Review FR d’Octobre : Empire, Pacino et zin…

A lire avec la playlist du mois

Après une rentrée chargée, le rythme des sorties ralentit un peu avec l’été indien. On se demande où sont encore les frangins des Tarterêts et si la pluie de novembre les fera revenir… En attendant, on a eu le droit à des projets de qualité et je vais vous présenter trois d’entre eux sortis respectivement les 5, 12 et 26 octobre.

 

93 Empire – Compilation

Bon déjà je savais pas trop quel artiste mettre pour présenter cette compilation du 93 Empire. Comme on s’en doute, que des artistes du 93 dans cet album dont l’initiative revient à Sofiane (comme souvent dans le rap français en ce moment), présent sur la majorité des morceaux.

 

Je suis souvent assez adepte des compilations. C’est toujours intéressant d’avoir plein d’artistes différents sur un même album, car cela apporte de la variété et permet de piocher plus facilement dans ce qu’on aime. Sur un tel album, on a plus d’une quinzaine de rappeurs et une grande diversité : des anciens comme NTM, Busta Flex ou encore Nakk Mendosa, des jeunes dont la carrière commence comme Soolking ou Dinos, des rappeurs confirmés comme Mac Tyer ou Kaaris, des têtes d’affiche comme Sofiane, Vald ou Dadju… Bref, tout le monde est servi.
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Il faut aussi savoir que les compilations sont importantes dans le rap français. Elles ont connu leur apogée dans les années 90 avec des albums comme Première Classe ou Hostile ou des B.O de films (“La Haine”, “Ma cité va cracker” pour nommer les plus connues). Récemment, elles commencent à faire leur retour dans ce qu’on appelle désormais le rap francophone. Parce que les belges s’y sont mis avec “Tueurs” et que chez nous la machine se remet doucement en route avec par exemple la sortie de “Game Over” cette année.

Sur l’album en lui-même, ça rejoint exactement ce que je disais sur les compilations. 21 titres, donc forcément il y a du déchet, forcément c’est inégal. Le début est terriblement efficace avec Kaaris qui est au sommet de sa forme sur “Empire”, puis le posse cut “Woah” que j’avais beaucoup aimé. Par la suite, d’autres idées retiennent l’attention, comme Alpha 5.20 et son refrain disons… engagé, puis le refrain magnifique sur “Maman veut pas”. J’ai un gros faible pour l’enchaînement “Dinero”-”93 Coast”-”Jay-Z” que je trouve excellent, surtout car passer d’un pur son West Coast (et même g-funk pour les puristes) à du pur new yorkais m’a plu.

Dans le rap français j’suis déjà la boss comme Jay-Z [….] J’suis millionnaire j’ai l’droit d’être moche comme Jay-Z

Sofiane, Jay-Z

Comme le dit Sofiane ci-dessus, au fond on s’en fout que tout ne soit pas réussi sur ce projet. Son idée et son intention étaient de réunir ce qui se fait de mieux dans le 93, et la diversité des styles montrent la profondeur et la richesse du département et de ses rappeurs. Alors bien sûr il y a des absents comme 13 Block ou Maes, bien sûr celle du 94 sera meilleure parce que mon département est mieux, bien sûr que j’aurais préféré un Dinos plus incisif (même si son refrain sur “Drive By” est très bon) mais au moins Sofiane aura réussi son pari et cela ne peut que l’encourager dans toutes les initiatives qu’il entreprend.

Le Kou de Keur : Woah

Premier single de l’album, j’aurais pu mettre “Empire” parce que le duo Kaaris-Sofiane est incroyable, mais je trouve que ce titre collaboratif est celui qui représente le mieux l’ambition du projet avec pas moins de 7 rappeurs qui posent – TOUT EST WOAH !

 

JVLIVS – SCH

Après 1 an et demi de discrétion et la relative déception de “Deo Favente”, SCH teasait son retour en sortant plusieurs morceaux cet été (“Otto”, “Mort de rire” puis “Pharmacie”). Mais rien ne présageait d’un tel album.

“Je l’ai vu naître ce p’tit. Et les cris d’sa pauvre mère ne faisait qu’annoncer l’arrivée du déluge. On a dit d’son père qu’il était né dans le Vésuve. Lui, dans une mare de sang, ouais. Qu’est c’que vous espériez ? Un gentil p’tit minou ? Les loups font des loups et basta. Et le loup, il a bien grandi : les crocs lui ont poussés et l’appétit aussi. Un très gros appétit. Il a vite compris le sens des affaires, la valeur du terrain et comment leur prendre. Ici, la terre, les murs n’ont qu’une seule odeur : la sienne. Et il la répand comme le sang roule entre les dalles de Napoli. Oui, je l’ai vu naître ce p’tit. À quelques rues du vieux port, là, ces mêmes rues qui l’ont vu semer le plomb et la mort. On dit que la croix qu’il porte sur la poitrine a fermé les paupières chaque fois qu’il a ôté la vie, peuchère. Moi, je crois qu’elle n’a jamais vraiment pu ouvrir les yeux cette croix…”

Ce que vous venez de lire est l’intro de cet incroyable album. Déjà le texte est fort, mais alors quand vous entendez la voix française d’Al Pacino le débiter sur quelques notes de guitare, laissez-moi vous dire que vous êtes direct plongé dans une ambiance mafieuse italienne. Car oui, Julien Schwarzer est d’origine allemande, mais il est fasciné par l’Italie (et sa musique) comme il a pu l’expliquer dans les nombreuses interviews données pour cet album (à l’occasion, je vous recommande très chaudement celle de l’Abcdr du Son).

Pourquoi cet album est si particulier ? La liste des raisons est très longue, mais je vais vous résumer tout ça dans un souci d’efficacité.

Déjà, à l’exception de 3 morceaux, tout est produit par Katrina Squad, et en particulier Guilty. Et le duo Guilty-SCH est un des meilleurs en France, comme ils l’avaient montré sur la première moitié de “A7”, le classique de SCH sorti en 2015. Les prods de Guilty permettent au rappeur de prouver toute sa qualité d’écriture, dont toutes les subtilités demandent de nombreuses écoutes (aussi car sa voix est si unique).

 

Focus : La tracklist de JVLIVS

Il faut savoir qu’on n’a pas la sensation d’écouter un album, mais plutôt un film. La construction du projet et la tracklist ne sont pas dues au hasard, ce qui est important à l’heure du streaming et des “playlists” canadiennes.

  • On suit le parcours de Julius né dans “Le déluge”, d’abord arrogant en insultant la concurrence (“VNTM”) et plein de confiance dans sa “Pharmacie”, n’hésitant pas à user de son “Tokarev” qui détonne sur “420 mètres”.
  • On comprend ensuite d’où il vient avec “Otto” (qui prend tout son sens ici) et que ses actions sont inspirées par son père, puis c’est la réussite avec sa “Skydweller”, tout paraît “Facile”.
  • Viennent ensuite les doutes sur le reste de son équipe, et Julius redoute d’être trahi : il est “Prêt à partir” (avec son acolyte Ninho), puis est “Mort de rire” en observant tout ce qui se passe autour de lui, à savoir la drogue à foison et les traîtres qui rodent.
  • On commence à percevoir une forme de mélancolie, noyée dans “Ivresse et Hennessy” ; Julius se dit “comme une abeille dans du sirop”, il est pris au piège. Il implore son père décédé de veiller sur lui, et on en vient à se demander qui veille sur lui (“J’t’en prie”).
  • Son seul ami semble être son “Beretta 92FS”, personne ne sera plus loyal que son arme – “est-ce que quelqu’un le verra mourir ?”.
  • Nostalgique, il regrette ses amis partis “sur le rivaaaaaaaage” après avoir tout quitté pour “Le code” de la rue.
  • Il se sent accompli mais toujours plus solitaire et “Incompris” par ses “faux amis”. Julius ne sait plus sur qui il peut compter.
  • La fin paraît proche mais il se refuse à partir, quitte à ce que le “Ciel rouge” fasse de nouveau irruption dans sa vie et à ce que toutes les relations qu’il a forgées se détériorent.
  • Finalement, quel est le “Bénéfice” de toutes ses actions ? Malgré la tentation, il réaffirme sa volonté de rester dans « la zone ». Il voulait tout faire pour sa mère mais finalement il n’a que “volé son sommeil” et ne parvient lui-même plus à dormir. Sa seule issue pour trouver du repos est-elle la mort ?

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Alors évidemment j’extrapole, mais toute cette construction fait que l’album s’écoute de bout en bout, sans passer un morceau même quand il est un peu moins bon.

Enfin, les interludes et les intros. En général, on les écoute une fois puis on les passe, parce que bon, nous on aime la musique. Mais là, c’est impossible. Elles s’insèrent parfaitement dans la narration, elles sont courtes et écrites avec une précision. SCH a rendu de nombreuses fois hommages à l’auteur de ces textes, à savoir le rappeur toulousain Furax Barbarossa. La voix française d’Al Pacino, José Luccioni, donne corps à ces instants rythmant l’album. Vous saviez qu’une balle de Tokarev parcourt 420 mètres par seconde ? Quatre cents vingt mètres.

Le Kou de Koeur : Le code

J’aurais pu mettre plein plein d’autres titres tant j’ai aimé cet album, probablement l’album de l’année (top 3 sûr et certain) : “Tokarev”, “Prêt à partir”, “Bénéfice”, “Facile”, bref plein de morceaux sont excellents. Mais celui-ci est plus fort que tout : la prod de Pyroman, dont la patte est si reconnaissable, permet à SCH d’aborder un autre style que le kickage habituel, et je vous garantis que ce refrain va vous hanter. SUR LE RIVAAAAAAAGE

 

 

Ma version des faits – Infinit’

Un des rappeurs français qui mérite bien davantage d’exposition, Infinit’ surfe sur une certaine vague en cette rentrée 2018. Après une participation remarquée sur l’album d’Alpha Wann et une invitation au Red Bull Music Festival où il a pu poser sur une prod de Harry Fraud, voici son nouveau projet.

J’ai découvert Infinit’ un peu sur le tard, et grâce à son excellent EP “NSMLM” sorti l’an dernier. Infinit’ vient du 06, de Nice, ce qui s’entend un peu quand il rappe, tu vois le délire zin. Il fait partie du label DBF (D’en Bas Fondation) avec ses acolytes Veust et Barry entre autres (j’en profite pour vous conseiller les derniers morceaux de Veust, rappeur hors pair). Bref, Inifinit’ ce qu’il sait faire c’est rapper, pas des zumbas. Sa plus grande référence c’est les Diplomats, et en particulier Cam’ron, d’où les schémas de rimes employés par le niçois dans la plupart de ses morceaux.

Passée cette introduction, plongeons-nous dans sa version des faits. Projet très court (8 titres et une vingtaine de minutes), il n’en reste pas moins que le niçois n’a rien perdu de ses punchlines percutantes et de son efficacité. On se situe ici dans la droite lignée de NSMLM même si on sent encore les progrès effectués. A la manière d’un “Laisse-nous” sur le projet précédent, Infinit’ s’autorise à employer l’autotune et les refrains chantés comme dans “La recette”. Ce morceau est d’ailleurs en collaboration avec Veust et Barry, et cette combinaison s’avère bien plus efficace que celle avec Caballero et JeanJass. Avec les belges, on a évidemment droit à un morceau sur leur plante préférée, ce qui paraît limité même si Infinit’ montre l’étendue de son talent d’écriture.

L’écriture justement parlons-en. C’est ce qui différencie Infinit’ des autres rappeurs : il rivalise d’ingéniosité sur tous ses morceaux, que ce soit sur le fond ou sur la forme. Sur la forme, on va avoir droit à des morceaux rythmés par des allitérations et assonances qui varient sur tout un couplet sans perdre le fil (“Saint-Exupéry”, désolé pour le cours de français) ou l’emploi de formules bien particulières sur ce splendide banger qu’est “Tout le faire Gang” (référence au “MOULT” du refrain, évidemment). Mais sur le fond, Infinit’ innove également quand on compare avec “NSMLM”. Il nous sort pour la première fois un story-telling impeccable de bout en bout sur “Djibril”, dont on regretterait presque la courte durée.

“Échec et mat, plaque diplomatique, j’écoute Diplomats sous Diplomatico”

Tout le faire Gang – Un des nombreux exemples de l’écriture si particulière d’Infinit’

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Mon seul regret est de ne pas en savoir plus sur lui, autrement que par les interviews. Comme Alpha Wann ou Hamza (deux registres très différents certes), Infinit’ gagnerait peut-être à se livrer davantage comme les deux autres l’ont fait sur leur dernier album respectif (“Une main lave l’autre” pour Alpha et “1994” pour Hamza). Mais étant donné ses grandes qualités d’écriture, je n’ai aucun doute qu’il le fera à merveille et j’ai hâte de l’entendre sur un format plus long.

Le Kou de Keur : Saint Exupéry

J’ai beaucoup beaucoup écouté “Tout le faire gang” parce que c’est un banger plus abordable et que j’ai une passion pour le refrain. Mais le premier couplet de “Saint-Exupéry” m’a foutu une claque quand je l’ai entendu pour la première fois et j’espère qu’il en sera de même pour vous.

 

 

 

Bonnes écoutes les chefs

 

Review US d’Octobre: Entre carrière solo et collabs

 

A lire avec la playlist du mois

 

Quel beau mois pour le rap US, que de sorties, pas de bagarres dans l’aéroport, pas de school shootings, TOUT VA BIEN AUX ETATS UNIS D’AMERIQUE. Ce mois-ci, mon choix de projet s’est articulé autour d’un sujet: Les collabs. En effet, on verra Quavo qui se lance tout seul dans un projet, on verra au contraire un projet entier entre deux nouveaux rappeurs. Et on verra aussi que c’est pas très évident de faire un projet commun.

 

QUAVO HUNCHO : Quavo de Migos

 

Qui ne connaît pas MIGOS? Exactement, le groupe est partout et tu sens leur impact sur une chanson sur laquelle ils posent. Et par la force des choses, tout membre de groupe qui se respecte (?) décide un jour ou l’autre de se lancer dans un projet en solo.

Quavo avait déjà essayé de s’émanciper de sa famille ( Ils ont des liens de sang oui), en sortant un album avec Travis Scott mais “ Huncho Jack” a vite été oublié.

Il faut admettre que Quavo a la voix la plus polyvalente du groupe, mais son travail se fait sentir surtout dans les feats. Mais cet album n’est pas anodin finalement. Déjà parce qu’il concentre les meilleurs artistes du moment ( Travis, Kid Cudi, Drake, Lil Baby, Cardi B, 21 Savage), mais aussi parce qu’il est ouf. Oui c’est subjectif mon grand, d’où l’appellation coup de coeur –’ . 

Bon, l’album fait 66 minutes pour 19 titres, et reste dans l’esprit des Migos. On y retrouve moult Ad Libs, marque de fabrique des Migos, et les instrus sont trappy as fuck.

Il faut cependant avouer que ses sons solos ne sont pas forcément meilleurs que ceux avec Migos. Mais il y’a quelques sons qui sortent du lot et qui sont imprégnés du flow de Quavo. Je parle de Lamb Talk, de Flip the Switch avec Drake, ou encore de Huncho Dreams où il reprend le célèbre refrain de Drake dans Feelings en parlant de Nicki Minaj. Oui oui, Nicki Minaj. Sur ce son il parle du fait qu’ils se plaisent entre eux et reparle du fait que Nicki ne veut pas être une baby momma sans être mariée.

Nicki (Nicki), do you love me? (Please)
Why you crying? (Why?)
She don't wanna be a queen unless she got me (Queen)
She don't wanna be on scene unless we married (On scene)

Le KOU DE KEUR :

PASS OUT feat 21 SAVAGE.

En 5 mots : “ Whoo, whoo, whoo , whoo ,whoo”. 21 savage pose comme un fou dessus, et Quavo s’occupe de la vibe, qui t’emmène dans un mood hyper calme avec sa vague de “skrrt skrrt” et autres “Yeeeeeeeees sir”

Va vite écouter ça, car comme dirait Quavo : “Beep, beeeeeeeep : Fuck it, dead line”

 

 

DRIP HARDER : Lil Baby, Gunna 

Personne ne les connaissait, maintenant personne ne peut les ignorer. Les Koba la D du rap US sont là et ils s’appellent Lil Baby et Gunna. Présentons les d’abord avant de parler de leur premier album.

 

Ces deux rappeurs, originaires d’Atlanta, sont les protégés de Young Thug, et ça se ressent dans leur flow. Ils ont commencé à se faire une place sur le Rap Game via quelques feats tel que: Life goes on de Lil baby, en feat pour la première fois avec Gunna justement et  lil uzi vert.

Leur synergie presque digne d’un couple a su surprendre à la sortie de “Drip too hard” qui fait bouger la tête d’un paraplégique. Mais cette synergie n’est apparemment pas innée. En effet, Lil baby n’était pas vraiment intéressé par le rap jusqu’à cette année, et Gunna, qui n’a que 18 mois de plus que le premier, a été une importante influence pour lui. Ils se sont en fait connus via la mort d’un ami commun puis Young Thug (qui a signé Gunna) a officialisé le duo.

Assez parlé des artistes, parlons de l’album: UNE TUERIE. Du renouveau sur la Trap Scene. Des flows a la Young thug, Quavo et Future réunis. De nouvelles lignes, de nouveaux Ad-Libs (gros suis un peu, c’est les petits sons en arrière plan jt’ai dit). Les sujets sont très faciles à cerner : Car d’après le titre de l’album: They DRIP HARDER, qu’on pourrait traduire par, euuh je sais pas en fait. Imagine t’as tellement de fric que ça dégouline de partout: bah c’est ça, ça “Drip too hard” .

LE KOU DE KEUR : 

Never Recover ft Drake:

Bien Sûr, le premier track sur lequel tu cliques c’est le feat avec Drake. Tu connais la recette, Drake = couplet de malade. Et le NEVER RECOVER n’en est pas une exception. Dès le premier couplet, celui de Drake justement, la force gravitationnelle autour de l’appareil qui te sert d’enceinte augmente exponentiellement, et avec elle le poids de ton crâne.

En effet, une étude scientifique a pu prouver que Goku, ou Kakarot de son vrai nom, se serait entraîné sur cette musique car sa capacité à multiplier la force gravitationnelle 10 fois lui aurait permis de devenir 10 fois plus fort.  

WRLD on Drugs : Future, Juice WRLD

 

Cet album est particulier, parce que je vais en parler non pas parce que j’ai aimé, mais surtout parce que ça m’a permis de m’intéresser au phénomène FUTURE. L’effort de ramener Future de Pluto est louable, mais la collab avec Juice WRLD était plutôt en défaveur pour les deux artistes.

Parlons de Future. Ce rappeur de 34 ans aime jouer le rôle d’un homme narcissique qui ne veut rien d’autre que vivre tel un phissdeup sous toutes sortes de drogues. Mais sa benzodiazépine (sa drogue gros, fais pas genre tu connais pas) l’emmène dans un monde sourd et solitaire qui le consume de l’intérieur. On le voit dans ses anciennes collabs qui n’ont pas eu l’audience voulue. Je parle de What a Time to Be Alive avec Drake, Super Slimey avec Young thug ou Free Bricks avec Gucci Mane. Cependant, un producteur a pu ramener Future au monde réel, Zaytoven, dans Beast Mode 2. Et Juice WRLD a essayé de faire de même dans cette collab.

 

Parlons de Juice WRLD. C’est un jeune rappeur de 19ans, originaire du Chi ( chichago gros, jpp de toi..). Pour décrire son style, je dirais qu’il a une voix plutôt mielleuse, et ses sujets sont plutôt sensibles dans un flow chanté. Mais Juice WRLD aussi aime les drogues, les femmes, et la grosse tête. Sauf que ce n’est pas assez pour faire une bonne collab.

Il y’a bien sûr des moments où la mélodie et l’instinct des deux artistes fait des miracles comme dans Jet Lag, Realer N Realer ou encore WRLD on Drugs, mais ces moments sont trop rares pour le potentiel dégagé par chacun d’eux. En effet, sur le reste de l’album, on a l’impression que chacun des artistes attend son tour pour réciter son couplet à propos des drogues et du sexe, sans pour autant créer une synergie entre les deux hommes.

De plus, le noviciat de Juice WRLD semble le déstabiliser sur les grands feats comme dans Oxy avec Lil Wayne, ou Red Bentley avec Young Thug. On le sent comme l’adolescent qu’il est qui découvre son premier strip club. (Je sais mec, t’en as jamais vu, c’est comme quand tu passes ton premier entretien en M&A petit iencli)

 

LE KOU DE KEUR:

 

WRLD On Drugs

Déja, ça implique que Juice WRLD is on drugs, et ça c’est stylé. Mais c’est surtout les flows des deux artistes qui se croisent et se complètent sur ce son. C’est aussi les paroles que j’aime parce qu’elles sont tellement vides de sens que ça en devient enjaillant.

Le son tourne autour du fait que Future et Juice sont tellement perchés sous plusieurs drogues que c’est le monde qui est défoncé finalement. Mais en même temps, Juice propose des pillules d’exctasy ( ou Molly) à toute femme qui en veut parce que : “You don’t gotta pay for none of these Perkys, bitch, the pills on us” .

Review FR de Septembre : Crâne, clochard et dollars…

A lire en écoutant notre playlist.

Les feuilles rougissent, le mercure retombe et l’OL renoue avec le goût de la défaite. Pas de doute les premiers jours d’automne marquent la fin de l’été, et avec, le crépuscule d’un mois de Septembre prolifique en termes de sorties. J’ai donc décidé de revenir sur trois albums de rap français qui m’ont marqué sur le dernier mois qui vient de s’écouler.

 

Polaroïd Expérience – Youssoupha

Le front le plus connu du rap français était de retour après 3 ans d’absence avec son 5e album : Polaroïd Expérience.

J’entends souvent les gens cracher sur Youssoupha. Faut dire que ce fils de crâne divise pas mal les amateurs de rap. Moi personnellement, c’est mon petit chouchou. Après m’avoir bercé au collège avec du Menace de mort ou du Espérance de vie, le lyriciste de bantou m’avait laissé avec un très bon album en 2015 : NGRTD (Or). Je l’attendais donc au tournant. Et finalement, ma conclusion après ma première écoute de Polaroïd Expérience était simple : album de merde.

Je suis donc d’abord très déçu par cet album. Je trouve que Youssoupha innove très peu et ne prend pas de risque avec ce projet. Il reste dans sa zone de confort et nous fait un remix de ce qu’on a déjà vu chez lui et de sujets qu’il a déjà traité par le passé (sa relation avec sa descendance, sa peur de la mort et de la vieillesse, le tout saupoudré de quelques critiques sociales…).

De manière générale, je ne suis vraiment pas fan des albums longs mais c’est vrai que faire des albums à rallonge laisse le droit à l’erreur. Là, je trouve que projet s’essouffle très vite (une première partie bien mieux que la seconde) et fatalement nous laisse sur notre faim lorsque les dernières notes résonnent.

Mais bien évidemment comme avec à peu près 99,99% des albums que j’écoute, mon avis a changé au fil du temps. En fait si je n’aime pas cet album, ce n’est pas parce Youssoupha nous a produit un album moins bon qu’avant, ou qu’il s’est enfermé dans une zone de confort. Non, c’est juste que moi qui ai changé depuis l’époque de NGRTD. Et je pense que de nombreuses personnes partagent mon sentiment.

J’ai tort de dire que Youssoupha n’a pas ou peu osé sur ce nouvel album. Je n’aime plus les mêmes choses qu’avant et ce n’est pas à lui de s’adapter à mes goûts. Il est normal pour lui de ne pas faire ce qu’il ne sait pas faire. Cet album finalement pour moi se résume en une seule phase :

« J’peux pas rapper comme Niska ou me saper comme S.Pri Noir, poto »

Devenir Vieux

Et ce vieux con a bien raison. Finalement en assumant son décalage avec la nouvelle époque Youssoupha fait un pari sacrément couillu en réalité. Mais surtout un pari très cohérent avec le personnage et les thèmes de son album : nostalgie et incertitudes face à l’avenir.

Le Kou de Keur : Polaroïd Expérience

Le premier morceau de l’album au titre est une vraie réussite. Un délicieux rythme de batterie jazz accompagne un texte mené par une belle plume.

 

Une main lave l’autre – Alpha Wann

Je crois quand même avoir passé une bonne dizaines de minutes à me demander ce que ce proverbe voulait dire avant d’avouer ma défaite à Google. De toute manière, j’ai toujours eu des soucis avec les proverbes imagés depuis que mon père m’a dit que “Celui qui avale une noix de coco fait confiance à son anus”. Mais je perds…

Tout l’monde, dès qu’il a un peu d’argent, il la place. […] Alors que si la vie s’rait facile ? Mais les gens dépenseraient, les gens s’amuseraient, au quotidien, mon frère. Et l’argent circulerait. Puisque une main lave l’autre, mon frère. Et oui, moi, on me donne, je donne, tu comprends c’que j’veux dire ? Effectivement, si on me donne rien, je vais rien donner hein

Ainsi débute STUPÉFIANT ET NOIR, extrait de l’album sorti quelques mois plus tôt. Je ne sais toujours pas quel visage mettre sur cette de voix appelant à mon esprit si ce n’est le masque d’un semblant de JoeyStarr sdf. Mais ce narrateur improvisé explique bien le titre de l’album : un service en rend un autre.

Mais l’album dans tout ça ? Et bien justement, c’est un album qui va te faire cogiter. Pas en t’envoyant de la philosophie à deux balles au visage mais par la façon dont Alpha Wann joue avec les mots. Tout au long de l’album le rappeur parisien jonglera entre nombreuses figures de styles : métaphores filées, assonances et allitérations (tout au long de l’album), anaphores (CA VA ENSEMBLE) et espèce de chiasme (excellente dernière phase du morceau LE PIEGE).

Bref l’album est est très bon. Alpha Wann allie fond et forme. Tandis que ce con te caresse l’oreille avec une excellente plume épousant une belle maîtrise de notre langue, Alpha Wann traite un éventail impressionnant de sujets pour un seul album et n’hésite pas à nous raconter sa vie au milieu de son album.

Le Kou de Keur : LUMIÈRE DANS LE NOIR ft. Doums

« Écoute celle-là, tu vas voir, tu vas tomber, celle-là, elle est superbe. Si c’est toi mon frère. Tu vas voir, après tu vas, tu vas kiffer la musique »

Que dire de plus ?

 

J.O.$. – Josman

Sans doute mon album préféré depuis Imany en termes de rap français. Et il est très fort probable que je vous ai déjà cassé les couilles avec.

Honnêtement, en valeur absolue, je pense que J.O.$. est sûrement moins bon que plusieurs albums sortis sur la même période (à commencer par UMLA traité ci-dessus ou même le très bon VII de monsieur Koba LaDéroute de Lyon au parc). Pourtant ce con de Josman a bien su me faire kiffer. Tu comprends plus ? Top.

La plume légère et des mots lourds, des instrus travaillées et qui épousent parfaitement un flow sans pareil… J’ai pris ma pillule, Josman est venu faire l’amour à mes oreilles.

En fait y’a pas à chercher mehdi à quatorze heures Josman et son acolyte Easy Dew ont une recette qui marche : des prods originales pleines de breaks qui sont parfaitement exploitées par la technique du rappeur originaire de Vierzon. Petit focus sur le début de Loto (morceau qui m’a fait découvrir Josman) qui, je trouve, peint parfaitement ce que j’essaie de décrire.

Focus : Loto

  • Le morceau commence par une seule petite note (un do# si tu veux tout savoir) que tu entendras tout au long du morceau (00:13). Une espèce d’alarme qui donne un caractère angoissant au son.
  • Une basse se superpose à cette note qui par sa mélodie dénote du caractère monotone procuré par le do# et donne du relief à l’introduction (00:13). Pourtant, le fait que cette mélodie soit celle d’une basse laisse la première note au premier plan : la basse vient plutôt porter la note. Cette basse se tait ensuite sur le dernier temps de la mesure pour laisser entrer Josman. Ce jeu entre le silence et la voix de Josman reviendra tout au long du morceau et je crois que c’est ça qui me fait vraiment kiffer.
  • Au bout de quelques secondes (00:25), Josman ajoute donc sa voix avec un effet assez matrixant. Une espèce de reverb. Et je ne sais pas si c’est dans ma tête ou pas, mais petit à petit j’ai l’impression que l’effet de la reverb augmente petit à petit jusqu’au moment où les drums montrent leur sale gueule. Le morceau part (00:38).
  • Et là tout au long du morceau, c’est ce dont je parlais plus haut : des breaks qui arrivent au bon moment pour marquer la technique de Josman. Plein de phases rythmées par des consonnes qui tombent sur des silences (écoute la phase à 00:53 pour voir ce dont je parle).

Le flow épouse parfaitement l’instru ou l’inverse. Bref, Loto un excellent morceau.

Toutefois, bien sûr l’album de Josman est loin d’être parfait. On fait très vite le tour de thèmes trop répétitifs et déjà (mieux) traités par d’autres rappeurs. En outre, même s’il n’est pas lassant, l’album souffre surtout de sa longueur je pense : certains morceaux auraient pu ne pas figurer sur l’album.

Bref, top sur la forme et une belle marge de progression sur le fond : je suis pressé de voir la suite.

Le Kou de Keur : La Plaie

Un super morceau pour finir un super album.

 

Bises et doigts.

Review US de Septembre : Miel et cicatrices

A lire en écoutant notre playlist.

East atlanta love letter – 6Lack

J’avoue, un de mes albums préférés de ce mois est un album de R&B. Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse, 6Lack a sorti un album aussi bon et sucrey que les gâteaux du bled, et dieu sait à quel point je les aime les gâteaux du bled. Si tu connais pas 6lack, dis-toi que c’est un genre de poète sale à la Damso, (“Fuck me like you’re about to lose your place to the girl next door,” dans Loaded Gun), avec une voix aussi douce et calme qu’un The Weeknd sous codéine.

Le projet est composé de 14 sons, et on y trouve Future, J.cole, Offset, et notre renoi soin préféré : Khalid.

L’album, à l’image de l’artiste, est très sentimental, mêlant ainsi amour, déception, sexe, envie et tristesse. 6lack semble perturbé par les relations éphémères qu’il partage avec ses conquêtes pendant ses tournées. Dans East Atlanta Love Letter, il compare son organe de l’amour à une arme mortelle, et raconte que son incapacité à contrôler ses pulsions mènent à la déception.

Le choix des instrus est très judicieux, dans la mesure où le minimalisme des beats laisse place à sa douce voix et à ses textes tout aussi sensuels que percutants.

A NE PAS ECOUTER EN CAS DE TRISTESSE AIGUË, VEUILLEZ CONSULTER VOTRE POTE GAY LE PLUS PROCHE.

Le Kou de Keur :

Loaded Gun sans hésiter. Dès la première phrase, le flow proche des anciens sons de Lil Wayne m’a percuté. Puis je me suis concentré sur les paroles, et sans déconner, j’en bande encore… En quelques mots, ce son makes you call your girl and do her a lap dance, tu connais la suite. Et si tu comprends pas l’anglais, demande à Dramane quoi faire, il saura te conseiller. Ça commence par « mange », ça finit par « morts ».

4Respect 4Freedom 4loyalty 4What Important – YoungBoy Never Broke Again

Youngboy Never Broke Again (C’est claqué je sais), ou NBA Youngboy a sorti un bête de projet ce mois dernier. On ne peut pas l’appeler album, et je ne veux pas l’appeler EP. Non je ne suis pas un footix du rap, laisse-moi t’expliquer, qu’est ce t’en sais toi. Il a commencé par publier un EP de 4 sons nommé 4Respect, dans lequel Kevin Gates est omniprésent, une semaine après il sort 4 Freedom, et peu après 4 Loyalty, dans lequel on voit des feat avec Quando Rando, de façon à le présenter au reste du Rap Game et finalement il a sorti 4 What Important pour conclure et finaliser ce projet de 16 sons. Rien que la façon dont il a dévoilé son projet, en jouant avec le chiffre 4 ( 4 sons par EP, 4 mots d’ordres, « Four » qui est homonyme de « For ») fait de ce gépro un des meilleurs du mois.

Les sons, pour la plupart, enjailleraient ta grand-mère. Le flow qu’il lache dans Can’t be saved me donne envie de me faire pousser des locks et danser comme Koba La D.

Offre limitée : Va écouter le projet et on t’offre 2 jours au prix de deux chez DINO PRONO.

Le Kou de Keur :

Permanent Scar :Je ne dirai pas que j’étais indifférent au fait que Young thug pose sur ce son, au contraire, c’est son nom qui m’a incité à cliquer sur le son, et je n’ai pas été déçu, je n’ai pas arrêté de me dandiner tel un joueur de football US en mi-temps. Par contre si quelqu’un a quelque chose contre les torticolis, je suis preneur.