissimes,  Mike Tyson a grandi dans le ghetto ultraviolet de Brownsville et Anthony Joshua a fait de la prison avant de devenir des boxeurs professionnels. C’est une notion qu’on retrouve dans pleins de films de boxe (La rage au ventre, million dollar baby, Real Steel) et y compris dans la réalité : la boxe permet de s’extirper de la misère et de la violence de la rue. Mais les sacrifices pour s’en sortir sont énormes car la boxe à niveau professionnel peut être mortelle. Dans la fiction, Apollo Creed meurt sur le ring. Dans la réalité, Mohammed Ali finit sa vie comme un légume à cause des lésions cérébrales. (Je vous conseille à ce propos un excellent film de Will Smith qui parle des dangers des sports de contact sur le cerveau).

Bref, Adonis n’avait nullement besoin de se lancer dans une carrière professionnelle si ce n’est pour mener un combat interne. Il voulait se prouver que le sang Creed coulait en lui et qu’il était capable de se hisser au rang de son père. Au départ, il est rejeté car considéré comme un fils de riche arrogant : son entraineur à LA ne veut pas de lui, l’entraineur à Philadelphie le surnomme « Hollywood » et ne l’entraine pas, Rocky ne veut pas qu’il gâche sa vie en boxant. A force de s’acharner et de montrer ce qu’il a dans le ventre, son entourage commence à comprendre que ce n’est pas sa provenance qui compte mais ses ambitions et que rien ne l’arrêtera. Au final, c’est le fils de riche qui s’approprie la rue et qui en gagne son respect. En effet, alors que son adversaire Ricky Conlan, qui lui vient des quartiers, ne cesse de le provoquer sur son origine en lui disant qu’il n’a rien à faire ici, on voit bien l’inversion des rôles dans cette scène :

Pendant que le champion qui vient de la rue vit dans son château et s’entraine dans sa salle privée, Adonis s’entraine dans une salle miteuse et il est soutenu par le quartier entier.

Quand rap et boxe s’entremêlent

Le film est accompagné d’une bande son qui vient accentuer l’appui du quartier à Creed. Avec la voix de Future, Meek Mill, Donald Glover ou même Joey Bada$$, c’est comme si toute la street cred américaine venait apporter son soutien au jeune champion ce qui confirme la crédibilité d’Adonis.

Mais d’un autre côté, poser pour un film de rap permet d’asseoir sa crédibilité aussi en tant que rappeur parce que, qu’on se le dise, avoir sa voix sur des images d’un entrainement de boxe c’est tout de même archi stylé.

En réalité, la boxe est un moyen de s’extirper de la misère des quartiers mais le rap aussi, il a permis à beaucoup de rappeurs de se sortir des galères comme la prison ou les gangs ce qui est très lié au destin des boxeurs. Meek Mill qui pose sur la BO par exemple a grandi à Philadelphie (lieu du tournage) dans la misère la plus totale. Il y a donc une reconnaissance mutuelle sur la provenance d’un même milieu et des difficultés que peuvent dépasser un boxeur et un rappeur. Alors un film sur la boxe imprégné par le rap n’est qu’une suite logique et une belle symbiose.

D’ailleurs si on écoute les paroles de la BO, on pourrait les voir figurer sur un album classique d’un rappeur car les lyrics ne parlent pas ou peu du film. Et il y a justement cette ambiguïté dans les paroles où on ne sait pas vraiment si les paroles parlent de Creed ou si le chanteur se fait référence à lui-même comme dans Last Breath de Future ou celui-ci parle de son vécu tout le long de la chanson pour finir par :

I got that beast in my eyes, I’m like Tyson
With my heart and my drive, I know I’m righteous
Keep some ice on me, Rocky, Rocky like Balboa
Once you win, win, win you gon’ want more
Set a trend, trend, trend, need an encore
I was down on my last when I found myself
I’ll be a fighter ’til the end, ’til my last breath

Est-ce une phrase d’encouragement directe pour Adonis Creed ou un rappel à lui même pour s’auto glorifier ?

 

Creed est donc un excellent film que j’ai particulièrement apprécié voir 4 fois d’affilée et qui m’a donné envie de me buter à la boxe et de me peta avec un mec de 2m à la sortie du film. Je ne peux que vous encourager à aller voir le 1 et le 2, si ce n’est pas déjà fait, qui a une BO encore plus incroyable que le premier.