Répression politique et avant-garde : focus sur le hip-hop russe

Jusqu’à il y a peu, mon unique point de contact avec la scène hip-hop russe était cette vidéo d’une heure dont vous avez peut être entendu parler, où deux rappeurs russes s’affrontent dans un battle et dont la progression express en termes de vues avait même attiré l’attention des médias occidentaux. Celle-ci plafonne aujourd’hui à presque 40 millions de vues.

franchement regardez pas c’est pas ultra intéressant

 

Plus récemment, c’est en me baladant de suggestion en suggestion sur l’outil Youtube que j’ai pu pénétrer à nouveau dans cette sphère de culture alors inconnue. Au milieu de ces vidéos aux visuels extravagants qui tapent en moyenne 50 millions de vues, j’avais l’impression d’avoir découvert le second versant de la montagne sur laquelle je me trouvais depuis le début.

Le rap russe étant devenu ma nouvelle passion éphémère (durée moyenne de vie de mes passions éphémères : 12 jours), je profite du temps qu’il me reste pour t’inviter à sortir de ton occidentalisme et regarder de l’autre côté de la Volga [« gneugneugneu la Volga c’est en plein milieu de la Russie gneugneu », ne m’interromps pas stp]

 

LE POINT HISTOIRE : INFLUENCES CROISÉES ET VOIE RUSSE

 

En 1984 sort le premier projet hip-hop russe qu’on recense : Рэп (Rap) de Час Пик (Peak-Hours). Ce dernier ne sera cependant qu’anecdotique puisque c’est à partir des années 1990 que le paysage hip-hop se forme. À l’époque cependant, celui-ci converge vers ce qui se fait en Occident et s’inscrit dans un mouvement plus large de rapprochement culturel avec l’Ouest. Si ça vous intéresse, je vous conseille de regarder ce classement des « Top 6 Russian rap songs of all time » : flow à la Benny B, clips hyper dramatiques et le classique combo baggy-snapback-veste ou jersey ultra large, toutes ces vidéos me butent littéralement de rire.

Aujourd’hui, tout ce petit monde a bien évolué puisqu’il semble extrêmement difficile de parler d’un seul et unique rap russe.

D’une part, on observe un gros volet « conscient » auquel appartiennent entre autres Oxxxymiron ou encore Husky plus récemment qui aborde les frustrations de la jeunesse russe face au système politique et leurs maigres perspectives économiques. Bon, c’est pas trop ma tasse de thé et je trouve que certains ont des instrus ultra datées mais comme c’est ceux qui ont la plus grosse audience, impossible de ne pas les mentionner.

 

D’autre part, le pays a conservé une scène mainstream en adéquation avec les grosses trends US, dont fait partie Timati, le seul russe qui à ma connaissance a percé à l’international. Cf le son ci-dessous qui me fait complètement penser à Unforgettable de French Montana ft. Swae Lee.

 

Enfin, et c’est ce sur quoi on va se concentrer pour la suite de l’article, la Russie semble avoir trouvé sa propre voie pour tout ce qui est de la scène « underground ». Une multitude de rappeurs qu’on pourrait comparer aux rappeurs « soundcloud » a émergé dernièrement en Russie : GONE.Fludd, T-Fest, Face, PHARAOH, Lil Morty ou bien Morgenshtern qui ressemble quand même énormément à Lil Pump physiquement (oui oui, c’est lui sur la photo de l’article). Si beaucoup adoptent des univers visuels uniques, des coupes qui montrent que l’appropriation culturelle n’est pas un débat qui secoue le pays et des face tattoos de qualité, leurs points communs principaux sont l’audience ultra-large et jeune qu’ils touchent et leurs rapports plus ou moins tendus avec le gouvernement russe.

ça c’est juste une légende pour que le texte soit bien aligné ensuite

 

MERCI INTERNET – OU PAS

NB : c’est la partie de l’article qui va te permettre de briller en société et de faire croire à tes parents que tu suis assidument l’actualité internationale

 

Si la diffusion des talents russes à l’international reste encore limitée, Internet a joué un rôle clé dans l’émergence de ceux-ci. On retrouve une influence évidente des pionniers de scènes similaires d’autres pays dans leurs sons (tels Lil Peep et les Suicide Boy$). Surtout, c’est ce qui leur a permis de toucher un public si large : PHARAOH fait d’ailleurs partie du groupe Yung Russia, qui comme OFGWKTA à l’époque partageait jusqu’à peu ses aventures sur son Tumblr.

South Side Suicide en moins bien

 

Le gros problème, c’est qu’Internet est justement ce qui fait que cette scène bouge énormément en ce moment et grandit de manière exponentielle, ce qui inquiète le gouvernement russe. Ainsi, le pays est actuellement agité par un débat sur le contrôle de la scène hip-hop, qui selon le président devrait être orienté et guidé par le gouvernement en tant que partie intégrante de la culture russe. Comme pour la pop, le gouvernement pourrait mettre en place une subvention pour les musiciens qui respectent certaines règles en termes de vocabulaire employé et de thématiques abordées.

En parallèle, le climat est extrêmement tendu entre les autorités et les artistes, puisque ceux-ci voient leurs concerts être annulés au dernier moment sans explication valable de la part de la police. L’évènement le plus marquant a eu lieu fin 2018, Husky ayant été arrêté pour avoir chanté sur une voiture devant la salle qui était censée accueillir son concert. S’en s’est ensuivi l’organisation du concert caritatif « I’m Going to Sing My Music » à Moscou notamment par Oxxxymiron et la libération prématurée de Husky. En gros, c’est un peu la merde et certains groupes sont contraints de jouer dans des endroits tenus secrets car leurs concerts officiels tombent systématiquement à l’eau, comme IC3PEAK.

 

CYNISME ET AVANT-GARDISME 

 

Impossible pour moi de ne pas parler d’IC3PEAK dans cet article, qui est mon énorme coup de cœur du moment. Savant mélange entre Grimes et Ghostemane, le duo russe est actuellement dans la giga sauce depuis qu’ils ont publié un clip dans lequel ils s’aspergent de kérosène devant le parlement russe.

oui la miniature fait peur mais c’est hyper cool vrmt cliquez

 

Pour moi, ils représentent ce que la scène russe a de mieux à nous offrir : leur approche englobe à la fois musique et visuel, ce qui leur permet d’avoir des clips vraiment aboutis et un univers ultra-cohérent (i.e : glauque as fuck). Surtout, ils semblent arborer un cynisme exacerbé couplé à une certaine légèreté face à leurs réalités que j’ai retrouvé chez beaucoup de jeunes artistes russes.

Finalement, le plus fascinant dans cette scène, c’est la difficulté à cerner la réelle intention des rappeurs derrière leurs sons. Beaucoup semblent afficher un détachement et une ironie tels qu’il est difficile de croire au message nihiliste, voire fataliste que véhicule cette scène. En témoigne Гоша Рубчинский (Gosha Rubchinskiy) de Face puisque presque 3 ans après sa sortie, aucun ne sait s’il s’agit d’un son complètement sérieux ou bien d’un énorme troll.

 

Bon, comme je parle pas un mot de russe, j’ai peut-être dit un max de bêtises. Quoi qu’il en soit, se perdre sur Youtube, ça a du bon parfois. Merci la Russie.

 

Le Y-Grec a eu l’amabilité de te concocter une playlist pour faire le plein de gros bangers dans ce langage qui t’est sûrement inconnu :

 

BTW : IC3PEAK passera à Paris le 17 avril prochain.

 

 

Review US d’Octobre: Entre carrière solo et collabs

 

A lire avec la playlist du mois

 

Quel beau mois pour le rap US, que de sorties, pas de bagarres dans l’aéroport, pas de school shootings, TOUT VA BIEN AUX ETATS UNIS D’AMERIQUE. Ce mois-ci, mon choix de projet s’est articulé autour d’un sujet: Les collabs. En effet, on verra Quavo qui se lance tout seul dans un projet, on verra au contraire un projet entier entre deux nouveaux rappeurs. Et on verra aussi que c’est pas très évident de faire un projet commun.

 

QUAVO HUNCHO : Quavo de Migos

 

Qui ne connaît pas MIGOS? Exactement, le groupe est partout et tu sens leur impact sur une chanson sur laquelle ils posent. Et par la force des choses, tout membre de groupe qui se respecte (?) décide un jour ou l’autre de se lancer dans un projet en solo.

Quavo avait déjà essayé de s’émanciper de sa famille ( Ils ont des liens de sang oui), en sortant un album avec Travis Scott mais “ Huncho Jack” a vite été oublié.

Il faut admettre que Quavo a la voix la plus polyvalente du groupe, mais son travail se fait sentir surtout dans les feats. Mais cet album n’est pas anodin finalement. Déjà parce qu’il concentre les meilleurs artistes du moment ( Travis, Kid Cudi, Drake, Lil Baby, Cardi B, 21 Savage), mais aussi parce qu’il est ouf. Oui c’est subjectif mon grand, d’où l’appellation coup de coeur –’ . 

Bon, l’album fait 66 minutes pour 19 titres, et reste dans l’esprit des Migos. On y retrouve moult Ad Libs, marque de fabrique des Migos, et les instrus sont trappy as fuck.

Il faut cependant avouer que ses sons solos ne sont pas forcément meilleurs que ceux avec Migos. Mais il y’a quelques sons qui sortent du lot et qui sont imprégnés du flow de Quavo. Je parle de Lamb Talk, de Flip the Switch avec Drake, ou encore de Huncho Dreams où il reprend le célèbre refrain de Drake dans Feelings en parlant de Nicki Minaj. Oui oui, Nicki Minaj. Sur ce son il parle du fait qu’ils se plaisent entre eux et reparle du fait que Nicki ne veut pas être une baby momma sans être mariée.

Nicki (Nicki), do you love me? (Please)
Why you crying? (Why?)
She don't wanna be a queen unless she got me (Queen)
She don't wanna be on scene unless we married (On scene)

Le KOU DE KEUR :

PASS OUT feat 21 SAVAGE.

En 5 mots : “ Whoo, whoo, whoo , whoo ,whoo”. 21 savage pose comme un fou dessus, et Quavo s’occupe de la vibe, qui t’emmène dans un mood hyper calme avec sa vague de “skrrt skrrt” et autres “Yeeeeeeeees sir”

Va vite écouter ça, car comme dirait Quavo : “Beep, beeeeeeeep : Fuck it, dead line”

 

 

DRIP HARDER : Lil Baby, Gunna 

Personne ne les connaissait, maintenant personne ne peut les ignorer. Les Koba la D du rap US sont là et ils s’appellent Lil Baby et Gunna. Présentons les d’abord avant de parler de leur premier album.

 

Ces deux rappeurs, originaires d’Atlanta, sont les protégés de Young Thug, et ça se ressent dans leur flow. Ils ont commencé à se faire une place sur le Rap Game via quelques feats tel que: Life goes on de Lil baby, en feat pour la première fois avec Gunna justement et  lil uzi vert.

Leur synergie presque digne d’un couple a su surprendre à la sortie de “Drip too hard” qui fait bouger la tête d’un paraplégique. Mais cette synergie n’est apparemment pas innée. En effet, Lil baby n’était pas vraiment intéressé par le rap jusqu’à cette année, et Gunna, qui n’a que 18 mois de plus que le premier, a été une importante influence pour lui. Ils se sont en fait connus via la mort d’un ami commun puis Young Thug (qui a signé Gunna) a officialisé le duo.

Assez parlé des artistes, parlons de l’album: UNE TUERIE. Du renouveau sur la Trap Scene. Des flows a la Young thug, Quavo et Future réunis. De nouvelles lignes, de nouveaux Ad-Libs (gros suis un peu, c’est les petits sons en arrière plan jt’ai dit). Les sujets sont très faciles à cerner : Car d’après le titre de l’album: They DRIP HARDER, qu’on pourrait traduire par, euuh je sais pas en fait. Imagine t’as tellement de fric que ça dégouline de partout: bah c’est ça, ça “Drip too hard” .

LE KOU DE KEUR : 

Never Recover ft Drake:

Bien Sûr, le premier track sur lequel tu cliques c’est le feat avec Drake. Tu connais la recette, Drake = couplet de malade. Et le NEVER RECOVER n’en est pas une exception. Dès le premier couplet, celui de Drake justement, la force gravitationnelle autour de l’appareil qui te sert d’enceinte augmente exponentiellement, et avec elle le poids de ton crâne.

En effet, une étude scientifique a pu prouver que Goku, ou Kakarot de son vrai nom, se serait entraîné sur cette musique car sa capacité à multiplier la force gravitationnelle 10 fois lui aurait permis de devenir 10 fois plus fort.  

WRLD on Drugs : Future, Juice WRLD

 

Cet album est particulier, parce que je vais en parler non pas parce que j’ai aimé, mais surtout parce que ça m’a permis de m’intéresser au phénomène FUTURE. L’effort de ramener Future de Pluto est louable, mais la collab avec Juice WRLD était plutôt en défaveur pour les deux artistes.

Parlons de Future. Ce rappeur de 34 ans aime jouer le rôle d’un homme narcissique qui ne veut rien d’autre que vivre tel un phissdeup sous toutes sortes de drogues. Mais sa benzodiazépine (sa drogue gros, fais pas genre tu connais pas) l’emmène dans un monde sourd et solitaire qui le consume de l’intérieur. On le voit dans ses anciennes collabs qui n’ont pas eu l’audience voulue. Je parle de What a Time to Be Alive avec Drake, Super Slimey avec Young thug ou Free Bricks avec Gucci Mane. Cependant, un producteur a pu ramener Future au monde réel, Zaytoven, dans Beast Mode 2. Et Juice WRLD a essayé de faire de même dans cette collab.

 

Parlons de Juice WRLD. C’est un jeune rappeur de 19ans, originaire du Chi ( chichago gros, jpp de toi..). Pour décrire son style, je dirais qu’il a une voix plutôt mielleuse, et ses sujets sont plutôt sensibles dans un flow chanté. Mais Juice WRLD aussi aime les drogues, les femmes, et la grosse tête. Sauf que ce n’est pas assez pour faire une bonne collab.

Il y’a bien sûr des moments où la mélodie et l’instinct des deux artistes fait des miracles comme dans Jet Lag, Realer N Realer ou encore WRLD on Drugs, mais ces moments sont trop rares pour le potentiel dégagé par chacun d’eux. En effet, sur le reste de l’album, on a l’impression que chacun des artistes attend son tour pour réciter son couplet à propos des drogues et du sexe, sans pour autant créer une synergie entre les deux hommes.

De plus, le noviciat de Juice WRLD semble le déstabiliser sur les grands feats comme dans Oxy avec Lil Wayne, ou Red Bentley avec Young Thug. On le sent comme l’adolescent qu’il est qui découvre son premier strip club. (Je sais mec, t’en as jamais vu, c’est comme quand tu passes ton premier entretien en M&A petit iencli)

 

LE KOU DE KEUR:

 

WRLD On Drugs

Déja, ça implique que Juice WRLD is on drugs, et ça c’est stylé. Mais c’est surtout les flows des deux artistes qui se croisent et se complètent sur ce son. C’est aussi les paroles que j’aime parce qu’elles sont tellement vides de sens que ça en devient enjaillant.

Le son tourne autour du fait que Future et Juice sont tellement perchés sous plusieurs drogues que c’est le monde qui est défoncé finalement. Mais en même temps, Juice propose des pillules d’exctasy ( ou Molly) à toute femme qui en veut parce que : “You don’t gotta pay for none of these Perkys, bitch, the pills on us” .

Top 15 des pochettes d’albums du Rap Français

               Non on est pas Topito, je vais pas te balancer un top d’idiot comme ça. Prenez plutôt cette article comme 15 anecdotes de pochettes, car derrière chacune d’elle, il y a une histoire. Après tout, l’illustration de pochettes d’albums, ou plutôt la transcription de la musique en illustration, est un art à part entière.

1. Lomepal – FLIP

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               Oui oui, c’est bien travesti que Lomepal apparaît sur la pochette de son dernier album FLIP sorti en 2017. La pochette plait beaucoup, l’album aussi avec des thèmes rap et skate parfaitement entremêlés. L’album fait d’ailleurs partie de ceux que j’ai acheté pour les passer fort dans ma petite Suzuki Splash chérie.

Mais l’histoire derrière la pochette est quand même assez riche. Il fait tout d’abord écho au clip de Pommade où il apparaît vêtu de la même façon. Et puis au niveau de la symbolique, un rappeur qui s’habille en femme, même s’il ressemble à une fille de joie, c’est quand même une première…

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Ah bah non. Quelqu’un l’a déjà fait en 1984 pour l’album Love on the beat Serge Gainsbourg. Bon ok c’était pas un rappeur, Lomepal serait-il donc le premier à s’être travesti ?

               Non toujours pas, Young Thug était déjà apparu en robe sur la pochette de son album JEFFERY sorti en 2016 pour une photo tout aussi réussie malgré toutes les interrogations qu’elle a suscité, dont la fameuse et déplorable : Young Thug est-il gay ?

Mon dieu,  un rappeur habillé en femme, quelle horreur ! Pour l’homophobie ambiante qui habitait et habite toujours le genre, c’est un choc. Mais pour Young Thug, quand on est rappeur, on a pas besoin d’avoir des armes, des muscles et des gros boules pour se construire un semblant de virilité ou de street-cred.

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Aucun doute, Young Thug casse les codes. Il dévoile même au cours d’une interview  qu’il porte régulièrement des vêtements pour femme, et ce n’est d’ailleurs pour lui qu’une simple question de style :

« women’s clothes are [slimmer] than men’s clothes. The jeans I got on right now, they’re women’s jeans. But they fit how they’re supposed to fit. Like a rock star. The only thing I probably have in men’s is, like, briefs. T-shirts. Ninety percent of my clothes are women’s » – Young Thug

 

2. Sadek – JDJ

               Dans le rap, vous savez qu’une fois sur deux, vous aurez le droit à une pochette narcissique comme Trône de Booba ou alors politique comme PDM de Kery James.

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Mais certains nous délectent parfois d’artworks très léchés mettant en avant des artistes comme a pu le faire Dosseh avec ses deux derniers albums en collaboration avec Yann Couedor.

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          Mais encore trop peu de rappeurs osent réellement se mettre dans des positions peu avantageuses ou à l’opposé de leur image de rappeur. Heureusement, il y en a un à qui ça ne fait pas peur et c’est Sadek. Avec son côté humoristique, et même auto-dérisoire, l’artiste fait des pochettes qui font plaisir à voir comme cela a pu être le cas en 2017 pour Vulgaire Violent et Ravi d’être Là .

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Conscient de lui-même et avec beaucoup de recul sur ce que lui et le rap renvoient comme image, il apporte des covers légères et inattendues grâce à Fifou, le grand manitou des du genre en France. Plus récemment, avec Johnny De Janeiro sorti en 2018, le rappeur du 93 empire pousse à fond son délire brésilien et crée un nouveau personnage : Johnny, qu’il a l’ambition d’incarner sur scène en mettant sa perruque (voir pochette ci-dessus) lors de ses sons. Il en a plus rien à foutre Sadek, he’s livin’ his best life et nous fait un gros pied de nez, il plus rien à prouver lui.

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3. PNL – Dans la légende

               Encore une pochette de Fifou. Il est de partout je vous dis. Le mec a fait 600 pochettes d’albums ! Mais PNL, ils en ont rien à branler. Non non. Pour la pochette de leur album, ils lancent un appel d’offre sur l’internet. Les propositions fusent, la concurrence est rude. Fifou se lance un défi et décide de participer. C’est ainsi qu’il entre en contact avec Ademo et NOS et qu’il va réussir à leur pondre la pochette de Dans la légende sans les avoir jamais rencontré.

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En effet, le duo, connu pour sa discrétion et son génie en termes de comm, refuse toutes  les interviews et reste inatteignable. C’est donc à partir d’image de clips et de photos que Fifou a dû réaliser cette jolie pochette. Chapeau l’artiste. Et si vous voulez en savoir plus sur celle-ci, je vous invite à voir l’interview de Fifou

 

4. Arsenik – Quelques gouttes suffisent

          Une pochette emblématique pour le classique du rap fr qu’est Quelques gouttes suffisent d’Arsenik qui est le tout premier album que j’ai eu entre mes mains. Je m’en rappelle comme hier, c’était en CM2  à mon goûter d’anniversaire quand Kevin Gay me l’a offert (oui oui il s’appelle vraiment comme ça).

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Bref. L’important c’est Lino et Calbo. Plus précisément, leurs vêtements de la marque au crocodile : Lacoste. A ses débuts, cette dernière était réservée aux cours de tennis puisque fondée par un tennisman René Lacoste. Assez logiquement elle atteignit ensuite une clientèle bourgeoise avant que, dans les années 90, les jeunes de banlieue ne s’approprient la marque. Un vrai cauchemar pour Lacoste, et c’est cette pochette qui en est principalement responsable.

               La marque essaye donc par la suite de se détacher au maximum de cette image. Encore récemment, elle est allée jusqu’à refuser un partenariat avec l’égérie parfaite pour elle : Roméo Elvis. Le rappeur belge était en effet connu pour son affection pour la marque au crocodile, faisant même penser aux fans qu’une telle collaboration existait déjà.

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Mais non. Lacoste est claire à ce sujet, elle ne veut pas de rappeur pour la représenter… avant de finalement embrasser sa clientèle urbaine en faisant de Moha La Squale leur chouchou lors d’une collab’ Lacoste x Supreme en 2018.

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 5. Alpha Wann – UMLA

               Celle-ci c’est Rægular qui l’a faite. Vous avez déjà vu son taff sur FLIP de Lomepal mais aussi sur les précédents projets Alph Lauren d’Alpha Wann ou encore sur Cyborg de Nekfeu.

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Déjà en brainsto avec Alpha Wann un an avant la sortie de l’album, la pochette a été minutieusement préparée. Fixé au bout d’un moment sur ce qu’il voulait faire grâce à l’inspiration tirée du travail du photographe John Edmond, Raegular part sur un visu présentant Alpha de dos portant un durag. Malheureusement, comme il l’explique dans cette interview, il est contraint d’abandonner l’idée puisqu’il est devancé par A$AP Ferg sur son album Still Driving ci-dessous.

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Ce genre de visuel allait pourtant parfaitement au Douple P. On avait déjà pu l’apercevoir avec le même flow dans le clip du morceau Turban tiré d’Alph Lauren 3.

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Finalement, en s’inspirant du titre du futur album (Une Main Lave l’Autre) et en respectant la volonté du rappeur de ne pas montrer son visage, il aboutit quand même à une pochette très réussie.

 

6. Damso – Lithopédion

           Des albums de plus en plus nwaar mais aussi de plus en plus profonds et introspectifs pour le phénomène belge : c’est ce qui se reflète dans les pochettes de ses albums. Plongé dans l’obscurité sur celle de Batterie Faible, on retrouve Damso complètement peint en noir sur Ipseité et Lithopédion.

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Pour son dernier album, le zoom sur son œil se veut introspectif, comme sa musique. Ces pochettes sont une belle incarnation de l’évolution de cette dernière et reflètent donc l’ambiance de chacun des albums.

But wait, pour l’illustration de son dernier album il fut accusé de plagiat. Je vous laisse juger par vous-même : à gauche la photo de l’album Evolve or be Extinct du rappeur britannique Wiley, à droite celle de Damso.

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7. Joey Starr – Egomaniac

               Chez les rappeurs, il est assez fréquent de s’afficher quand ils étaient des petits bambins innocents tout en faisant référence à leurs origines, leur quartier, d’où ils viennent quoi. Avec Egomaniac, Joey Starr ne semblent à première vue pas faire exception.

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Mais si. Ce n’est pas lui sur la pochette, mais son fils. Oui, la ressemblance est frappante mais elle est surtout là pour contraster avec l’image du rappeur. Elle nous rappelle que ce dernier est aussi père et que malgré ses (nombreux) déboires, il traite quotidiennement avec ses fils qui sont dotés d’une certaine innocence et calme ; tout l’inverse des shows de papa.

Ah oui et c’est d’ailleurs ce même gosse que vous pouvez voir dans le clip de Fianso Tout le monde s’en fout.

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 8. Vald – XEU

                Avant de sortir son album XEU en 2018, Vald, comme à son habitude, a usé d’une stratégie de communication rondement menée comme vous avez pu le lire dans l’un de mes anciens articles : Comment sortir un album (et buzzer) ? Dans ses clips, il fait preuve de créativité hors norme que ce soit avec le Patapouf Gang ou Kub & Kristo. Mais là, c’est la feuille blanche, la pochette est vide.

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Pas vraiment. Au contraire, tout est à interpréter, même le nom de l’album. Laissons donc libre cours à notre imagination.

Et ça marche puisque les fans suivent le délire et au-delà d’essayer de décrypter la signification de la pochette, les habitués de Vald cherchent à se l’approprier et à la détourner à leur sauce. Voyez donc ma préférée :

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En 2017 déjà, Vald avait expérimenté ce concept pour le clip d’Eurotrap entièrement tourné sur fond vert laissant le soin à ses fans d’y ajouter les effets spéciaux qu’ils imaginaient, permettant d’entretenir le buzz du clip et de l’album Agartha.

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  • « Quoi ? Déjà fini ? Mais il y a pas du tout 15 pochettes là Robin ! »

Ouais je m’en fous. Mais si tu réagis comme ça, c’est bon signe, ça veut dire que t’as kiffé et que t’as bien envie d’en savoir plus. Alors voici LE site expert sur les pochettes d’album non seulement de rap mais aussi et surtout de jazz, rock & co. Allez y faire un tour, ça vaut le coup d’œil, les articles sont courts et simples à lire, ça s’appelle Néoprisme

  • « Pas ouf cet article, en plus le rap français c’est pas vraiment ce qui se fait de mieux en termes de pochettes. Non il aurait carrément fallu mettre des pochettes de rap us… »

Chhhhut. Ça arrive. Dès que j’ai le time, le même article sort sur les albums de rap us, et de ce côté aussi, les couvertures sont très riches en anecdotes.

  • « Pas ouf cet article. Il se concentre que sur le rap, et franchement c’est pas ce qu’il se fait de mieux en termes de covers d’album.. déçu. »

Mais non copain, ne sois pas triste. Tiens regarde, un super article hyper riche qui résume et condense toute l’histoire de cet art depuis son apparition jusqu’à aujourd’hui. Ne me dis pas merci et régale toi : l’histoire de la pochette d’album (en trois parties) et profite de ton passage sur le site pour lire les autres articles tout aussi intéressants !

  • « Trop nul cet article. Je connaissais aucun album et j’ai rien compris. »

Mange tes morts et si t’as vraiment rien compris et que t’as envie de comprendre : abonne-toi plutôt à la page du Y-grec pour te faire un petit bagage sur le rap au lieu de cracher dessus. Ah et puis lis bien les Vendredi Sorties aussi et reviens nous voir dans 3 mois.